Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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5 novembre 2006

Un modèle alternatif de développement : le chantage nucléaire


Charles Métivier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juin
2018
Tenue d’un sommet entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un

avril
2018
Sommet entre les leaders de la Corée du Sud et de la Corée du Nord

juillet
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Lancement d’un missile nord-coréen qui serait capable d’atteindre les États-Unis

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2011
Décès du leader nord-coréen Kim Jong-il

février
2007
Entente sur un éventuel démantèlement du programme nucléaire nord-coréen

octobre
2006
Premier essai nucléaire en Corée du Nord

juin
2000
Tenue d'une rencontre historique entre les chefs d'État des deux Corées

juillet
1994
Décès du président nord-coréen Kim Il-sung

juin
1950
Déclenchement de la guerre de Corée

Suite à une rencontre trilatérale, États-Unis, Chine et Corée du Nord, en octobre 2006, les pourparlers concernant le programme nucléaire nord-coréen reprendront d'ici la mi-novembre ou, au plus tard, en décembre, soit deux mois après le présumé test nucléaire de Pyongyang.

Une tradition familiale

Ce n'est pas la première fois qu'un dirigeant nord-coréen use de l'argument atomique pour forcer la tenue de négociations. En 1994, Kim il-Song, père du présent dictateur, menace de se retirer du Traité de non-prolifération (TNP), de chasser les inspecteurs de l'Agence internationale d'énergie atomique (AIEA) et d'entamer un programme d'enrichissement de l'uranium (1). Dès lors, le gouvernement américain s'investit dans des négociations qui prévoient que la Corée du Nord largue son programme nucléaire en retour d'une aide alimentaire et de deux centrales nucléaires (2).

En 2002, lorsque Washington a vent que les Nord-coréens poursuivent un programme nucléaire secret, les États-Unis coupent l'approvisionnement en pétrole qui sert de compensation pour le délai de la construction des centrales nucléaires. Kim Jong-il, au pouvoir depuis 1994, applique les menaces de son père. Il quitte le TNP et expulse l'AIEA. En juin 2003, il brandit la menace de l'arme nucléaire et des pourparlers à six - États-Unis, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, Japon et Russie - débutent aussitôt (3).

En novembre 2005, les États-Unis, toujours soupçonneux envers Pyongyang, gèlent les actifs financiers de la Corée du Nord déposés dans une banque de Macao (Chine)(4). La Maison-Blanche argumente que cet argent est utilisé pour la contrefaçon de monnaie et pour le financement de narcotrafiquants (5). Pourtant, deux mois plus tôt, le régime de Kim Jong-il et le gouvernement de George W. Bush se sont entendus, comme en 1994, pour que les Nord-coréens abandonnent l'enrichissement d'uranium si les Américains leur fournissent une aide énergétique (6). Immédiatement, la Corée du Nord quitte la table de négociation faisant fi de ses engagements.

Une année sabbatique bien remplie

Le gel des négociations à six a duré un an. La gestion de l'Irak et les ambitions nucléaires de l'Iran ont largement dominé l'agenda politique de l'administration américaine, reléguant la question nord-coréenne à l'arrière-plan (7). Le 5 juillet 2006, Pyongyang tente de revenir sur l'échiquier diplomatique par des messages mixtes. La Corée du Nord lance six missiles dans la mer du Japon tout en rappelant que des négociations sont souhaitées. Le communiqué de presse nord-coréen, qui accompagne le supposé test nucléaire du 9 octobre, stipule aussi que la Corée du Nord reste favorable au dialogue et que le régime «fera de son mieux pour parvenir à la dénucléarisation de la péninsule» (8).

Le Conseil de sécurité des Nations unies se saisit de la question, à la demande des Étatsuniens et des Japonais, en votant la résolution 1718 qui interdit les exportations vers la Corée de matériel pouvant servir à fabriquer des missiles ou des bombes atomiques. La résolution comprend notamment une clause qui légitime le gel des actifs financiers nord-coréens par les États-Unis.

Finalement, c'est Pékin qui joue un rôle constructif en tenant sur son territoire, une rencontre informelle entre les États-Unis et la Corée du Nord en vue d'une reprise des pourparlers. La Chine est en position idéale pour obliger les Coréens à négocier, car ces derniers dépendent des Chinois pour l'indispensable majorité de leurs approvisionnements en aide alimentaire et en pétrole. (9) Pékin veut désamorcer la situation car une implosion de son voisin ferait affluer d'indésirables réfugiés en Mandchourie. Aussi, l'Empire du milieu veut empêcher le scénario de la réunification des Corée, avec Séoul comme capitale, ce qui créerait une nouvelle ligne de front avec un allié des Américains (10).

La prochaine ronde de négociation : bâtir la confiance

Washington et Pyongyang ont convenu des pré-requis d'une prochaine ronde de pourparlers. Les États-Unis promettent que la question des actifs coréens gelés sera abordée et la Corée du Nord réitère son engagement de se dénucléariser pris en septembre 2005. Afin de bâtir une certaine confiance, le président Bush a annoncé l'envoi d'une équipe américaine qui a pour mandat de vérifier l'application des clauses négociées. Le président américain maintient que les discussions tourneront autour de la renonciation par la Corée du Nord de son programme nucléaire de façon « vérifiable » en « retour de perspectives meilleures pour la population de la Corée du Nord » (11).




Références:

(1) AGENCE FRANCE-PRESSE, REUTERS et ASSOCIATED PRESS, « Bombe atomique ou politique », Le Devoir, 4 octobre 2006, p.a1.

(2) LÉVESQUE, Étienne, « Quelle menace nord-coréenne? », Le Devoir, 11 octobre 2006, p.a9.

(3) HASSIG, Ralph et Oh KONGDAN, « Corée du Nord : un État voyou en marge du TNP », eJournalUSA, [En ligne], http://mysite.verizon.net/kohrch/, s.d., s.p..

(4) BATSON, Andrew, Neil KING Jr et Evan RAMSTAD, « Politics & Economics: North Korea Will Resume Nuclear Talks; China Brokers Deal for Weapons Session, and U.S. Will Discuss Its Financial Strictures », The Wall Street Journal, 1er novembre 2006, p.A6.

(5) THE WHITE HOUSE, The National Security Strategy of the United States of America, Washington, novembre 2006, [En ligne], http://www.whitehouse.gov/nsc/nss/2006/nss2006.pdf, (page consultée le 3 novembre 2006), p.21.

(6) AGENCE FRANCE-PRESSE et REUTERS, « Pyongyang revient négocier », Le Devoir, 1er novembre 2006, p.b1.

(7) LÉVESQUE, Étienne, « Quelle menace... », op.cit..

(8) AGENCE FRANCE-PRESSE, REUTERS et ASSOCIATED PRESS, « Bombe atomique... », op.cit..

(9) EDWARDS, Steven, « North Korea agrees to return to six-party talks », CanWest News, 1er novembre 2006, p.1.

(10) TRUFFAUT, Serge, « Le Coréen roué », Le Devoir, 11 octobre 2006, p.a8.

(11) FRANCE-PRESSE et REUTERS, « Pyongyang revient... », op.cit..

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

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