16 octobre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

23 février 2016

La Géorgie et l'Union européenne : un flirt qui s'éternise


Gabrielle Trottier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

août
2008
Cessez-le-feu dans le conflit entre la Géorgie et l'Ossétie du Sud

novembre
2003
Démission du président de la Géorgie, Edouard Chevardnadze

Retrouvant sa souveraineté après l'éclatement de l'Union soviétique, en 1991, la Géorgie s'est tournée vers l'Europe. Dès sa création, en 1993, l'Union européenne (UE) appuie cette dernière dans sa transition politique. Dès lors, ils entretiennent des relations diplomatiques ensemble. La Géorgie désire adhérer à la coalition européenne et son avenir suscite des interrogations sur la scène internationale (1).

Un marathon de démarches

L'Union européenne fut l'une des premières organisations internationales à soutenir l'ancienne République soviétique, notamment par l'établissement d'une délégation dans la capitale, Tbilissi, en 1995 (2). Depuis, plusieurs traités ont permis le rapprochement entre l'UE et la Géorgie, comme l'accord de partenariat et de coopération de 1999 qui consolide la démocratie et le développement de l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie (3).

Les relations entre la Géorgie et l'UE se sont renforcées après la Révolution des roses en 2003 (4). Conduits par le président géorgien Mikheïl Saakachvili, les changements politiques, économiques et sociaux ont augmenté la sécurité nationale, supprimé une partie de la corruption et amélioré les performances économiques de la Géorgie. Pour aider le pays, l'UE a déployé la mission l'État de droit en 2004. Enfin, durant le conflit armé de 2008 avec la Russie, l'UE a mis sur pied une mission de surveillance en Géorgie.

Bien que l'UE soutienne les réformes initiées par le gouvernement, la population fut déçue des résultats de la révolution de 2003. La Géorgie croyait, après une décennie de dialogue avec l'UE, que les changements apportés par cette révolution déclencheraient l'entrée définitive du pays à la coalition européenne (5).

Empruntant le modèle occidental libéral, la Géorgie est en transition entre une économie planifiée et une économie de marché. Appuyant cette réforme économique, l'UE a signé un accord pour qu'elle bénéficie de la Politique européenne de voisinage et du Partenariat oriental en 2009. Ces traités permettent une intégration économique à l'UE et ils garantissent une assistance dans le processus de démocratisation des pays signataires (6).

Craignant des retombées économiques négatives, la Russie a menacé à maintes reprises de repenser les relations russo-géorgiennes, si la Géorgie adhérait à des traités économiques avec l'UE (7). La Géorgie a tout de même signé l'accord de libre-échange avec l'UE, en 2014, et la libéralisation des mesures de visa, en janvier 2016.

Les obstacles à une éventuelle adhésion

Bien que l'UE et le gouvernement géorgien désirent poursuivre leur coopération politique et économique, il existe quelques obstacles quant à l'intégration de la Géorgie à l'organisation européenne (8).

D'abord, la relation russo-géorgienne freine le processus d'intégration de la Géorgie à l'UE. L'organisation est consciente que l'entrée de la Géorgie pourrait alimenter les conflits dans cette région, car « aux frontières orientales de l'Union européenne, des stratégies contraires se déploient (9) ». D'ailleurs, les forces russes se sont emparées de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, au détriment de la Géorgie. Cette situation démontre le manque de contrôle de la Géorgie sur son territoire et sa souveraineté (10).

Pour sa part, le président géorgien, Guiorgui Margvelachvili, affirme que les agressions de la Russie en Ukraine sont néfastes pour les relations entre les pays du Caucase du Sud et l'UE (11).

Selon la présidente de la République de Lituanie, Dalia Grybauskaite, plusieurs autres changements doivent s'opérer dans le pays s'il veut entrer dans l'UE. D'ailleurs, cette dernière a affirmé que, « même si le peuple géorgien a pris la décision ferme de prendre la voie européenne, les progrès de ce pays pour mettre en place des réformes sont entravés par la violation des droits humains, les restrictions de la liberté des médias, les conflits à l'intérieur des partis (12). »

Quant à l'économiste Guia Khoukhachvili, il estime que le marché économique géorgien n'est pas assez développé pour convenir aux standards élevés et à la production concurrentielle du marché européen. Le spécialiste fait remarquer que la production géorgienne en 2014 était essentiellement basée sur le vin et les eaux minérales (13).

Une intégration appuyée par l'opinion publique

Les résultats d'une récente enquête menée par le National Democratic Institute ont montré que 58 % de la population géorgienne soutenait l'entrée du pays à l'Union européenne(14). La population croit que cette intégration aidera le pays à résoudre ses conflits territoriaux, maintenir sa démocratie dans un État de droit et liberté et soutenir ses réformes économiques, sociales et politiques (15).

Plusieurs pays soutiennent aussi cette intégration, comme la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie, la République tchèque et la Suède. En politique interne, le parti politique auquel est affilié le président Guiorgui Margvelachvili, Rêve géorgien, prône l'intégration de la Géorgie à l'Union européenne. D'autres formations politiques encouragent aussi l'établissement de liens plus étroits, telles que le Mouvement national uni et le Parti républicain (16).

Selon The Economist, l'entrée du pays à l'Union européenne sera bénéfique pour son activité économique. Elle entraînera un élargissement de ses partenaires, une réduction des taxes, une réglementation commerciale et un meilleur encadrement dans son secteur économique (17).

Inversement, il est naturel de se questionner sur les intérêts de l'Union européenne à intégrer la Géorgie dans sa coalition. Selon la politologue Nika Chitadze, cela va augmenter son prestige international et démontrer une ouverture aux pays anciennement soviétiques. De plus, cette relation est géopolitiquement stratégique. Tout comme la Bulgarie et la Roumanie joignant l'UE en 2007, la Géorgie est située dans la région de la mer Noire. Ainsi, l'UE pourra développer plus facilement des relations commerciales avec l'Asie et la Géorgie servira de pays tampon (18).




Références:

(1) MÉLOUA, Mirian, « Géorgie », Agora francophone, 2015, http://www.agora-francophone.org/afi/afi-no24-2015... (Page consultée le 20 février 2016)

(2) Toute l'Europe, « UE-Géorgie : des relations bien intégrées malgré l'instabilité de Tbilissi », 23/02/2011, http://www.touteleurope.eu/actualite/ue-georgie-de... (Page consultée le 21 février 2016)

(3) CLERGET, Jérôme, « De l'accord de partenariat et de coopération aux quatre espaces communs. Valeurs démocratiques et malentendus culturels dans les relations entre l'Union européenne et la Russie », Les cahiers Irice, 2/2014, www.cairn.info/revue-les-cahiers-irice-2014-2-page-45.htm, (Page consultée le 20 février 2016)

(4) Conseil de l'Union européenne, « Relation de l'UE avec la Georgie », http://www.consilium.europa.eu/fr/policies/eastern... (Page consultée le 19 février 2016)

(5) BAUMANN, Éveline, « Géorgie, une si grande lassitude », Le Monde, 05/11/2011, http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/05/geo... (Page consultée le 20 février 2016)

(6) Le Figaro, « L'UE signe l'accord d'association avec l'Ukraine, la Géorgie et la Moldavie », 27/06/2014, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/06/27/97001... (Page consultée le 19 février 2016)

(7) Georgian Journal, « Visa Liberalization, Sooner with Russia than with the EU? » 27/11/2015, http://www.georgianjournal.ge/politics/31880-visa-... (Page consultée le 22 février 2016)

(8) EANDESBOZ, Julien, « Définir le voisin. La genèse de la Politique européenne de voisinage », Cultures & Conflits, 5/07/2007, http://conflits.revues.org/2441, (Page consultée le 20 février 2016)

(9) DUMONT, G-F, VERLUISE, Pierre, « Quelles frontières pour l'Europe ? Une question révélatrice des enjeux et incertitudes de l'UE », Diploweb, 2/05/2015, http://www.diploweb.com/Quelles-frontieres-pour-l-... (Page consultée le 21 février 2016)

(10) CHAKHAVA, Ketevan, « Road Leading Georgia to the European Union Membership », Journal of Science, 2012, http://oaji.net/articles/2016/2903-1453890637.pdf, (Page consultée le 21 février 2016)

(11) BREEN, Julia, « Intégrer l'UE c'est comme épouser une jolie femme », Le courrier de Russie, 2014/07/04, http://www.lecourrierderussie.com/international/ex... (Page consultée le 21 février 2016)

(12) Agence France presse, « Le président géorgien conjure l'UE de porsuivre l'intégration », 2015/05/20, La croix, http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Le-preside... (Page consultée le 21 février 2016)

(13) Site gouvernemental de la Présidence de la République de Lituanie, « Les obstacles intérieurs sur la voie de la Géorgie vers l'Europe », 05/11/2015, https://www.lrp.lt/fr/centre-de-presse/communiqus-... (Page consultée le 21 février 2016)

(14) BREEN, Julia, Op. cit.

(15) Loc. cit.

(16) Toute l'Europe, « Le rêve d'Ivanichvili séduit les Géorgiens », 03/10/2012, http://www.touteleurope.eu/actualite/lereve-d-ivan... (Page consultée le 21 février 2016)

(17) The Economist, « Georgia politics, Signing up for Europe », 27/06/2014, http://www.economist.com/blogs/easternapproaches/2... (Page consultée le 22 février 2016)

(18) CHAKHAVA, Ketevan, Op. cit.

Dernière modification: 2016-03-14 08:31:04

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Un vent de renouveau en Géorgie après cinq années à faire du surplace
>février 2019


La Géorgie et l'Union européenne : un flirt qui s'éternise
>février 2016


Relations Géorgie - Russie : le conflit oublié
>décembre 2015


Géorgie : une ère de changement
>décembre 2013


La visite de Dick Cheney souligne l'appui américain à la Géorgie
>septembre 2008


Manifestation en Géorgie : une élection frauduleuse?
>février 2008


Un missile fantôme en Géorgie
>septembre 2007


Un signe d'apaisement dans les relations russo-géorgiennes
>janvier 2007


La tension monte entre la Géorgie et la Russie
>octobre 2006


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019