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14 février 2017

Boutros Boutros-Ghali : un « dirigeant mémorable » des Nations unies


Mélissa Nilsson
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

juin
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

septembre
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

janvier
1992
Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

octobre
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate

septembre
1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

novembre
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

Il y a 25 ans, le 1er janvier 1992, Boutros Boutros-Ghali, un diplomate égyptien chevronné, entamait un mandat de cinq ans à titre de sixième secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU)(1). Premier Africain à assumer cette fonction, Boutros-Ghali restera probablement dans l'histoire comme un secrétaire général unique et un diplomate exceptionnel(2).

Qualifié pour le poste

Avant d'assumer le poste de secrétaire général des Nations unies, Boutros-Ghali a eu une longue carrière pleine de défis. En effet, il a occupé plusieurs fonctions importantes dans la sphère internationale. Il a notamment occupé un poste de professeur de droit international et de relations internationales à l'Université du Caire, de 1949 à 1977. Il a également été directeur du centre de recherche de l'Académie de droit international de La Haye, de 1963 à 1964(3).

Conférencier à ses heures, Boutros-Ghali a visité de nombreuses universités à travers le monde pour partager ses connaissances des relations internationales(4). Il a également été président de la Société égyptienne de droit international à partir de 1965, président du Centre d'études politiques et stratégiques Al-Ahram, à partir de 1975, et vice-président de l'Internationale socialiste(5).

Il a également fondé la publication Alahram Igtisadi, dont il a été rédacteur en chef de 1960 à 1975, ainsi que la revue trimestrielle Al-Seyassa Al-Dawlia, qu'il a dirigée jusqu'en décembre 1991. Boutros-Ghali est également l'auteur de plus de 100 publications et articles sur les affaires régionales et internationales, le droit, la diplomatie et les sciences politiques(6).

À partir d'octobre 1977, il exerça les fonctions de ministre d'État aux Affaires étrangères. Il a fait son entrée au Parlement égyptien en 1987, après avoir travaillé au secrétariat du Parti national démocrate à partir des années 80. Moins d'un an avant sa nomination par l'Assemblée générale, Boutros-Ghali a exercé la fonction de vice-premier ministre égyptien chargé des Affaires étrangères(7).

Sa nomination comme secrétaire général a été favorisée par son enthousiasme à l'égard de la diplomatie internationale(8). À cet égard, il a agi à titre de médiateur lors de nombreux conflits africains et mené des négociations entre des pays africains et arabes qui partagent les ressources en eau du Nil(9). Son rôle clé dans la négociation des accords de paix de camp David, signés en 1978 entre l'Égypte et Israël, a également favorisé sa nomination au poste de secrétaire général. Autrement, Israël se serait assurément objecté à la nomination d'un secrétaire général d'origine arabe(10).

Sa nomination a également été favorisée par sa réputation d'impartialité. Chrétien copte marié à une juive égyptienne, il avait fait sa place dans une importante nation arabe musulmane(11). De plus, le fait que Boutros-Ghali parlait couramment le français et l'anglais est une autre aptitude qui a fait pencher la balance en sa faveur pour l'obtention du poste(12).

Dans le choix du successeur de Javier Perez de Cuellar, les membres du Conseil de sécurité avaient été guidés par le souci de placer à la tête des Nations unies une personne capable de saisir la deuxième chance donnée à celle-ci par la fin de l'affrontement entre l'Est et l'Ouest. Ils ont également voulu donner l'impulsion indispensable au renouveau de l'organisation(13), qui était à l'époque entachée par la corruption(14).

Pour la diplomatie préventive, le rétablissement et le maintien de la paix

On doit à l'action personnelle du sixième secrétaire général des Nations unies l'Agenda pour la paix, qui a été présenté le 30 juin 1992(15). Cet agenda faisait suite à une demande des membres du Conseil de sécurité issue d'une déclaration solennelle datée du 31 janvier 1992. Celle-ci faisait ressortir les risques pour la sécurité résultant des changements survenus dans les dernières décennies ainsi que l'importance de renforcer et d'améliorer l'efficacité de l'ONU pour faire face aux nouveaux défis auxquels la communauté internationale était confrontée(16).

Ainsi, avec l'Agenda pour la paix, Boutros-Ghali identifiait des moyens pour renforcer la diplomatie préventive, pour rétablir la paix et la maintenir, et suggérait différentes façons d'augmenter l'efficacité du système des Nations unies dans ces domaines(17). Il a notamment identifié « les crises potentielles et les zones d'instabilité, la contribution des organisations régionales, les besoins en ressources matérielles et financières [et] l'efficacité des plans et des opérations du Secrétariat(18) ». L'Agenda pour la paix de Boutros-Ghali connut un énorme succès. Il a été traduit en 55 langues(19).

Disparition d'un grand serviteur de l'ONU

Lorsque le premier mandat de Boutros-Ghali prit fin en 1997, on lui reprocha essentiellement l'échec des Casques bleus dans leurs opérations de maintien de la paix déployées à partir des années 1990 en ex-Yougoslavie, en Somalie et au Rwanda(20). Il s'en est suivi une « renationalisation » des politiques de maintien de la paix, notamment de la part des États occidentaux, qui ne souhaitaient plus placer leurs troupes sous la bannière onusienne(21).

À l'époque, les États-Unis ont jugé bon d'utiliser leur droit de veto pour empêcher le Conseil de sécurité de recommander Boutros-Ghali pour un second mandat. Ce faisant, malgré le soutien de 14 pays au Conseil de sécurité, l'Égyptien devint le premier secrétaire général de l'ONU à se voir refuser un deuxième mandat(22). Celui-ci avait alors estimé que ce veto avait pour but de le punir d'avoir condamné les actions d'Israël, qui était alors le principal allié de Washington au Moyen-Orient.

Cependant, on retiendra au final que Boutros-Ghali s'est distingué positivement de ses prédécesseurs et successeurs. Selon Romuald Sciora, spécialiste des Nations unies et auteur de plusieurs documentaires sur cette organisation, Boutros-Ghali avait « une approche particulière [...], une approche globale du monde. [...] il avait cette préséance de ce que devrait ou pourrait être un ordre mondial multilatéral dans la seconde partie du 21e siècle. Et c'est en cela que son action et son mandat laisseront des traces(23) ».

Le 16 février 2016, le diplomate égyptien s'est éteint au Caire à l'âge de 93 ans. Le secrétaire général d'alors, Ban Ki-moon, a salué la mémoire d'un « homme d'État respecté » et d'un « dirigeant mémorable(24)» de l'ONU.




Références:

(1) Nations unies. «Anciens secrétaires généraux de l'ONU : M. Boutros Boutros-Ghali (Égypte)», [En ligne], s.d., http://www.un.org/fr/sg/formersgs/boutrosghali.shtml (Page consultée le 11 février 2017).

(2) LANDRY, Carole. «L'ancien secrétaire général de l'ONU Boutros Boutros-Ghali est mort», La Presse, 16 février 2016, URL http://www.lapresse.ca/international/afrique/20160... Nations unies, op. cit.

(4) Ibid.

(5) Ibid.

(6) Ibid.

(7) Ibid.

(8) The Philadelphia Inquirer. «The ideal U.N. leader an Arab Christian, he's married to a jew», archives, [En ligne], 24 novembre 1991, http://www.philly.com/philly/archives/past-article... (Page consultée le 11 février 2017).

(9) Ibid.

(10) Ibid.

(11) Ibid.

(12) Ibid.

(13) SCHRICKE, Christian. «L'Agenda pour la paix du secrétaire général B. Boutros-Ghali - Analyses et premières réactions», Annuaire français de droit international, Éditions du CNRS, 1992, 11-31, DOI 10.3406/afdi.1992.3062.

(14) The Philadelphia Inquirer, op. cit.

(15) SCHRICKE, Christian, op. cit.

(16) Ibid.

(17) Ibid.

(18) Ibid.

(19) Département de l'information des Nations unies. «Hommage à l'ancien secrétaire général Boutros Boutros-Ghali», 23 décembre 2016, URL http://www.unmultimedia.org/radio/french/2016/12/b... (Page consultée le 16 février 2017).

(20) TARDY, Thierry. «L'ONU et la gestion des conflits yougoslaves (1991-1995) : faillite d'une institution, faillite des États?», Relations internationales, Presses Universitaires de France, 2006, 37-53, DOI 10.3917/ri.128.0037.

(21) Ibid.

(22) AFP. «Boutros-Ghali: veteran diplomat and UN chief vetoed by US», Dailymail, [En ligne], 16 février 2016, http://www.dailymail.co.uk/wires/afp/article-34497... (Page consultée le 16 février 2017).

(23) SCIORA, Romuald. «Boutros Boutros-Ghali : "Il avait une approche globale du monde", selon Romuald Sciora», 18 février 2016, URL http://www.unmultimedia.org/radio/french/2016/02/b... LANDRY, Carole, op. cit.

Dernière modification: 2017-02-20 07:43:54

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