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11 avril 2017

25 ans d'indépendance : la Macédoine toujours au cœur de la géopolitique des Balkans


Tristan Brassard
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

septembre
2018
Référendum en Macédoine sur un éventuel changement de nom du pays

février
2002
Début du procès de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic

Le 8 septembre 1991, deux ans après la chute du mur de Berlin, la République de Macédoine accède à l'indépendance. Auparavant membre de la République fédérative socialiste de Yougoslavie, elle s'en sépara lors de la désintégration de cette dernière, tout comme d'autres États indépendants actuels tels que la Croatie et le Monténégro (1). Depuis ce temps, elle prône une politique étrangère pro-occidentale, afin notamment de préserver son autonomie auprès de la Russie, joueur important et très influent dans cette région de l'Europe. À cet effet, l'une des politiques clés pour la Macédoine est de devenir membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), mais cela constitue pour elle un long processus rempli d'obstacles.

Une adhésion soigneusement préparée

La volonté macédonienne d'adhésion à l'OTAN date de longtemps et les deux acteurs entretiennent une longue relation historique.

D'abord, en 1995, l'ex-République yougoslave adhère au Partenariat pour la paix (PPP). Il s'agit d'un programme qui permet aux États non membres de l'OTAN de coopérer avec l'organisation et de développer une relation individuelle avec elle (2). Puis, en 1999, le pays devient participant au Plan d'action pour l'adhésion (MAP) de l'OTAN, plan par lequel l'organisation accepte de donner son avis et son soutien concernant les besoins individuels des pays désireux d'adhérer à l'Alliance (3). Quelques années plus tard, en 2008, la bonne volonté et les actions de la Macédoine sont récompensées, alors que l'OTAN invite officiellement le pays à entamer des pourparlers d'adhésion (4). Par ailleurs, la Macédoine a participé activement aux interventions de l'organisation au Kosovo, en 1999, et en Afghanistan, entre 2002 et 2014 (5).

Quelques obstacles toujours à surmonter

Par contre, la Macédoine n'est toujours pas membre de l'OTAN. À première vue, c'est en raison de deux facteurs : un conflit de nom avec la Grèce et l'instabilité politique interne.

Le nom de la Macédoine est depuis l'indépendance du pays un sujet de dispute entre Athènes et Skopje. En effet, la Grèce s'oppose à ce que son voisin intègre l'OTAN sous ce nom, puisqu'une région au nord de son territoire a la même dénomination (6). Par contre, la dispute va plus loin que la simple question du nom : la Grèce craint surtout qu'une revendication territoriale soit faite par la Macédoine concernant ce territoire spécifique qu'elle détient. Donc, elle continue de s'opposer à ce que son voisin rejoigne l'Alliance.

De plus, faut-il le rappeler, tout membre de l'organisation détient un droit de veto concernant l'adhésion d'un éventuel nouveau membre (7). Alors, la Grèce bloque du même coup tout le processus. Pourtant, la Cour internationale de justice a récemment estimé qu'en faisant cela, Athènes ne se conforme pas à ses obligations (8). Le tribunal appuie son jugement sur un accord survenu entre les deux pays en 1995. Dans cette entente, la Grèce s'engageait à ne pas opposer son veto à l'adhésion de la Macédoine à l'OTAN, à condition qu'elle porte le nom d'Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM). C'est ce que la Macédoine a fait, mais la Grèce refuse tout de même d'appuyer son adhésion.

Plus récemment, l'instabilité démocratique en Macédoine semble être un autre élément qui joue en défaveur du pays en ce qui concerne son intégration à l'OTAN. En décembre 2016, Nikola Gruevski et son parti, au pouvoir depuis 2006, ont remporté le plus de sièges aux élections législatives avec 51, sans toutefois parvenir à former un gouvernement de coalition qui nécessite une majorité absolue de 61 sièges (9). C'est plutôt l'opposition qui y est parvenue. Par contre, depuis fin février 2017, le président actuel de la république, Gjorge Ivanov, refuse de reconnaître et de céder le pouvoir au gouvernement formé par l'opposition (10).

Face à cette situation, l'OTAN presse le président de respecter la Constitution du pays et d'autoriser la transition du pouvoir. Malgré cela, ce dernier refuse toujours. Ainsi, il va sans dire que les bonnes relations entre l'organisation et la Macédoine sont mises à l'épreuve en ce début d'année 2017. Il est clair que l'OTAN n'apprécie pas d'avoir un membre peu respectueux de la démocratie et ayant un fort taux de corruption dans ses rangs. Donc, la situation politique actuelle à Skopje mine les chances de la Macédoine d'adhérer à l'organisation.

Lutte d'influence entre l'OTAN et la Russie

Au cours de la Guerre froide et même aujourd'hui après la chute de l'URSS, la région des Balkans continue d'être une région stratégique aucentre d'une lutte d'influence entre l'Occident et la Russie. En effet, cette région est située à un emplacement clé, en plein entre l'Ouest et l'Est, et disposant d'un accès à la mer Méditerranée. Ainsi, les deux blocs ont toujours tenté de se l'approprier afin de pouvoir bénéficier de ses nombreux avantages et d'affirmer leur puissance.

Face à cette situation, la Macédoine adopte une position ambiguë. En effet, officiellement, elle continue de vouloir se tourner vers l'OTAN et l'Union européenne. C'est d'ailleurs avec une telle promesse que le gouvernement actuel de Gruevski a été élu pour la première fois en 2006 (11). Par contre, dans les faits, le pays se montre de plus en plus ouvert à la Russie. Ce virage s'est amorcé en décembre 2014, alors que la Chine et la Russie ont annoncé deux mégaprojets d'investissement économique dans la région, notamment connus sous le nom de la « Route de la soie des Balkans » (12). À ce moment, il est évident que le gouvernement macédonien a pris conscience des énormes retombées économiques que ces projets pourraient avoir sur son territoire. Donc, il les a acceptés et s'est du même coup rapproché de manière importante de la Russie.

Il n'y a donc pas que l'opposition de la Grèce et l'instabilité politique interne qui expliquent que la Macédoine n'est toujours pas membre de l'OTAN, après plus de 20 ans de démarches. En effet, la position de l'actuel gouvernement de Gruevski par rapport à la Russie est un autre facteur qui joue en défaveur de cette adhésion, alors que plusieurs analystes n'hésitent plus à qualifier le gouvernement macédonien de « prorusse » (13).

Ainsi, deux questions se posent. D'abord, si la situation politique interne demeure inchangée en Macédoine au cours des prochaines années, le pays continuera-t-il toujours d'affirmer son désir de devenir membre de l'OTAN? Si oui, avec les récents évènements, la Macédoine a-t-elle alors mis une fin définitive à ses chances de l'être un jour?




Références:

(1) CEFAN Université Laval, « Macédoine », 13 décembre 2015, http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/macedoine.htm (page consultée le 8 avril 2017)

(2) Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, « Le programme du partenariat pour la paix », 4 avril 2014, http://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_50349.htm (page consultée le 8 avril 2017)

(3) Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, « Le Plan d'action pour l'adhésion », 13 juin 2014, http://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_37356.htm (page consultée le 8 avril 2017)

(4) Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, « Les relations entre l'OTAN et l'ex-République yougoslave de Macédoine », 10 décembre 2015, http://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_48830.htm (page consultée le 8 avril 2017)

(5) Loc. cit.

(6) AFP, « La Macédoine, futur membre de l'OTAN ? », Le Monde, 5 décembre 2011, http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/12/05/un... (page consultée le 8 avril 2017)

(7) Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, « Élargissement », 30 août 2016, http://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_49212.htm (page consultée le 8 avril 2017)

(8) Loc. cit.

(9) David M. Herszenhorn, « EU, NATO urge Macedonian leader to allow new government », Politico.eu, 27 février 2017, http://www.politico.eu/article/eu-nato-urge-macedo... (page consultee le 8 avril 2017)

(10) Loc. cit.

(11) Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, « La Macédoine au cœur des manoeuvres », Le Monde diplomatique, juillet 2015, https://www.monde-diplomatique.fr/2015/07/DERENS/53191 (page consultée le 8 avril 2017)

(12) Andrew Korybko, « NATO's Drive Towards the South. The Balkans and South Eastern Europe », Global Research, 5 décembre 2015, http://www.globalresearch.ca/natos-drive-towards-t... (page consultée le 8 avril 2017)

(13) Jean-Baptiste Naudet, « Le grand jeu de Moscou et des Occidentaux dans les Balkans », Le Nouvel Observateur, 13 juillet 2015, http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/la-crise-g... (page consultée le 8 avril 2017)

Dernière modification: 2017-06-15 09:25:35

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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