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11 octobre 2016

Vingt-cinq ans d'espoirs déçus au Kirghizistan


Félix Turcotte
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
1991
Proclamation d'indépendance officielle du Kazakhstan

décembre
1991
Création de la Communauté des États indépendants

Si cette 25e année d'indépendance pour le Kirghizistan fut une occasion de célébrer pour ses habitants, il s'agissait plutôt pour le président Almazbek Atambayev d'une occasion de pointer les nombreux défis auxquels le pays doit encore faire face. En effet, le 31 août 2016, le chef d'État a largement critiqué les précédents gouvernements, qualifiant ces deux premières décennies d'indépendance de «période d'espoirs perdus». Ces vives critiques semblent toutefois justifiées une fois familiarisé avec l'histoire tumultueuse du petit État (1).

Accession à l'indépendance

Le Kirghizistan, anciennement nommée Kirghizie, a accédé à son indépendance dans la foulée de la chute de l'Union soviétique (URSS), en août 1991. Si cet événement spécifique passa relativement inaperçu à l'international, en raison du grand bouleversement en cours, il ne manqua certainement pas d'affecter les habitants du nouveau pays. Proclamant son indépendance le même jour que l'Ouzbékistan, le nouvel État fut la dixième république a se séparer de l'URSS, devenant officiellement la République du Kirghizistan.

Le président de l'époque, Aksar Akayev, spécifia dans les termes de cette séparation que le Kirghizistan serait indépendant dans les domaines politiques, économiques et des affaires étrangères, sans pour autant créer sa propre armée. Ce processus se fit ultimement sans réelle friction avec le reste de l'URSS, le cas du Kirghizistan n'étant ni le plus important ni le premier d'une série de ruptures. C'est finalement quelques mois plus tard que le pays rejoint la Communauté des États indépendants, une entité visant à préserver une certaine collaboration entre les ex-républiques de l'URSS (2).

Évolution démocratique

Une élection a rapidement été tenue le 12 octobre 1991. Le président de l'époque, Aksar Akayev, fut le seul candidat (3). Dès sa prise de pouvoir, le chef d'État a entrepris de mettre en place des réformes économiques afin de rebâtir les industries détruites par l'éclatement de l'URSS. Toutefois, le président n'arriva pas à enrayer la corruption frappant les institutions du pays. Au contraire, plusieurs élus accusèrent Akayev d'y contribuer activement, utilisant sa position pour s'enrichir lui et sa famille (4).

Aux scandales de corruption est venue s'ajouter la question du nombre de mandats permis pour le premier président du Kirghizistan. En effet, bien que la Constitution prévoit qu'il est impossible pour le chef d'État de servir plus de deux mandats, la Cour constitutionnelle spécifiait en 1998 que, dans la mesure où la Constitution avait été rédigée après le début du premier mandat d'Akayev, celui-ci pouvait servir un troisième mandat (5).

Cette controverse, couplée aux problèmes de corruption, a finalement poussé la population à se révolter en avril 2005 contre le gouvernement dans ce qui fut surnommé la «Révolution des tulipes», dans l'esprit de la «Révolution orange» d'Ukraine et de la «Révolution des roses» de Géorgie (6). L'opposition profita de la fuite du président en Russie pour établir un gouvernement de transition et élire le nouveau président, Karmanbek Bakiyev, le 10 juillet 2005. Malgré l'appui populaire de 89 % de la population et une promesse du nouveau chef d'État d'éradiquer la corruption du pays, celui-ci conserva une bonne part du gouvernement d'Akayev dans son administration (7). Il n'a fallu que quelques mois avant que le nouveau président soit lui aussi accusé de corruption et de liens avec le crime organisé.

En 2010, une nouvelle révolte a explosé à la suite d'une manifestation ayant mal tourné. Après quelques conflits ethniques entre les Kirghizes, formant 47,9 % de la population, et la minorité ouzbeke, formant 12,1 %, le président fut remplacé à nouveau par un gouvernement de transition et un nouveau président, l'actuel chef d'État Almazbek Atambayev (8).

La situation politique du Kirghizistan est donc relativement complexe. Après deux révoltes et des années de corruption, il n'est guère étonnant que l'actuel président soit extrêmement critique des précédentes administrations. Il semble toutefois que cette crise démocratique se soit calmée au cours des dernières années, ce qui constitue en soit un présage positif pour l'avenir du pays.

Situation économique

Si plusieurs défis doivent encore être surmontés sur le plan démocratique, il en va de même pour les questions économiques. En effet, le gouvernement doit faire face à de nombreux problèmes et il semblerait que ses options soient relativement limitées.

Pour commencer, il faut garder en tête que les conséquences de l'éclatement de l'URSS sur le pays se font encore sentir dans certains domaines (9). Les secteurs touristique et industriel se sont essentiellement effondrés à cette époque et les efforts pour les rebâtir n'ont pas rencontré un grand succès. Ce problème de production locale force ultimement le pays à recourir à l'importation afin de combler les besoins de la population. Ces mêmes importations viennent pour la majeure partie de pays comme la Chine ou la Russie, une situation problématique qui non seulement ne favorise pas le développement de l'industrie locale, mais en plus réduit les revenus annuels du pays (10).

Le manque d'industries force également les travailleurs à quitter le pays pour se trouver un emploi au Kazakhstan ou en Russie, une situation relativement précaire sur laquelle il est facile de faire pression (11). Le Kirghizistan est petit, sans accès à la mer, entouré d'économies plus importantes et la criminalité y est élevée. Pour couronner le tout, la qualité de vie y est médiocre et le salaire moyen y est trois fois plus bas que celui en Russie (12).

Toutefois, le pays possède quelques avantages sur le plan économique. En effet, sa position géographique, couplée à ses vastes ressources minières (de l'or essentiellement) et a ses faibles taux d'intérêt en font un partenaire économique de choix pour les investisseurs. Ainsi, le gouvernement a accepté en 2015 de rejoindre l'Union économique eurasiatique, espérant que celle-ci permettrait d'attirer davantage d'investisseurs et de rattraper le retard économique du pays (13). Si l'avenir de cette région semble encore relativement incertain, celle-ci possède au moins les moyens d'améliorer sa situation, une maigre consolation pour une République pleine d'espoirs.




Références:

1) Times, «25 years of Kyrgyzstan's independence: lost hopes and debatable Constitution», 1 septembre 2016, [En Ligne] http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

2) AP, AFP, PC, «Deux autres républiques de l'URSS proclament leur indépendance : La désagrégation s'amplifie», Le Soleil, Québec, 1 septembre 1991, No.242, 38 pages.

3) Dieter Nohlen, Florian Grotz, Christof Hartmann, «Elections in Asia: A data handbook, Volume I», Oxford University Press, 2001, p.448 [En Ligne] https://books.google.ca/books?id=BVFBXa69tWMC&prin... (Page consultée le 11 octobre 2011).

(4) Daniel Kimmage, «Kyrgyzstan: Follow The Money -- The Akaev Investigation», Eurasia, 2005, [En Ligne] http://www.eurasianet.org/departments/business/art... (Page consultée le 14 octobre 2011).

John Daly, «Kyrgyzstan: Business, Corruption and the Manas Airbase», Oil Price, [En Ligne] http://oilprice.com/Geopolitics/Europe/Kyrgyzstan-... (Page consultée le 14 octobre 2011).

5) Barth Healey, «World Briefing», The New York Times, 14 novembre 2000, [En Ligne] http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

6) Dimitrij Rupel, «A risky revolution Kyrgyzstan», International Herald Tribune, 26 mars 2005, [En Ligne] http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

Ilan Berman, «In Central Asia, a strongman feels the heat Kyrgyzstan», International Herald Tribune, 3 mars 2005, [En Ligne] http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

7) BBC, «Bakiev sworn in as Kyrgyz leader», 14 août 2005, [En Ligne] http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/4150084.stm (Page consultée le 11 octobre 2011).

8) Andrew E. Kramer, «Before Kyrgyz Uprising, a Dose of Russian Soft Power», The New York Times, 19 avril 2010, [En Ligne] http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

Michael Schwirtz, «Ousted President of Kyrgyzstan Finds Refuge in Belarus», The New York Times, 21 avril 2010, [En Ligne] http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

Jooneed Khan, «Le duel : Eltsine, pas plus que son rival, ne peuvent permettre l'éclatement de l'URSS», La Presse, Montréal, 31 août 1991, No.307, 174 pages.

(9) Times, «Kyrgyzstan and the Russian-led Customs Union: does the country have a choice?», 5 février 2014, [En Ligne] http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

(10) Today's Zaman, «Kyrgyz PM: Together, we can rebuild a stronger Eurasia», 8 avril 2013, [En Ligne] http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

The Times, «Chinese 'Expansion' in Kyrgyzstan : Myth or Reality?», 14 novembre 2012, http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

(11) «Kyrgyzstan and the Russian-led Customs Union [...]», op.cit.

(12) Times, «Kyrgyzstan enters the Customs Union to raise its standard of living», 9 décembre 2014, [En Ligne] http://nouveau.eureka.cc/Link/unisher1/news%c2%b72... (Page consultée le 11 octobre 2011).

13) «Kyrgyzstan and the Russian-led Customs Union [...]», op.cit.

Dernière modification: 2016-10-17 11:34:53

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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