Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 décembre 2018

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11 April 2017

Petrobras : toxique pour l'État brésilien?


Thibault Moy
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

October
2018
Élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil

April
2018
Arrestation de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

August
2016
Destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff

August
2016
Ouverture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro

October
2014
Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

June
2013
Manifestations d'envergure au Brésil

October
2010
Élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

July
2007
Présentation de la journée Live Earth

October
2006
Réélection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

May
2006
Rébellion simultanée dans les prisons de Sao Paulo, au Brésil

October
2002
Élection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

January
2001
Ouverture du premier Forum social mondial à Porto Alegre

April
1993
Tenue d’un référendum sur le régime et le système politique au Brésil

December
1992
Démission du président brésilien Fernando Collor

October
1992
Émeute dans la prison Carandriu de Sao Paulo, au Brésil

June
1992
Ouverture du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro

March
1991
Signature du traité menant à la création du Mercosur

January
1985
Élection de Tancredo Neves à la présidence du Brésil

January
1984
Création du Mouvement des Sans terre au Brésil

Depuis quelques années, le Brésil a des difficultés avec la corruption. C'est particulièrement le cas de Petrobras. Cette compagnie brésilienne fut l'une des entreprises accusées de corruption, à cause des liens qu'elle avait avec certains chefs de compagnies apparaissant dans les Panama Papers(1). Il ne faut pas oublier que le prix du pétrole a aussi diminué avec la récente crise pétrolière. Enfin, à la suite des accusations de corruption et des problèmes financiers du Brésil, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, fut destituée en 2016(2). La situation de Petrobras empire de plus en plus avec son endettement et les révélations de corruption qui sont rattachés à elle depuis 2014(3).

Une entreprise énorme

Petrobras est une entreprise publique du Brésil créée en 1953 par le président de l'époque, Getúlio Vargas. Elle devait permettre au pays d'avoir le contrôle sur le pétrole qui appartient à l'État ainsi que pour aider le pays au niveau économique et énergétique(4). Le Brésil est un pays producteur de pétrole et Petrobras est une entreprise publique, dirigée et contrôlée par le gouvernement à 51 %(5). Petrobras n'appartient pas seulement au gouvernement. Elle compte aussi environ 1 000 actionnaires brésiliens en plus des multiples propriétaires de l'entreprise(6).Cette entreprise publique rapporte de l'argent au gouvernement et des emplois à la population(7). Selon la Fédération unitaire des travailleurs du pétrole du Brésil, Petrobras emploierait environ 86 000 personnes en 2015(8). Cette compagnie est d'ailleurs l'une des plus grosses en Amérique latine(9).

Petrobras est le géant du pétrole au Brésil, mais elle est aussi en difficulté financière avec une dette qui s'est accrue(10). En 2017, cette compagnie a annoncé qu'elle avait fait des pertes de 14,8 milliards de réaux, ce qui fait environ 4,2 milliards de dollars(11). Cependant, lors du quatrième trimestre de 2016, la compagnie a fait un petit bénéfice qui l'a aidée à diminuer les pertes faites au cours de l'année. Durant ce quatrième trimestre, elle a fait un gain de 717 millions de dollars(12). Donc, même si cette entreprise ne va pas très bien financièrement, elle arrive à un peu diminuer son déficit, même avec les accusations de corruption.

Petrobras est accusée de corruption depuis 2014(13). Il ne faut pas oublier que cette compagnie appartient et est contrôlée à 51 % par le gouvernement du Brésil(14). Ce qui signifie que les dirigeants du pays déterminent comment elle devrait prioriser certains projets et le pourcentage des gisements qui devrait être exploité avant d'insérer la participation d'une entreprise étrangère.

Le Brésil : futur premier producteur de pétrole ?

En 2007, une découverte de deux possibles gisements de pétrole a été faite dans les eaux territoriales du Brésil, à quelques km des côtes de Rio de Janeiro. Les projets de gisements sont appelés Lula, qui serait le plus petit avec 6,5 milliards de barils de pétrole, et Libra, qui serait le plus gros avec environ 12 milliards de barils(15). Selon les estimations de 2007, le développement de ces projets coûterait environ 186 milliards de dollars(16). Or, le pays investit environ 90 milliards de dollars américains chaque année dans le secteur pétrolier depuis 1990.

Avec cette découverte, le Brésil attire plusieurs grandes compagnies prêtes à investir dans ce projet. Cependant, le gouvernement voulait que Petrobras soit l'exploitant principal de ces projets, en ayant la plus grosse part. Malgré cela, le gouvernement a dû faire un appel d'offres pour financer l'exploitation du plus petit gisement en 2013(17). Les revenus que fourniront ces puits pétroliers devraient aller vers l'éducation, selon une loi passée en 2013. Pour accélérer le développement et la production de Lula, le gouvernement a cédé des parts du projet, même si les syndicats brésiliens étaient en défaveur. Petrobras a cédé 20 % de Lula à Shell et Total, et 10 % aux compagnies chinoises CNOOC et CNPC(18).

Avec les difficultés économiques et la corruption auxquelles fait face Petrobras en 2016, la compagnie a dû obtenir l'aide de la pétrolière Total pour le développement de Libra sur les côtes de Rio de Janeiro. En acceptant de participer, la compagnie française a obtenu 20 % du projet(19). Lorsque Total a rejoint le projet de Libra, le prix du baril était d'environ 50 $, ce qui est plus bas que ce qu'avait espéré la compagnie brésilienne(20).

Donc le projet continue, même avec les problèmes auxquels la compagnie fait face. Cependant, le prix du pétrole est devenu très bas à la suite de la crise pétrolière, ce qui empêche la compagnie de réduire sa dette(21). À cause du prix peu élevé du pétrole et de la dévaluation de la monnaie du pays, Petrobras a donc vu sa dette affectée, ce qui a ralenti ses projets.

Les politiciens s'enlisent dans l'argent pétrolier

Depuis la révélation des Panama Papers et de la présence de liens entre Petrobras et des personnes qui y ont été mentionnées, on a découvert que plusieurs politiciens du Brésil se sont mis de l'argent dans les poches et ont participé aux scandales(22). La corruption et les révélations des quelque 21 milliards de réaux de perte ont fait chuter l'action en bourse de la compagnie en 2014(23). Les dévoilements ont montré que plusieurs projets qu'avait l'entreprise avaient connu une augmentation des coûts de production causée par le blanchiment d'argent. Ce qui affecta la confiance des actionnaires de ses différents projets qui participaient avec Petrobras(24). Aussi, la compagnie a été critiquée pour avoir utilisé de l'argent pour acheter des élus et le gouvernement pour avoir laissé l'entreprise faire ces actes(25).

En octobre 2014, une première condamnation a été faite envers un ancien directeur de l'entreprise. Il aurait participé à des organisations criminelles, fait du blanchiment d'argent et fait des détournements de fonds d'une raffinerie dans un État du nord-est du pays, Pernambouc. Comme peine, il devra débourser 5,6 millions d'euros pour les dommages qu'il a faits. Il a aussi accepté de collaborer avec la justice du pays pour l'enquête(26).

Petrobras a été affectée par la corruption qui a regroupé plusieurs politiciens. L'ancien président Lula da Silva était jugé en 2016 pour corruption dans l'affaire Petrobras et avoir fait du blanchiment d'argent(27). Il aurait accepté de l'argent illicite fait avec cette entreprise publique, par le groupe BTP(28).

Le Parti des travailleurs de gauche (PT) de Dilma Rousseff et d'autres politiciens présentaient aussi leurs propres candidats pour les postes les plus importants de Petrobras(29). Cette pratique a permis au PT et aux coalitions de recevoir des pots-de-vin.

Le départ de Dilma Rousseff a pu avoir été le résultat de la corruption et du fait que pendant plusieurs années, elle ait travaillé avec Petrobras. Ses nombreuses années en politique, que ce soit en tant que ministre de l'Énergie, ministre de tutelle de Petrobras ou en tant que chef de cabinet du président Lula, auraient donc eu un impact(30). Il semblerait que pour certains Brésiliens, elle ait sa part de responsabilité.

La situation du Brésil n'est pas très reluisante avec son économie affectée et sa démocratie. Ce à quoi s'ajoutent la destitution de la présidente Rousseff et des nombreuses révélations de corruption auxquelles Petrobras fut associée. Sans oublier que plusieurs autres compagnies ont participé à la corruption. Il faut se demander maintenant, comment le pays compte se relever de cette dégringolade?




Références: :

(1) LE MONDE, «Brésil : Petrobras au cœur de la corruption», 4 avril 2016, [En ligne], http://www.lemonde.fr/panama-papers/article/2016/0... (Consultée le 2 avril 2017)

(2) LE MONDE, «Dans un Brésil divisé, Dilma Rousseff doit faire face à de nouvelles accusations», 20 février 2016, [En ligne], http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/03/20... (Consultée le 2 avril 2017)

(3) DE CHALUS, Aglaé, «Au Brésil, le secteur pétrolier symbole de la crise», La Croix, 23 mai 2016, [En ligne], http://www.la-croix.com/Economie/Economie-et-entre... (Consultée le 3 avril 2017)

(4) PETROBRAS, «Our History», 2017, [En ligne], http://www.petrobras.com/en/about-us/our-history/ , (Consultée le 8 avril 2017)

(5) COURS DU BARIL, «Petrobras : 4,2 milliards de dollars de pertes en 2016», 21 mars 2017, [En ligne], http://prixdubaril.com/news-petrole/64027-petrobra... (Consultée le 3 avril 2017)

(6) LEAHY, Joe, « What is the Petrobras scandal that is engulfing Brazil», Financial Times, 31 mars 2016, [En ligne], https://www.ft.com/content/6e8b0e28-f728-11e5-803c... , (Consultée le 8 avril 2017)

(7) MAGNAN, Pierre, «Petrobras, géant économique à l'image d'un Brésil en crise», Franceinfo, 31 mai 2016, [En ligne], http://geopolis.francetvinfo.fr/petrobras-un-geant... (Consultée le 8 avril 2017)

(8) LE GRAND SOIR, «Défendre Petrobras c'est défendre le Brésil (Cartamaior)», 8 février 2015, [En ligne], https://www.legrandsoir.info/defendre-la-petrobras... , (Consultée le 8 avril 2017)

(9) COURS DU BARIL, Op.cit.

(10) Loc. cit.

(11) Loc. cit.

(12) DE CHALUS, Aglaé, Op.cit.

(13) Loc. cit.

(14) L'OBSERVATEUR DE L'OCDE, «Le pétrole brésilien en profondeur», nº 297, 2013, [En ligne], http://observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/... (Consultée le 2 avril 2017)

(15) Loc. cit.

(16) Loc. cit.

(17) Loc. cit.

(18) Loc. cit.

(19) BOURBON, Jean-Claude, «Le Brésil nouvelle terre de conquête pour Total», La Croix, 25 octobre 2016, [En ligne], http://www.la-croix.com/Economie/Monde/Le-Bresil-n... , (Consultée le 8 avril 2017)

(20) Loc. cit.

(21) VISCIDI, Lisa, «Beyond the Political Crisis: the Future of Brazil's Energy Sector», The Dialogue, 2 mai 2016, [En ligne], http://www.thedialogue.org/blogs/2016/05/beyond-th... , (Consultée le 8 avril 2017).

(22) LE MONDE, «Brésil : Petrobras au cœur de la corruption», Op. cit.

(23) BIASSETTE, Gilles, «Le scandale Petrobras ébranle l'entreprise et l'État brésilien». La Croix, 24 avril 2015, [En ligne], http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Le-scandal... , (Consultée le 8 avril 2017)

(24) Loc. cit.

(25) Loc. cit.

(26) Loc. cit.

(27) L'EXPRESS, «Lula sera jugé pour corruption dans le scandale Petrobras au Brésil», 21septembre 2016, [En ligne], http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-su... (Consultée le 3 avril 2017)

(28) Loc. cit.

(29) LEAHY, Joe, Op.cit.

(30) PARANAGUA, Paulo A, «Comprendre le scandale Petrobras qui secoue le Brésil», Le Monde, 9 mars 2015, [En ligne], http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/03/09... , (Consultée le 8 avril 2017)

Autres références :

LE FIGARO, «Brésil : le scandale Petrobras va dépasser les frontières du pays», 20 février 2017, [En ligne], http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/02/20/97001... (Consultée le 2 avril 2017).

CUSTERS, Raf, «Brésil: Petrobras et le coup d'État contre Dilma», GRESEA, [En ligne], http://www.gresea.be/spip.php?article1527 , (Consultée le 8 avril 2017)

Dernière modification: 2017-04-17 09:31:43

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