Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

25 septembre 2018

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9 February 2016

Tourisme à Cuba: une question de bureaucratie


François Charles Morissette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

April
2018
Accession de Miguel Diaz-Canel à la présidence de Cuba

September
2017
Ouragans sur les Caraïbes

November
2016
Décès de l’ex-dirigeant cubain Fidel Castro

March
2016
Début de la visite du président américain Barack Obama à Cuba

December
2014
Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

October
2012
Déferlement de l'ouragan Sandy sur les Caraïbes et les États-Unis

February
2008
Accession de Raul Castro à la présidence de Cuba

August
1994
Émeutes à La Havane

July
1989
Exécution du général cubain Arnaldo Ochoa

December
1988
Signature à New York d'un traité sur le conflit en Angola

May
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

April
1980
Début d'un exode massif d'exilés cubains

November
1975
Intervention cubaine en Angola

October
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

January
1966
Ouverture de la première Conférence de Solidarité avec les Peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine (Tricontinentale)

October
1962
Dévoilement par le président américain de la présence de missiles soviétiques à Cuba

January
1962
Exclusion de Cuba de l'Organisation des États américains

September
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

April
1961
Débarquement d'exilés cubains à la baie des Cochons

Chaque année, trois millions de personnes se rendent à Cuba en tant que touristes. Les attraits sont nombreux dans ce pays. Ses plages, son climat chaud et ensoleillé, ses 253 sites protégés, ses 257 monuments nationaux, ses 13 refuges fauniques ainsi que ses sept sites inscrits au «patrimoine mondial» par la United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO) sont tous des facteurs contribuant à cet important flux de touristes (1). Parmi tous ces touristes, il y a chaque année plus d'un million de Canadiens qui se rendent à Cuba (2), faisant de ces derniers les touristes les plus nombreux de Cuba.

En 2015, les touristes étaient 62 % plus nombreux que l'année précédente (3). L'économiste cubain Omar Everleny sonne l'alarme: «La Havane est pleine (4).» Il s'agit d'un gros problème, confirme-t-il, et ce, malgré que les Américains ne puissent toujours pas accéder à la capitale cubaine. Autant à La Havane que dans les autres parties du pays, les taux d'occupation sont constamment à 100 %, mais les bâtiments ne poussent que lentement. Pourquoi?

Une lente libéralisation

La présence du gouvernement cubain semble être un facteur ralentissant dans le développement du tourisme à Cuba (5). En effet, même si l'embargo américain sur Cuba est toujours en vigueur, il ne peut être responsable de toute la bureaucratie et de tout ce contrôle «étranglant» de l'État cubain sur son économie. Le résultat de ce rigide contrôle étatique de l'économie est que «tout se produit de façon très lente (6)» à Cuba. Le développement de l'industrie est aussi ralenti par le fait que l'État cubain bénéficie d'un moins grand accès au crédit sur la scène internationale (7).

Cuba doit donc se tourner vers les investisseurs privés pour développer son industrie du tourisme. Plus de trois millions de visiteurs viennent chaque année à Cuba, mais ce chiffre pourrait s'élever à neuf millions si les Américains levaient l'embargo (8). Selon Raùl Rodriguez, chercheur en études américaines à l'Université de La Havane, le Congrès n'est pas près de lever l'embargo, malgré que ce soit le souhait du président Barack Obama.

En 2011, le gouvernement cubain a entrepris des réformes dans son industrie du tourisme pour augmenter la productivité. Alors qu'il estimait que ce secteur augmenterait de 8 % par année, sa croissance réelle n'est que de 4 %. Cette industrie vaut 68 milliards à elle seule à Cuba (9), mais elle n'est pas prête à accueillir les millions de potentiels touristes américains; le manque d'hôtels, de routes, et de fiabilité des autorités cubaines sont pointés du doigt (10). Plusieurs compagnies américaines ont donc envoyé des représentants pour investir dans divers secteurs de l'économie cubaine, mais le Congrès américain s'est interposé.

C'est donc vers le Canada, pays ayant normalisé ses relations avec Cuba dans les années 1970, mais aussi vers le Brésil et la Chine que le gouvernement cubain s'est tourné. L'armée, qui s'occupe du tourisme à Cuba, aurait permis à l'entreprise montréalaise Dundee 360 Real Estate de doubler un projet hôtelier et résidentiel couvrant 3200 acres de terrains à Jibacoa, une ville située entre La Havane et Varadero. Ce projet pourrait désormais rapporter deux milliards de dollars en retombées (11).

Carences et déficits économiques

Selon le World Travel & Tourism Council, il y avait en 2014 environ 502 500 emplois directement ou indirectement liés à l'industrie touristique de Cuba, ce qui comptait pour 9,8 % de tous les emplois et 10,6 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Ces chiffres devraient augmenter à 536 000 emplois et 12 % du PIB pour l'année 2025 (12). Ils devraient être en augmentation peu importe si le Congrès américain décide de lever l'embargo ou non (13).

Ces employés sont considérés comme chanceux. Puisque l'économie cubaine souffre de diverses carences, ceux qui sont souvent au contact des touristes peuvent mettre la main sur divers biens moins accessibles au reste de la population. Le gouvernement y trouve son compte en ayant accès à des devises étrangères internationalement reconnues, alors que ses employés peuvent avoir accès à «des souliers, pâtes à dents ou fruits qui ne sont pas vendus en pesos (14)».

Les infrastructures cubaines, les lois ainsi que la condition économique du pays entier rendent l'investissement étranger «risqué» (15), même si la population y est plus éduquée que dans le reste de l'Amérique latine (16). Il manque plus de 800 000 bâtiments d'habitation afin de loger proprement la population cubaine, les réseaux électriques sont en mauvais état et les télécommunications ne sont pas au niveau. La moitié des terres arables ne sont pas exploitées (17). Le pays manque de capital, et le tourisme est une partie de la solution; sauf que les investisseurs étrangers ne suffisent pas. Un groupe brésilien «a dû obtenir un prêt de 900 millions de dollars de son gouvernement pour son projet de station balnéaire à Mariel (18)».

La République cubaine libéralise tranquillement son industrie touristique pour que le développement se fasse via les investissements étrangers. Cependant, ces investissements étrangers sont gravement ralentis par la lourde bureaucratie du gouvernement. Les questions se posent donc. Les Cubains sont-ils prêts à une levée de l'embargo américain et à tripler le flux de touristes sur leurs vétustes ponts et routes? Sont-ils prêts à ajouter de la pression sur un marché immobilier en carence d'offre? Peuvent-ils produire de l'électricité pour six millions de touristes supplémentaires sans affecter le citoyen cubain ordinaire?




Références:

(1) Venus Carillo Ortega, «Cuba as a destination: Ready for the tsunami?», Cuban News Agency, 25 août 2015, http://www.cubanews.acn.cu/cuba/3564-cuba-as-a-des... (page consultée le 7 février 2016)

(2) Stephanie Nolen, «In tourist-deluged Cuba, Canadian firms are noticeably absent», The Globe And Mail, 13 décembre 2015, http://www.theglobeandmail.com/report-on-business/... (page consultée le 7 février 2016)

(3) Ibid.

(4) Ibid.

(5) Julio Cerviño et Jose Maria Cubillo, «Hotel and tourism development in Cuba», http://e-archivo.uc3m.es/bitstream/handle/10016/72... (page consultée le 7 février 2016)

(6) Stephanie Nolen, op. cit.

(7) Ibid.

(8) Ibid.

(9) Ibid.

(10) Christopher Elliot, «What Americans should expect when traveling to Cuba», Fortune, 14 août 2015, http://fortune.com/2015/08/14/cuba-travel-us/ (page consultée le 12 février 2016)

(11) Stephanie Nolen, op. cit.

(12) WTTC, «Travel & Tourism economic impact: Cuba», https://www.wttc.org/-/media/files/reports/economi... (page consultée le 7 février 2016)

(13) Julio Cerviño et Jose Maria Cubillo, op. cit.

(14) Saundra Amrhein et Tamara Lush, «The 'reality tour' of Cuba», The St. Petersburg Times, 12 mai 2002, http://www.sptimes.com/2002/05/12/Travel/The__real... (page consultée le 7 février 2016)

(15) Julio Cerviño et Jose Maria Cubillo, op. cit.

(16) Stephanie Nolen, op. cit.

(17) Ibid.

(18) Ibid.

Dernière modification: 2016-02-29 12:44:59

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

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