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9 février 2016

Des élections sans gagnants en Espagne


Jonathan Naisby
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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2019
Élections législatives en Espagne

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Signature du traité de Maastricht

juin
1989
Tenue d'élections au Parlement européen

juin
1985
Signature des traités d'adhésion de l'Espagne et du Portugal à la Communauté économique européenne

Le 20 décembre 2015, les Espagnols ont été appelés aux urnes afin d'élire leurs prochains représentants au Congrès des députés. Ce sont plus de 25 millions d'électeurs qui se sont déplacés pour exercer leur droit de vote (1). Engendrant un réel bouleversement politique, ces élections mettent fin à la tradition de bipartisme que connait l'Espagne depuis l'ère de Francisco Franco de 1939 à 1975 (2).

Une victoire au goût amer pour le Parti populaire

Au lendemain des élections, le Parlement espagnol s'est retrouvé sans aucun gagnant décisif. En effet, ce sont maintenant quatre grands partis qui se séparent la Chambre basse, ce qui vient bouleverser la tradition bipartite de l'Espagne. C'est le Parti populaire (PP), une formation de droite, dirigée par le premier ministre sortant Mariano Rajoy, qui récolta le plus de voix. Cependant, celui-ci n'a récolté que 123 sièges (3), ce qui constitue une baisse de 63 par rapport aux élections de 2011 (4). Ne pouvant atteindre le seuil de 176 sièges afin d'obtenir une majorité, le PP devra se tourner vers les autres partis en vue de former une coalition pour gouverner. L'autre parti traditionnel, le Parti socialiste ouvrier (PSOE), ne récolta que 90 sièges, ce qui constitue une baisse de 20 par rapport aux élections législatives de 2011 (5).

Les nouveaux joueurs sur la scène parlementaire espagnole sont le parti de gauche Podemos et le parti de centre Ciudadanos (C's). Poussés par une vague de mécontentement dans la population, ceux-ci ont respectivement récolté 69 et 40 sièges au Parlement (6). Après plusieurs scandales de corruption au sein du PP (7), des années d'austérité et un taux de chômage élevé (20,9 %) (8), ces partis arrivent avec des airs de changement. Podemos et C's souhaitent tous deux revoir les politiques d'austérité du gouvernement Rajoy et demander un délai à Bruxelles pour le déficit public de l'Espagne (9).

Impasse pour former le gouvernement

Sans aucun parti avec la majorité absolue, une coalition doit être créée, sans quoi de nouvelles élections seraient déclenchées. Selon l'article 99-3 de la Constitution espagnole, le premier ministre qui formera le prochain gouvernement doit avoir l'appui du Congrès des députés à la majorité absolue. Si celui-ci est dans l'impossibilité de recueillir la majorité absolue, il devra alors avoir l'appui d'une majorité simple (10).

Cependant, aucun des partis ne réussit à s'entendre afin de former une alliance. Au centre droit, le PP et le C's ne s'entendent pas sur la personne qui dirigerait la coalition, puisque C's ne veut pas de Mariano Rajoy (11). À gauche, le PSOE souhaite conserver l'unité nationale et empêcher le droit à l'autodétermination de la Catalogne, alors que le droit des Catalans à l'autodétermination était un point central du programme électoral de Podemos (12). Face à cette impasse, Rajoy a renoncé le 22 janvier 2016 à former un gouvernement avec les autres partis (13).

Il incombe donc maintenant au chef du PSOE, Pedro Sanchez, la tâche difficile de former le prochain gouvernement (14). Sanchez devra agir rapidement et faire plusieurs concessions pour rallier d'autres partis sous une coalition. Dans l'impossibilité, de nouvelles élections devront être déclenchées, replongeant l'Espagne dans l'incertitude politique.




Références:

(1) El Pais, General elections 2015, 20 décembre 2015, http://resultados.elpais.com/elecciones/2015/gener... (Page consultée le 08 février 2016).

(2) Radio-Canada, « Élections en Espagne, vers la fin du bipartisme? », 19 décembre 2015, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international... (Page consultée le 08 février 2016).

(3) El Pais, General elections 2015, op. cit.

(4) El Pais, General elections 2011, 20 novembre 2011, http://resultados.elpais.com/elecciones/2015/gener... (Page consultée le 08 février 2016).

(5) El pais, General elections 2015, op. cit.

(6) Ibid.

(7) MOREL, Sandrine, « L'affaire Barcenas fragilise chaque jour un peu plus le gouvernement espagnol », Le Monde, 18 juillet 2013, http://www.lemonde.fr/international/article/2013/0... (Page consultée le 08 février 2016).

(8) MOREL, Sandrine, « Espagne : former un gouvernement, la mission impossible de Mariano Rajoy », Le Monde, 21 décembre 2015, http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/12/21/es... (Page consultée le 08 février 2016).

MOREL, Sandrine, « En Espagne, les questions qui compliquent la formation d'une coalition », Le Monde, 05 février 2016, http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/02/05/en... (Page consultée le 08 février 2016).

(9) Ibid.

(10) GODIN, Romaric, « Espagne : comment Mariano Rajoy pourrait rester à la Moncloa », La Tribune, 30 décembre 2015, http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/... (Page consultée le 08 février 2016).

(11) GODIN, Romaric, « L'Espagne a un parlement mais pas de gouvernement », La Tribune, 13 janvier 2016, http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/... (Page consultée le 08 février 2016).

(12) GODIN, Romaric, « Espagne : vers une coalition de gauche ? », La Tribune, 21 janvier 2016, http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/... (Page consultée le 08 février 2016).

(13) MOREL, Sandrine, « En Espagne, la balle est dans le camp des socialistes », Le Monde, 23 janvier 2016, http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/01/23/en... (Page consultée le 08 février 2016).

(14) Ibid.

Dernière modification: 2016-02-15 07:41:02

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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