Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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11 November 2006

1956 : La crise du canal de Suez marquait une rupture historique


Nadine Khoury
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

January
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

July
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

December
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

September
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

June
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

February
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

June
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

September
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

January
1992
Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

February
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

October
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate

September
1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

November
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

October
1973
Début du premier «choc pétrolier»

October
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

April
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

September
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

August
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

June
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

Il y a cinquante ans, la crise du canal de Suez illustrait les nouveaux rapports de forces internationaux de l'après 1945. La nationalisation du canal par le président égyptien Gamal Abdel Nasser, qui deviendra la figure du nationalisme arabe et de la fierté des nations décolonisées, fut une atteinte aux intérêts et à l'orgueil des puissances coloniales françaises et britanniques. Le dénouement de la crise a révélé l'affaiblissement des puissances européennes, dû à la Seconde Guerre et la décolonisation, et leur déclassement vis-à-vis les puissances nucléaires états-unienne et soviétique (1). La crise du canal de Suez marqua ainsi le début d'une nouvelle ère des relations internationales (2).

Genèse d'une crise

Le monde connaît à cette époque le développement du nationalisme arabe et la percée de l'URSS dans le Tiers Monde. À cet égard, les dirigeants soviétiques publient le 16 avril 1955 une déclaration condamnant le monopole occidental dans le Tiers Monde. Elle coïncide avec le moment où cet ensemble de pays sous-développés prend conscience de son existence, c'est-à-dire lors de la conférence de Bandoeng d'avril 1955 (3).

D'autre part, en Égypte, le renversement de la monarchie de Farouk 1er par les officiers de l'armée égyptienne en 1952 est suivi par la mise en place d'un gouvernement dirigé par le général Mohammed Neguib. En lutte contre l'impérialisme étranger, l'Égypte abandonne à ce moment les clauses de coopération avec les pays européens (4). Succédant à Neguib en mars 1954, le colonel Gamal Abdel Nasser exprime son intention d'anéantir Israël et brise le monopole britannique du commerce des armes au Proche-Orient en concluant un important contrat pour la fourniture d'armes avec la Tchécoslovaquie en septembre 1955 (5). Dans le même ordre d'idées, il mène à terme un accord avec le gouvernement britannique prévoyant l'évacuation totale des troupes britanniques occupant la zone du canal de Suez.

L'audace du colonel Nasser provoque une crise internationale

Une fois le canal libéré, Nasser saisit l'occasion du cinquième anniversaire de la révolution égyptienne pour annoncer son intention de nationaliser le canal de Suez et de geler tous les avoirs de la Compagnie universelle qui l'exploite. Cette déclaration choc fait suite au refus de la Grande-Bretagne et des États-Unis de participer au financement de la construction du barrage d'Assouan. En fait, Nasser espère obtenir les fonds nécessaires à la construction du barrage grâce à la nationalisation (6).

La déclaration provoque une véritable crise internationale puisqu'elle est une attaque directe contre les intérêts britanniques, israéliens et français. La nationalisation menace le commerce de la Grande-Bretagne avec l'Extrême-Orient et son approvisionnement de pétrole en provenance du golfe persique. Israël craint pour sa part que la nationalisation n'entraîne l'interdiction pour ses navires d'emprunter le canal de Suez et ne menace dangereusement ses approvisionnements vitaux de toute sorte. Enfin, la France désire elle aussi éliminer le président égyptien panarabiste qu'elle accuse de soutenir la rébellion algérienne (7).

Décidée à renverser Nasser, la Grande-Bretagne fait d'abord appel aux États-Unis pour soutenir une action franco-britannique. Elle essuie cependant le refus du président américain Dwight Eisenhower qui favorise à ce moment un règlement pacifique du conflit.

La détermination de la France, du Royaume-Uni et d'Israël à agir contre l'Égypte et à récupérer le canal se concrétise en un accord secret tripartite. Conclu à Sèvres les 22 et 23 octobre 1956, il établit le déroulement de l'action militaire contre Nasser (8). L'État hébreu doit attaquer l'Égypte le 29 octobre 1956. Quant à elles, la France et la Grande-Bretagne lanceront un ultimatum aux deux belligérants pour qu'ils se retirent de la zone du canal et enclencheront une riposte le 31 octobre en cas de refus de l'Égypte de respecter l'ultimatum (9).

Le plan est mis à exécution comme prévu le 29 octobre. Le rejet escompté de l'ultimatum par les Égyptiens permet à l'aviation britannique de bombarder les aérodromes égyptiens et aux troupes franco-britanniques d'occuper Port-Saïd et Port-Fouad (10). L'opinion internationale est tout de suite indignée de la situation. L'URSS met un terme à l'offensive en menaçant la France, la Grande-Bretagne et Israël d'une riposte nucléaire. L'OTAN brandit à son tour la menace nucléaire envers l'URSS si cette dernière utilise ses fusées atomiques.

C'est à ce moment que les États-Unis entrent en jeu : ils exigent le retrait des forces occidentales pour mettre un terme à la crise. Pour faire fléchir les puissances européennes, ils contribuent à la dévaluation de la livre sterling et interfèrent dans le dispositif anglo-français avec leurs forces navales (11). Les pressions font plier la France et la Grande-Bretagne, qui seront ultérieurement condamnées à l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU). Pour restaurer la paix en Égypte, l'ONU interpose entre Israël et l'Égypte la Force d'urgence des Nations unies (FNUE) dès le 15 novembre 1956. Cette opération marquera la naissance des Casques bleus de l'ONU (12).

La fin d'une ère...et le début d'une nouvelle

La crise de Suez marque en définitive la fin d'une époque, celle de l'influence traditionnelle des anciennes puissances coloniales dans la région. Leur politique colonialiste, motivée par des intérêts économiques et politiques, a échoué en raison de la « désolidarisation » de leur allié américain. Ce revers humiliant profite au colonel Nasser qui sort victorieux du conflit et devient la nouvelle figure du nationalisme arabe et de la décolonisation (13).

C'est aussi le début de l'ère de la domination des puissances nucléaires américaine et soviétique dans le règlement des conflits internationaux. Le dénouement de la crise a redoré le prestige dans le monde arabe de l'URSS, perçu désormais comme le défenseur des petites puissances contre l'impérialisme occidental (14). Son influence s'affirmera particulièrement en Égypte et en Syrie. Les États-Unis ont eux aussi augmenté leur capital politique dans la région en faisant preuve de modération par leur attitude nuancée. Ils s'attireront les sympathies du roi Hussein de Jordanie en démontrant leur appui à la dynastie hachémite (14).

Cette restructuration des rapports de forces dans la région concentre la puissance entre les mains des deux géants nucléaires que sont les États-Unis et l'URSS. Le Proche-Orient deviendra un enjeu durable dans la lutte que se mèneront les nouvelles puissances du monde bipolarisé jusqu'à la chute du mur de Berlin en 1989.




Références:

(1) Vincent GOURDON, «Affaire de Suez», [En ligne], http://www.universalis-edu.com/corpus2.php?napp=&n... (Page consultée le 8 novembre 2006).

(2) «The Suez Crisis, An Affair to Remember», [En ligne], The Economist, 27 juillet 2006, http://www.economist.com/world/displaystory.cfm?st... (Page consultée le 8 novembre 2006).

(3) Maurice VAISSE, Les relations internationales depuis 1945, Coll. Cursus, 9e édition, Paris, A. Colin, 2005, p. 52.

(4) «Crise du canal de Suez», [En ligne], http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_du_canal_de_Suez (Page consultée le 8 novembre 2006).

(5) Maurice VAISSE, op. cit., p. 52-53.

(6) «Histoire de la crise du canal de Suez», [En ligne], http://www.linternaute.com/histoire/motcle/4729/... consultée le 8 novembre 2006).

(7) «Crise du canal de Suez», Encylopédie Microsoft Encarta 1997 [CD-ROM], Microsoft Corporation, 1993-1996.

(8) Loc. cit.

(9) «Dossier de la crise de Suez», [En ligne], http://www.ina.fr/archivespourtous/index.... (Page consultée le 8 novembre 2006).

(10) «Crise du canal de Suez», Encylopédie Microsoft Encarta 1997 [CD-ROM], Microsoft Corporation, 1993-1996.

(11) Maurice VAISSE, op. cit., p. 53.

(12) «Crise du canal de Suez», [En ligne], http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_du_canal_de_Suez (Page consultée le 8 novembre 2006).

(13) Maurice VAISSE, op. cit., p. 53-54.

(14) Maurice VAISSE, op. cit., p. 55.

Bibliographie

«Crise du canal de Suez», [En ligne], http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_du_canal_de_Suez (Page consultée le 8 novembre 2006).

«Crise du canal de Suez», Encylopédie Microsoft Encarta 1997 [CD-ROM], Microsoft Corporation, 1993-1996.

«Dossier de la crise de Suez», [En ligne], http://www.ina.fr/archivespourtous/index.... (Page consultée le 8 novembre 2006).

GOURDON, Vincent, «Affaire de Suez», [En ligne], http://www.universalis-edu.com/corpus2.php?napp=&n... (Page consultée le 8 novembre 2006).

«Histoire de la crise du canal de Suez», [En ligne], http://www.linternaute.com/histoire/motcle/4729/... consultée le 8 novembre 2006).

«Intervention militaire française et britannique au canal de Suez», [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (Page consultée le 8 novembre 2006).

«The Suez Crisis, An Affair to Remember», [En ligne], The Economist, 27 juillet 2006, http://www.economist.com/world/displaystory.cfm?st... (Page consultée le 8 novembre 2006).

VAISSE, Maurice, Les relations internationales depuis 1945, Coll. Cursus, 9e édition, Paris, A. Colin, 2005, 270 p.

WINTHROP, Aldrich, «The Suez Crisis», Foreign Affairs, avril 67, vol. 45, no 3, p. 541-552.

Dernière modification: 2008-01-16 21:19:34

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