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5 avril 2016

La présidentielle américaine et le casse-tête de la frontière mexicaine


Aude-Sophie Massé Bombardier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Tenue d'une marche en faveur de la lutte aux changements climatiques

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2012
Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Depuis le début de la campagne présidentielle américaine, le candidat à l'investiture républicaine Donald Trump s'est prononcé sur une foule de sujets. Un en particulier a retenu l'attention médiatique : l'immigration. Le flamboyant homme d'affaires considère que, pendant de nombreuses années, les dirigeants mexicains ont profité des lacunes en matière de sécurité à la frontière américaine pour étendre le crime organisé et la pauvreté aux États-Unis (1).

En ce sens, il s'est basé sur trois points pour présenter sa position sur le sujet : « un État sans frontières n'est pas un État », « un État sans lois n'est pas un État » et un « État qui ne sert pas l'intérêt de ses propres citoyens n'est pas un État » (2). En ce qui a trait aux frontières, Trump a une idée bien précise en tête : un mur, séparant son pays des voisins du sud. Ce serait, selon lui, la seule façon de protéger les Américains des criminels mexicains (3). Si plusieurs républicains vont dans le même sens que leur collègue, il y a de nombreux opposants, dont les principaux candidats démocrates, Hillary Clinton et Bernie Sanders, qui préfèrent légiférer sur l'immigration. Cet enjeu primordial pour le pays de l'oncle Sam vient alors se conjuguer à une autre préoccupation américaine : la sécurité.

Des promesses électorales qui ont de réelles répercussions

C'est le président démocrate Bill Clinton qui, entre 1993 et 1997, a commencé le renforcement de la frontière en érigeant des barrières, obstacles permanents à la migration, situées aux postes frontaliers problématiques en ce qui a trait au nombre de voyageurs clandestins. Ainsi, les villes d'El Paso, San Diego et Tucson se sont retrouvées avec un budget doublé : on souhaitait déplacer le parcours des personnes à l'extérieur des grands centres urbains afin de mieux les intercepter. Les conséquences ont plutôt été d'augmenter les tarifs des passeurs et le nombre de morts (4).

Jusque-là, la gestion de la frontière relevait des préoccupations économiques de l'immigration. Après les attentats du 11 septembre 2011, le président républicain George W. Bush ajouta l'aspect de la sécurité du territoire aux frontières, transformant ainsi l'image des immigrants clandestins en véritables criminels (5).

Ces arrivants ne sont pas que d'origine mexicaine. Effectivement, pour 2014, on a recensé plus de personnes non mexicaines que mexicaines interceptées à la frontière. Dans les dernières années, le Mexique a également aidé le gouvernement américain à freiner l'arrivée d'immigrants en déportant les voyageurs clandestins. En 2015, 150 000 déportations ont eu lieu vers le Salvador, le Guatemala et le Honduras seulement (6).

Alors que l'on assistait à une baisse en importance du mouvement migratoire vers le nord du Mexique depuis quelques années, voilà qu'une recrudescence se produit actuellement. La cause? Les discours alarmistes du candidat Donald Trump. Entre octobre 2015 et février 2016, il y a eu une hausse de 24 % d'immigrants interceptés le long de la frontière (7). Selon l'agence Reuters, ce mouvement s'expliquerait, entre autres, par le sentiment d'urgence de faire la traversée avant l'élection de novembre. Les voyageurs clandestins sentent qu'avec Trump à la présidence américaine ils auraient moins de chances de se rendre de l'autre côté du mur (8).

Miser sur un mur pour assurer la sécurité

Mais que faut-il faire? Doit-on accroître la sécurité ou non? Dans son analyse du débat républicain, la journaliste Cathleen Decker explique que la principale raison pour l'énergie mise par les candidats de ce parti dans la frontière mexicaine s'explique par l'importance de la sécurité chez les Américains. Si la position de Trump est claire, celles de ses adversaires le sont également. Selon Ted Cruz, aussi longtemps que des personnes peuvent traverser, l'objectif n'est pas atteint. Il affirme qu'à l'extérieur de Washington, il y a un consensus à l'effet que la seule façon d'arrêter l'immigration illégale est de sécuriser la frontière. Quant à Marco Rubio, il est d'avis que pour rentrer au pays, on doit savoir qui est la personne ainsi que ses raisons claires d'immigrer (9).

En se concentrant sur le Mexique, les candidats visent un grand nombre d'immigrants illégaux. Selon les chiffres du Pew Research Center, un site Internet d'analyse politique, les immigrants d'origine mexicaine forment plus de 75 % des immigrants illégaux dans plus de dix États américains (10). On peut expliquer l'appui à ces candidats par les priorités des électeurs. Les politiciens, en misant sur la sécurité, défendent ainsi les 11 % d'électeurs aux primaires qui considèrent que l'immigration illégale est l'enjeu qui déterminera leur appui à un candidat et, indirectement, les 34 % pour qui l'enjeu est le terrorisme (11).

De multiples oppositions

Bien qu'elle considère la sécurité comme importante, la candidate démocrate Hillary Clinton a affirmé que la sécurisation de la frontière a été faite et qu'il est temps de s'attaquer à une réforme de l'immigration. En entrevue au réseau CNN, elle a affirmé qu'elle et son adversaire démocrate Bernie Sanders sont tous les deux en faveur d'une barrière à la frontière, mais rien qui égale le projet de mur de Trump, qu'elle qualifie de fantaisiste. En effet, elle défend la position qu'elle a prise en tant que sénatrice, qui était d'appuyer le poste de sécurité qui était nécessaire selon l'emplacement(12).

Pendant que Trump séduit en majorité des électeurs blancs de la classe ouvrière, les Latinos se positionnent contre ce candidat à 80 % (13). De plus, le vote de ce groupe a la plus grande importance, car si en 2012 23,3 millions de Latinos étaient éligibles au scrutin, ce nombre a augmenté à 27,3 millions en 2016 (14). Trump a ouvert sa campagne en promettant de renvoyer les 11 millions de sans-papiers « à la maison ». On peut penser que cette promesse, en plus de la déclaration du candidat à l'effet que les immigrants en provenance du Mexique étaient des criminels et des violeurs, n'a pas séduit cet électorat (15).

Même le pape François s'est prononcé sur le sort de la frontière lors de son passage à Ciudad Juarez, une ville mexicaine frontalière. Le Saint-Père a alors condamné le triste sort de ceux ayant péri en voyageant vers le nord pour fuir la pauvreté et la violence (16).

En somme, la frontière mexicaine est un enjeu complexe qu'il ne faut pas négliger dans le cadre de l'élection présidentielle américaine. Plus qu'un débat financier, une véritable lutte d'idéologies se cache derrière les argumentaires des différents politiciens. On l'observe avec les candidats républicains, qui préfèrent favoriser l'individu et la sécurité à n'importe quel coût contre les principaux candidats démocrates. Ceux-ci croient que l'effort a été fait pour la sécurité et qu'il est temps de s'occuper de l'organisation de l'immigration par le moyen d'une réforme. Plusieurs mois nous séparent encore de novembre, où les électeurs américains choisiront leur président ou présidente. La frontière risque de demeurer au coeur des débats.




Références: :

1. S.A, Immigration Reform That Will Make America Great Again, [en ligne], https://www.donaldjtrump.com/positions/immigration-reform, (Page consultée le 4 avril 2016).

2. Ibid.

3. Ibid.

4. COLIN, Armand, La frontière Mexique/États-Unis : entre ouverture et fermeture, Les conflits dans le monde, [en ligne], 2011, http://www.cairn.info/les-conflits-dans-le-monde--... (Page consultée le 4 avril 2016).

5. Ibid.

6. KROGSTAD, Jens Manuel, 5 Facts about Mexican and Immigration to the U.S., Pew Research Center, [en ligne], 11 février 2016, http://www.pewresearch.org/fact-tank/2016/02/11/me... (Page consultée le 4 avril 2016).

7. Reuters, Trump's "Wall" Talk Sparks Migrant Rush on U.S.-Mexico Border, Fortune, [en ligne], 1er mars 2016, http://fortune.com/2016/03/01/donald-trump-mexico-... (Page consultée le 4 avril 2016).

8. Ibid.

9. DECKER, Cathleen, Far from the Mexican Border, 2016 GOP Presidential Candidates Keep Immigration at Forefront, Los Angeles Times, [en ligne], 4 février 2016, http://www.latimes.com/politics/la-pol-prez-immigr... (Page consultée le 4 avril 2016).

10. GONZALEZ-BARRERA, Ana ET KROGSTAD, Jens Manuel, What We Know about Illegal Immigration From Mexico, Pew Research Center, [en ligne], 20 novembre 2015, http://www.pewresearch.org/fact-tank/2015/11/20/wh... (Page consultée le 4 avril 2016).

11. DECKER, Cathleen, op. cit.

12. HAINS, Tim, Hillary Clinton: We Have Secured The Border, Now Let's Get on With Immigration Reform, Real Clear Politics, [en ligne], 9 mars 2016, http://www.realclearpolitics.com/video/2016/03/09/... (Page consultée le 4 avril 2016).

13. ROBINSON, Eugene, Will Latinos Wall Off Trump?, Real Clear Politics, [en ligne], 8 mars 2016, http://www.realclearpolitics.com/articles/2016/03/... (Page consultée le 4 avril 2016).

14. Ibid.

15. Ibid.

Dernière modification: 2016-04-11 07:38:29

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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