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14 mars 2017

Le canal de Suez : un tremplin pour l'économie égyptienne


Jean-Noël Morin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

juin
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

septembre
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

janvier
1992
Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

octobre
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate

septembre
1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

novembre
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

De sa création à sa nationalisation, le canal de Suez a représenté, et continue de représenter, un pilier de l'économie égyptienne. Avec le temps et les avancées technologique, les bateaux sont devenus de plus en plus gros. En 2014, le gouvernement égyptien, afin de rester compétitif dans le commerce maritime international, s'est lancé dans un projet d'agrandissement du canal.

Un canal européen

En 1854, Mehmed Said Pasha, gouverneur de l'Égypte et du Soudan sous l'Empire ottoman, donna au diplomate et homme d'affaires français Ferdinand de Lesseps l'autorisation de construire un canal qui relierait la mer Méditerranée à la mer Rouge. Ce projet évalué à 200 millions de francs fut financé en partie par le peuple français et le gouvernement de Said [4]. Malgré la farouche opposition des Britanniques, qui désiraient garder le monopole du commerce maritime, le premier coup de pioche eut lieu le 25 avril 1859. À la fin des travaux, en 1869, le canal appartenait à 44 % à l'Égypte.

En 1875, la dette extérieure égyptienne contraint le gouvernement à vendre ses actions au Royaume-Uni, qui sauta sur l'occasion [5]. L'objectif du canal était initialement d'accélérer le trajet maritime vers les Indes. Pour Lesseps, le canal de Suez était une voie commerciale pour toutes les nations.

Plus de 81 ans plus tard, en juillet 1956, le président égyptien Gamal Abdel Nasser déclare unilatéralement la nationalisation du canal de Suez. Le canal était jusqu'alors contrôlé par les Français et les Britanniques qui possédaient à eux deux 44 % de la compagnie l'administrant [1]. La nationalisation se fit à la suite du refus des puissances occidentales de consentir un prêt à l'Égypte. La réponse ne se fit pas attendre, Israël envahit le Sinaï, péninsule égyptienne longeant le canal de Suez. Sous prétexte de médiation, les forces britanniques et françaises entrent dans le conflit et bombardent l'aviation égyptienne. Les forces égyptiennes ne peuvent évidemment pas rivaliser avec les grandes puissances européennes.

Cependant, le contexte de l'époque va jouer en leur faveur. Les Soviétiques et les Américains veulent à tout prix éviter une dégénération du conflit, qui mènerait inévitablement à une instabilité régionale. Le Kremlin menace alors d'utiliser l'arme nucléaire contre la France et le Royaume-Uni [2]. Cette menace ne sera pas prise sérieusement. Il faut attendre que les États-Unis imposent de lourdes sanctions économiques sur les Britanniques pour que ceux-ci se retirent du conflit avec les Français [3]. Depuis ce jour, le canal de Suez est sous la juridiction égyptienne.

Un projet d'envergure

En 2014, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi lance le projet « pharaonique » d'agrandissement du canal de Suez. Le gouvernement planifie également d'établir une nouvelle zone économique autour du canal. L'objectif est simple, relancer l'économie mise à mal depuis que l'ancien président Hosni Moubarak fut chassé du pouvoir en 2011 [4].

Le projet d'agrandissement visa à créer un deuxième canal de 37 km, parallèle au premier, afin de permettre la double circulation. De plus, il est prévu d'élargir et d'agrandir le canal déjà existant de 35 km [5]. Ces améliorations permirent de réduire le temps d'attente pour les bateaux de 18 à 11 heures. Les retombées économiques liées au canal devraient également plus que doubler d'ici 2023, passant de 4,8 milliards à 12 milliards d'euros.

L'augmentation des revenus générés par le canal serait liée au passage des bateaux géants qui jusqu'alors ne pouvaient y circuler [6]. Ceux-ci devant faire un détour en contournant le cap de la Bonne-Espérance. Aussi, plus de 80 % de ces bateaux seraient des cargos de pétrole, ce qui, selon les frais de circulation en vigueur, permettrait de multiplier par six les revenus liés au passage du canal.

Ce projet gargantuesque fut financé par le peuple égyptien qui acheta 82 % des actions. Mais le plus impressionnant est la rapidité d'exécution [7]. En effet, les travaux censés durer quatre années n'en prirent qu'une, permettant la réouverture du canal le 6 août 2015.

Une économie au ralenti

L'économie égyptienne est basée sur quatre piliers : les transferts de la diaspora (une moyenne de 18 milliards), le tourisme (7 milliards), les redevances d'utilisation du canal de Suez (5 milliards) et l'exportation d'hydrocarbures (10 milliards) [8]. Cependant, la conjoncture mondiale et nationale a ralenti cette économie.

Les revenus liés au canal ont diminué entre 2015 et 2016. Plusieurs causes peuvent expliquer cette réduction. D'abord, durant cette période, l'achalandage du canal a baissé de 4,5 % [9]. Ensuite, l'ouverture d'une troisième voie maritime dans le canal de Panama, le 22 juin 2016, dont l'objectif est de récupérer une partie du trafic passant par le canal de Suez [10]. Finalement, le projet de développement de la zone économique du canal de Suez ne reçut pas l'accueil espéré chez les investisseurs. En effet, la situation bureaucratique et le manque d'objectifs clairs de la part du gouvernement égyptien repoussèrent les investisseurs étrangers [11].

Les petits remèdes structurels

Afin de rester compétitif, le gouvernement prit plusieurs mesures pour remédier à la situation. Pendant la période d'ouverture du canal de Panama, les autorités du canal de Suez offrirent une réduction de 30 % aux navires en provenance de la côte est américaine vers l'Asie [12]. Avec l'objectif d'assainir le climat pour les investisseurs, le gouvernement se tourna également vers le Fonds monétaire international (FMI) et signa un accord sur un programme d'ajustement structurel. Ces ajustements comprirent: l'établissement de la monnaie flottante, l'introduction planifiée de la taxe à valeur ajoutée (TVA) et l'accès au financement du FMI [13].

Ce partenariat avec le FMI atteint l'objectif espéré et les investisseurs se précipitent aux abords du canal de Suez. Des délégations russes, britanniques et américaines sont notamment venues discuter d'éventuels investissements dans la nouvelle zone économique du canal de Suez [14]. Ces nouveaux investissements permirent d'établir un nouveau record pour l'Egyptian Exchange (EGX) lors de sa clôture, au début janvier 2017 [15].

Le ralentissement de l'économie mondiale, la baisse du prix du pétrole et l'instabilité politique de la région sont des obstacles que l'Égypte devra traverser au cours des prochaines années. Cependant, le retour des investisseurs étrangers et les possibilités de développement autour du canal pourraient donner un second souffle économique à l'Égypte.




Références:

[1] SAMRANI, Anthony, « Le jour où Nasser a nationalisé le canal de Suez... », L'Orient-Le Jour, 11 août 2015, [En ligne], https://www.lorientlejour.com/article/938611/le-jo... (Page consultée le 12 mars 2017)

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] NASH, Brian. 2000. Le canal de Suez [Documentaire], Modern Marvels. Québec : Historia, [EN ligne], https://www.youtube.com/watch?v=joDHHrWRL6E (page consultée le 11 mars 2017)

[5] Ibid.

[6] AFP. « Les premiers essais de la seconde voie lancés », Le Devoir, 25 juillet 2015, [En ligne], http://www.ledevoir.com/international/actualites-i... (Page consultée le 12 mars 2017)

[7] Ibid.

[8] KENAWY, Ezzat, « The Economic Impacts of the New Suez Canal », Economy & Territory, 2016, [En line], http://www.iemed.org/observatori/arees-danalisi/ar... p.282-289. (Page consultée le 12 mars 2017

[9] BAUCHARD, Denis, « Egypte 2017 : vers de nouvelles turbulences? », ifri, février 2017, [En ligne], https://www.ifri.org/fr/publications/notes-de-lifr... [Page consultée le 12 mars 2017]

[10] France Diplomatie, « Présentation de l'Egypte », 20 février 2017, [En ligne], http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/egy... [Page consultée le 12 mars 2017]

[11] SALAH, Hisham, « Suez Canal Economic Zone : the Egyptian dream that could begin a renaissance », Daily News Egypt, 15 novembre 2016, [En ligne], http://www.dailynewsegypt.com/2016/11/15/suez-cana... [Page consultée le 12 mars 2017]

[12] AFP, « Nouvelle version d'une voie maritime centenaire », La Presse+, 25 juin 2016, [En ligne], http://plus.lapresse.ca/screens/a4545b3d-515f-498a... [Page consultée le 12 mars 2017]

[13] SALAH, Hisham, « Suez Canal Economic Zone : the Egyptian dream that could begin a renaissance », Op cit.

[14] NORMAND, Francois, « Le canal de Panama offre une nouvelle option », Les affaires, 23 avril 2016, [En ligne], http://www.lesaffaires.com/monde/amerique/le-canal... [Page consultée le 12 mars 2017]

[15] BMI, « Suez Canal To Draw Infra Investments As Sentiments Improves », Business Monitor International, 7 février 2017, [En ligne], http://nouveau.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca/Se... [Page consultée le 12 mars 2017]

[16] AL-YOUM, Al-Masry, « US businessmen mull New Suez Canal Area investments », Egypt Independent, 9 janvier 2017, [En ligne], http://www.egyptindependent.com/news/us-businessme... [Page consultée le 12 mars 2017]

[17] Daily News Egypt, « Impact of Egypt's mega projects revealed at Cityscape Business Breakfast », 19 janvier 2017, [En ligne], http://www.dailynewsegypt.com/2017/01/19/impact-eg... [Page consultée le 12 mars 2017]

Autres références

MUBASHER, « New Suez Canal receives 47 ships after accident », 8 mars 2017, [En ligne], http://nouveau.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca/Se... [Page consultée le 12 mars 2017]

AL-YOUM, Al-Massy, « Suez Canal breaks record in number of ships, loads : chief », Egypt Independent, 19 février 2017, [En ligne], http://www.egyptindependent.com/news/suez-canal-br... (Page consultée le 12 mars 2017

Dernière modification: 2017-03-20 07:40:34

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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