Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

22 juin 2017

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5 April 2016

L'Espagne et le Portugal : une population en danger d'extinction ?


Alys Favreau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

January
2017
Entrée en fonction d’Antonio Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies

June
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

June
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

December
1999
Rétrocession de Macao à la Chine

June
1999
Tenue d'élections au Parlement européen

January
1999
Passage à l'euro pour onze pays de l'Union européenne

June
1998
Création de la Banque centrale européenne

June
1994
Tenue d'élections au Parlement européen

February
1992
Signature du traité de Maastricht

June
1989
Tenue d'élections au Parlement européen

February
1986
Élection de Mario Alberto Soares à la présidence du Portugal

June
1985
Signature des traités d'adhésion de l'Espagne et du Portugal à la Communauté économique européenne

July
1976
Annexion du Timor oriental par l'Indonésie

April
1976
Tenue d'élections multipartites au Portugal

November
1975
Proclamation d'indépendance de l'Angola

August
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

June
1975
Proclamation d'indépendance de la République populaire du Mozambique

September
1974
Accession de la Guinée-Bissau à l'indépendance

April
1974
Renversement du gouvernement (révolution des oeillets) au Portugal

Lorsque l'on parle de baisse de natalité, de population déclinante et vieillissante, le Japon est le pays qui vient à l'esprit. Pourtant, depuis quelques années, plusieurs pays sont aux prises avec ces difficultés démographiques. Effectivement, un article de la BBC News explique que le Japon se serait fait dépasser par l'Allemagne quant à son taux de naissances par 1000 habitants. Or, l'Allemagne aurait, en moyenne, 8,2 enfants par 1000 habitants, alors que durant la même période, le Japon se situait autour de 8,4 enfants (1). L'Allemagne n'est pas le seul pays de l'Union européenne à vivre une chute des naissances considérable; le Portugal et l'Espagne vivent cette crise aussi.

L'origine de l'effondrement

Depuis les années 70, le taux de natalité décline sans cesse en Europe et, plus fortement, au Portugal et en Espagne. En effet, en 1970 au Portugal, le taux de natalité se situait à 21 naissances pour 1000 habitants, alors qu'en 2015, il se situe autour de 9,27 (2). Le cas de l'Espagne est sensiblement le même. En 1970, 20 naissances étaient rapportées pour 1000 habitants, pour ensuite dégringoler à 9,64 en 2015 (3).

Pendant les années 80, la principale cause de la chute des naissances dans cette partie de l'Europe fut l'entrée des femmes sur le marché du travail. Tant que les femmes ne travaillaient pas, les naissances restaient stables. Encore aujourd'hui, la naissance d'un enfant force souvent la mère à quitter le marché du travail. Il est par la suite plus difficile de retrouver un emploi.

D'autre part, le Portugal a l'un des salaires minimums les plus bas en Europe. Ainsi, les ménages ont besoin de deux sources de revenus pour subvenir aux besoins essentiels et se contentent souvent d'un seul enfant. À tout cela s'ajoute la crise économique de 2008 qui se dépose sur la pile de problèmes déjà existants (4). Durant la crise, soit entre 2008 et 2012, le Portugal a connu une chute des naissances de 14 % en 4 ans (5).

Quant à elle, l'Espagne vit sensiblement les mêmes difficultés que le Portugal. Dans les années 70, elle avait un des plus hauts taux de fertilité de l'Union européenne (6). Cependant, la crise économique a entraîné une migration massive chez les personnes en âge d'avoir des enfants, ce qui pourrait nuire à la natalité dans les années à venir. Le fait que les femmes tardent à avoir des enfants serait une autre cause de cette chute démographique. L'incertitude face à l'avenir, causée par une économie fragile, contribue à retarder l'arrivée d'un enfant (7). De plus, l'Espagne offre des services de garde très hétérogènes à travers le pays, ce qui nuit grandement au taux de natalité (8). Ces deux pays voisins sont donc confrontés à une baisse de la natalité provoquée par une multitude de facteurs, dont plusieurs découlent de la crise économique de 2008.

Une crise démographique dévastatrice

Dans les départements d'obstétrique des hôpitaux portugais règne un calme inhabituel depuis quelques années. En 2013, l'hôpital Alfredo da Costa a dû mettre à pied près de 20 % de son personnel. La baisse de natalité est si importante, que le gouvernement portugais fermera plusieurs maternités et près de 239 écoles. Malgré l'arrivée d'immigrants en sol portugais, la population n'arrive pas à se régénérer (9). En effet, un petit village d'environ 3600 habitants en 1970 est maintenant devenu fantôme. Avec seulement trois nouveau-nés et une école, les habitants du village craignent pour l'avenir de leurs enfants. Pour cette même communauté, la dépense la plus importante est celle des soins pour les aînés.

La chute de la natalité et la hausse de l'émigration vieillissent la population déjà âgée, ce qui amène son lot de problèmes en matière de sécurité sociale, de productivité et de croissance économique. En effet, d'ici 2030 le pourcentage de retraités au Portugal sera de 27,4 %, soit environ 1 habitant sur 4. Avec de moins en moins de travailleurs et de contribuables, les Portugais et les Espagnols frapperont bientôt un mur. D'autant plus que l'exil de nombreux jeunes crée une diminution de l'innovation et du dynamisme sur le marché du travail (10). Avec un chômage frôlant le 14 %, le Portugal pourrait perdre près de 20 % de sa population d'ici 2060 et passer de 10,5 à 8,6 millions d'habitants (11).

En Espagne, la population décroît depuis 2012 à la suite de l'exode de travailleurs et du faible taux de natalité. En plus de cette décroissance, la population espagnole est vieillissante comme l'ensemble de la population européenne. Cette situation pourrait causer de sérieux problèmes pour le financement de la protection sociale, comme le souligne ABC (12). Ainsi, l'Espagne fait face à de nombreux problèmes qui découlent de cette chute de natalité.

Certains se raccrochent à l'idée que la croissance économique et un marché sain et dynamique sont possibles même sans croissance démographique ; les économistes sont, quant à eux, pessimistes. Il suffit d'observer le cas du Japon pour s'inquiéter du sort de l'Europe (13).

Une lumière au bout du tunnel

Pour l'Espagne et le Portugal il n'est pas encore trop tard pour renverser la situation. Effectivement, l'Espagne a instauré une politique pour aider les familles. Chaque famille reçoit un crédit d'impôt de 2500 $ pour le premier enfant, de 2800 $ pour le deuxième, de 5000 $ pour le troisième et de 5700 $ pour le quatrième et plus. Toutefois, il semble que cette aide ne soit pas suffisante. Selon une femme interrogée, le gouvernement devrait offrir plus de support aux femmes sur le marché du travail et de meilleures conditions, comme un congé de maternité plus long. Selon elle, ces mesures encourageraient grandement les femmes à fonder une famille (14). Par rapport à cette même mesure, Carlos Beltramo, professeur en science politique à l'université de Navarra, croit qu'elle ne réussira pas à convaincre la population de faire plus d'enfants. Selon lui, la seule solution pour redonner un souffle à la courbe démographique est d'éviter de taxer les familles (15).

Au Portugal, certaines municipalités tentent d'attirer les jeunes avec un montant d'argent lors de l'achat d'une maison et offrent l'école préscolaire presque gratuitement. Dans un petit village portugais, le maire offre une prime de naissance de 5000 euros aux jeunes parents. Comme en Espagne, cette somme n'est cependant pas suffisante pour subvenir aux besoins des jeunes familles (16).

Le Portugal et l'Espagne ne sont pas seuls à vivre cette crise démographique, puisque l'Italie et l'Allemagne ont aussi leur lot de problèmes. Le seul qui semble s'en tirer sont les États-Unis avec un taux de natalité suffisant pour le renouvellement de la population. Avec, en plus, une forte immigration, il est le seul pays occidental fortement industrialisé à conserver une augmentation démographique. Dans le cas de l'Espagne et du Portugal, il reste à trouver de véritables solutions au casse-tête démographique, avant qu'il n'entraîne des changements irréversibles.




Références:

(1) BBC News, Germany passes Japan to have world's lowest birth rate - study, 29 mai 2015, http://www.bbc.com/news/world-europe-32929962, (4 avril 2016).

(2) Statistiques mondiales, Espagne, novembre 2015, http://www.statistiques-mondiales.com/espagne.htm, (4 avril 2016).

(3) Statistiques mondiales, Portugal, novembre 2015, http://www.statistiques-mondiales.com/portugal.htm, (4 avril 2016).

(4) Pinto Gomez, Paula, Natalité : quatre « modèles » européens, La Croix, 5 mai 2014, http://www.la-croix.com/Famille/Actualite/Natalite... (4 avril 2016).

(5) Faiola, Anthony, Portugal suffers from a plummeting birthrate on top of economic woes, The Guardian, 2 juillet 2013, http://www.theguardian.com/world/2013/jul/02/portu... (4 avril 2016).

(6) Sears, Olivia, Spain's declining birth rate equals "a demographic winter", say experts, NU journalism abroad, 7 juin 2014, https://northeasternuniversityjournalism2014.wordp... (4 avril 2016).

(7) Ricard, Alexia, Le faible taux de natalité espagnol continue d'inquiéter, Le Petit journal, 16 juin 2015, http://www.lepetitjournal.com/madrid/accueil/actua... (4 avril 2016).

(8) Pinto Gomez, Paula, Op. cit.

(9) Faiola, Anthony, Op. cit.

(10) Loc. cit.

(11) Le Parisien, Natalité au Portugal : 5.000 euros de prime pour une naissance, 11 juin 2015, http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/nat... (4 avril 2016).

(12) Courrier international, La crise fait fuir les cigognes, 28 juin 2016, http://www.courrierinternational.com/article/2013/... (4 avril 2016).

(13) Courrier international, Vers un effondrement de la population mondiale. La bombe démographique n'est plus ce qu'elle était, 9 mars 2005, http://www.courrierinternational.com/article/2005/... (4 avril 2016).

(14) Sears, Olivia, Op. cit.

(15) Beltramo, Carlos, Government sees folly of falling fertility, Population research institute, 1er mai 2008, https://www.pop.org/content/spains-government-sees... (4 avril 2008).

(16) Le Parisien, Op. cit.

Dernière modification: 2016-04-11 07:38:50

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