Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 décembre 2018

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22 March 2016

La face cachée de l'islamophobie américaine


Catherine Asselin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Depuis les attentats de 2001 à New York et à Washington, les communautés musulmanes américaines se voient ébranlées par des discours politiques et juridiques discriminatoires. Un climat de suspicion et de peur s'est implanté dans la population américaine. Ces perceptions sont-elles les conséquences des attentats terroristes ou proviennent-elles de sources plus complexes ? Le passé historique, les médias et les pratiques politiques constituent des facteurs qui influencent également l'islamophobie de la population américaine.

L'Islam aux États-Unis : les origines

La première vague d'immigration de musulmans en Amérique remonte au 17e siècle avec l'arrivée des esclaves d'Afrique. Toutefois, c'est au milieu du 19e siècle qu'un grand nombre d'Arabes, principalement du Liban et de la Syrie, arrivent aux États-Unis. La première mosquée construite aux États-Unis dans le but de desservir une communauté musulmane a été construite dans le Dakota du Nord en 1929 (1).

Aujourd'hui, on retrouve aux États-Unis 3,3 millions de personnes musulmanes, représentant 1 % de la population , qui fréquentent plus de 1900 mosquées (2). Les communautés musulmanes sont aussi représentées par l'entremise d'organisations. Parmi les plus importantes, on retrouve la Société islamique d'Amérique du Nord (ISNA) et le Réseau des villes d'action musulmane intérieure (IMAN), une organisation créée par des étudiants universitaires (3).

Une culture dominante « anti-musulman » ?

Les attentats du 11 septembre 2001 ont sans aucun doute changé la perception de la religion musulmane aux yeux de la population américaine. Néanmoins, il existerait des facteurs plus anciens qui auraient influencé la vision des Américains à l'égard de cette religion. En effet, selon deux experts de la question, l'auteur Fawaz A. Gerges et la professeure Maria do Céu Pinto, il y aurait aux États-Unis une culture dominante dite « anti-musulman » (4).

Elle aurait été enracinée après la guerre froide lorsque les mouvements islamistes commencent à apparaître. On aurait assisté à cette époque à une « phobie » musulmane. La religion musulmane aurait été comparée à la menace soviétique et même comme une menace plus dangereuse pour la population des États-Unis. Notons aussi d'autres événements ayant sans doute influencé la perception de la population plus récemment,comme les attentats en 1998 contre l'ambassade américaine de Nairobi, celui du World Trade Center en 1993 et celui de l'USS Cole en 2000 (5).

Cette culture dite « anti-musulman » comporte des nuances. En effet, à l'époque, on différenciait l'islam religieux et l'islam radical. Le vice-secrétaire d'État aux affaires du Moyen-Orient, Edward Djerijian, avait d'ailleurs prononcé un discours en juin 1992 qui illustre bien cette vision. Il y mentionnait que : « la religion n'est pas un paramètre positif ou négatif qui explique la nature ou la qualité de nos relations avec les autres nations. Notre problème est dans l'extrémisme, la violence, l'esprit de négation, et la terreur qui l'accompagne (6). »

Ainsi, bien que des propos alarmistes contre les musulmans étaient formulés à l'époque, on retrouvait tout de même une distinction entre l'islam et l'islam radical. Ce sont les attentats de 2001 qui auraient contribué à créer un amalgame entre les deux .

La naissance des mouvements « anti-charia »

Le 21 juillet 2010, Newt Gingrich, un ancien président de la Chambre des représentants, a prononcé devant l'American Enterprise Institute ,un think tank néoconservateur, un discours intitulé, « L'Amérique en danger, la guerre sans nom »(7). Gingrich y plaidait pour l'adoption d'une loi fédérale interdisant toute référence à la charia aux États-Unis. Il argumentait alors que l'islam est non pas une religion, mais un code juridique et politique. Ce mouvement de contestation constitue, selon la politicologue Nadia Marzouki, l'acte de naissance dans le débat public de ce que l'on peut appeler le mouvement anti-charia.

Dorénavant, les attaques faites vers les communautés musulmanes ne consistent plus à associer islam et terroriste. Il s'agit plutôt d'affirmer que l'islam n'est pas une religion. L'islam serait plutôt un code juridique et militaire menaçant directement le droit américain (8). En séparant l'aspect « religieux » de l'islam, les mouvements antimusulmans américains se considèrent légitimes, car ils ne s'attaquent pas au droit à la liberté de religion.

De plus, contrairement aux manifestations citoyennes qui proviennent de mobilisations locales et spontanées, la bataille pour faire interdire la référence au droit islamique dans les tribunaux américains est un projet organisé et orchestré par un réseau d'acteurs influents et connus du public (9). On y retrouve des avocats, des journalistes et des activistes qui se regroupent au sein de ce mouvement.

Les médias et le « village planétaire » des attentats de 2001

La théorie du « village planétaire », élaborée par Marshall McLuhan dans son ouvrage The Medium is the Message, est parfaitement représentée lors des attentats de 2001 à New York et à Washington (10). Ces attentats, filmés en direct et récupérés par les médias du monde entier, marquent encore l'imaginaire collectif de toute la planète. Est-ce que les médias ont eu un impact sur les mouvements antimusulmans ?

Pour Belinda Espiritu, une professeure spécialiste en communication, l'islamophobie serait devenue un véritable discours dans les médias traditionnels. Lorsque l'on présente des images et reportages des communautés musulmanes, elles sont toujours montrées comme des fanatiques meurtriers et terroristes, comme on les retrouve dans les films, des vidéos et des jeux d'ordinateurs (11). Ce phénomène est d'autant plus observable aux États-Unis.

L'auteur Emran Qureshi s'intéresse lui aussi au discours médiatique sur l'islam aux États-Unis. Pour sa part, il remarque que le discours haineux contre l'islam n'est pas seulement présent dans les mouvements conservateurs de la droite religieuse, mais il l'est aussi dans les médias de masse. Il souligne d'ailleurs que ces médias de masse réussissent à s'attaquer indirectement aux communautés musulmanes. Par détournement, les médias feraient une promotion tellement patriotique des États-Unis qu'elle exclurait par le fait même les communautés musulmanes (12).

Donald Trump : dire tout haut ce que la population pense tout bas ?

Lors de la campagne présidentielle 2016, l'enjeu de la religion islamique est omniprésent dans le discours du candidat républicain Donald Trump. Le 7 décembre 2016, il a affirmé vouloir l'arrêt total et complet de l'entrée des musulmans aux États-Unis, à la suite d'une fusillade survenue en Californie revendiquée par le groupe État islamique (13). Plus récemment, le 9 mars 2016, il a même été jusqu'à dire qu'il pensait que les islamiques haïssaient les Américains et que ceux-ci avaient une haine énorme envers le pays (14). La montée de la popularité de Donald Trump peut laisser croire qu'une partie de la population américaine adhère à son discours. Toutefois, quelques données démontrent le contraire.

Selon un sondage publié par le Pew Research Center, la majorité des Américains, soit 61 %, disent que les musulmans ne devraient pas faire l'objet d'un examen supplémentaire uniquement en raison de leur religion (15). Dans le même sondage, 62 % des répondants affirment que les musulmans devraient avoir les mêmes droits que les autres groupes religieux (16). Enfin, près de 6 adultes sur 10 avoueraient même que les musulmans sont soumis à beaucoup plus de discrimination que d'autres groupes religieux (17).

Ces données montrent que la perception de la population américaine sur les communautés musulmanes demeure partagée. Les perceptions et les discours discriminatoires envers cette religion peuvent aussi se traduire par une incompréhension de la religion musulmane. Une étude publiée aussi par le Pew Reasearch Center demandait à des répondants de nommer le Dieu de l'Islam et le nom de son livre sacré. Seulement 40 % étaient en mesure de répondre correctement aux deux questions et le reste des répondants ne comprenaient même pas les termes demandés (18).




Références:

(1) TEACHING TOLERANCE . American Muslims in the United States, [En ligne], http://www.tolerance.org/publication/american-musl... (page consultée le 19 mars 2016).

(2) PEW RESEARCH CENTER. A new estimate of the U.S. Muslim population,[en ligne], http://www.pewresearch.org/fact-tank/2016/01/06/a-... , (page consultée le 19 mars 2016).

(3) TEACHING TOLERANCE , op. cit.

(4) ZEGHAL, Malika, « Les États-Unis et l'islam politique », Archives de sciences sociales des religions, novembre 2005, p.55-60, DOI : 10.4000/assr.761.

(5) ARSENAULT , Claire ,« Être musulman aux Etats-Unis, dix ans après le 11-Septembre », 9 septembre 2011, Les voix du monde, [ en ligne],http://www.rfi.fr/ameriques/20110907-etre-m... (page consultée le 14 mars 2016).

(6) ZEGHAL, Malika, op. cit.

(7) MARZOUKI , Nadia, « Le mouvement contre le droit islamique et le droit étranger aux États-Unis. », Politique américaine , janvier 2014 ,N° 23 , p. 33-53 . DOI : 10.3917/polam.023.0033 (consultée le 14 mars 2016)

(8) Ibid.

(9) Ibid. <... (11) MELANDRI, Pierre, « Le terrorisme, voilà l'ennemi :les attentats et la politique étrangère des États-Unis », Vingtième Siècle. Revue d'histoire , Sciences Po University Press , Octobre. 2002, No. 76 , pp. 45-63, DOI: 10.2307/3772323. (consultée le 16 mars 2016)

(12) ESPIRITU , Belinda, « Islamophobia and the "Negative Media Portrayal of Muslims" » , Global Research, 29 février 2016, [en ligne], http://www.globalresearch.ca/islamophobia-and-the-... , (page consultée le 16 mars 2016).

(13) QUERESHI, Emran, « Les États-Unis : la nouvelle guerre froide entre « Islam » et « Occident », Harmatthan Islam médias et opinion publiques, Paris, 2006, p. 95 à 105.

(14) CAMUS, Elvire, « Musulmans américains : comment Donald Trump déforme la réalité », Le Monde, 8 décembre 2016, [en ligne], www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/12/08/musulm... (page consultée le 13 mars 2016).

(15) COLVIN, Jill, « Group: Trump should apologize for saying "Islam hates us"», The Washington Post,9 mars 2016, [en ligne], https://www.washingtonpost.com/politics/group-asks... (page consultée le 13 mars 2016).

(16) PEW RESEARCH CENTER. Views of Islam Remain Sharply Divided, [en ligne], http://www.pewresearch.org/fact-tank/2016/01/06/a-... (page consultée le 20 mars 2016).

(17) Ibid.

(18) Ibid.

(19) PEW RESEARCH CENTER. Views of Islam and Violence, [en ligne], http://www.pewforum.org/2009/09/09/publicationpage... consultée le 20 mars 2016).

Dernière modification: 2016-03-28 14:26:04

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