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14 mars 2017

La réticence russe face à la COP 21


Charles Mottet
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

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décembre
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Annonce de la démission du président russe Boris Eltsine

La Russie est un pays qui détient une réserve immense de matières premières. En effet, ce pays possède une grande quantité de gisements de pétrole et de gaz naturel. Il a la deuxième plus grande réserve prouvée de gaz naturel au monde avec 31 300 milliards de mètres cubes, alors que le pays qui a la première, l'Iran, possède une réserve prouvée de 33 800 milliards de mètres cubes (1). En plus de posséder d'énormes quantités de gaz naturel, la Russie produit aussi de grandes quantités de pétrole. Elle est au premier rang pour la production de pétrole avec 10,46 millions de barils par jour (2). C'est dans cette optique de dépendance aux énergies fossiles que la Russie a participé au sommet sur le climat à Paris, la COP 21, du 30 novembre au 12 décembre 2015.

Une contamination importante de l'air et l'eau

La Russie est un État qui utilise principalement les énergies fossiles pour produire de l'électricité. Le gaz naturel constitue 53 % de la consommation totale d'énergie, alors que le reste provient principalement du pétrole, du charbon et du nucléaire (3). Le résultat d'une telle utilisation d'énergie fait en sorte que la Russie est un des leaders en émission de CO2. En effet, ce pays se classe au quatrième rang mondial des plus grands émetteurs de CO2 (4).

Les conséquences de cette pollution se font surtout ressentir dans l'air et dans l'eau. On utilise l'indice de qualité de l'air (IQA) pour quantifier la qualité de l'air et pour savoir si celle-ci est bonne ou mauvaise. Selon le ministère québécois du Développement durable, Environnement et Lutte contre les changements climatiques, un IQA considéré bon est de 25 et moins, un IQA considéré moyen est entre 26 et 50 et un IQA mauvais est de 51 et plus (5). Or, à Moscou, en date du 12 mars 2017, la ville a atteint un IQA de 169, ce qui indique que l'air est extrêmement pollué. Cet IQA n'est pas un record ni une rareté, puisque la qualité de l'air à Moscou atteint plus de 100 chaque jour.

La piètre qualité de l'air dans la capitale se traduit par environ 3000 à 3500 morts qui y sont reliés directement. Et cette situation ne semble pas s'améliorer avec le temps. On estime le nombre d'automobiles à plus de 4 millions, et il grimpe de 300 000 chaque année (6). Cette donnée date de 2011, donc on peut imaginer qu'en 6 ans, le nombre d'automobiles est maintenant d'environ 6 millions. Bien que Moscou ait été pris en exemple, on dénombre 200 villes russes qui dépassent les limites acceptées en ce qui touche la qualité de l'air (7).

Toutefois, un aspect encore pire que la pollution de l'air est la pollution de l'eau, qui est dans un état critique pour la population. Un tiers des échantillons d'eau potable ne remplit pas les exigences des standards mondiaux pour la qualité de l'eau potable. De plus, on dénombre que presque 50 % de la population russe a un accès difficile à de l'eau potable. La pollution des eaux est due en grande partie au déversement de multiples matières hasardeuses dans les différents cours et corps d'eaux. Ces déversements se classent en trois grandes catégories : les déchets solides, les déchets dangereux et toxiques et les déchets radioactifs et militaires (8).

Un changement presque imperceptible et sans effort

Pendant la COP 21, la délégation de la Russie a une attitude qui laisse peu de place à la coopération. Le pays s'engage à réduire ses émissions de CO2 de 25-30 % comparativement à 1990, soit un an avant la chute de l'Union Soviétique. Or, on remarque qu'après la fin de l'URSS, la Russie avait déjà réduit ses émissions de CO2 d'environ 30 % (9). Les émissions de gaz à effet de serre ont baissé « naturellement (10) » après la chute de l'URSS, car beaucoup d'usines et d'industries se sont effondrées sans le support fort que l'URSS leur apportait. Cette baisse de 25-30 %, originalement prévue pour 2020, a vite été repoussée à 2030 (11).

De plus, la promesse faite par la délégation de Russie sur la réduction de ses GES prend en compte ses immenses forêts. En d'autres mots, la réduction de GES ne serait pas seulement rattachée aux activités économiques et énergétiques, mais prendrait aussi en compte le CO2 absorbé naturellement par les forêts. Ce qui fait en sorte que l'État russe n'a pas à réduire excessivement ses émissions de GES par lui-même. On remarque même une augmentation des émissions venant des industries du pays (12).

Le pays se dit un acteur important dans le combat contre le réchauffement climatique et montre ses engagements à la conférence de Paris comme preuves. Toutefois, plusieurs États voient l'apport de la Russie comme insuffisant, considérant sa quatrième place parmi les pays les plus polluants.

Un espoir pour l'engagement russe

La Russie ne semblait pas vouloir ratifier l'accord de Paris, car un accord légalement contraignant avait le potentiel de réduire son industrie du pétrole et du gaz naturel. En effet, la Russie perdrait beaucoup d'argent si elle acceptait de freiner sa production de pétrole et de gaz naturel pour l'environnement. Toutefois, pendant la COP 21, le baril de pétrole se vendait aux alentours de 100 $ par unité. Alors que 1 an après, celui-ci connut une chute phénoménale, plongeant à environ 30 $ le baril (13). Cette chute de revenus terrible pour le pays l'incite à tenter de diversifier son économie et s'éloigner de sa dépendance économique au pétrole. Cette diversification économique fait en sorte que les cibles données par la COP 21 pourraient être automatiquement atteintes (14).

Donc, il ne serait pas impossible de penser que la Russie ratifie l'accord de Paris pour se rapprocher de l'Ouest, sans qu'aucun compromis réel ne soit fait. Ce serait une possibilité de rapprochement après quelques années mouvementées entre la Russie et l'Ouest, et une occasion de voir si le pays est bel et bien le leader écologique qu'il prétend être. À cet égard, il sera intéressant de garder un oeil sur la Russie et d'analyser son impact réel sur la lutte contre le réchauffement climatique.




Références:

1. Connaissance des energies, Réserves de gaz dans le monde, 17 février 2015, http://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedag... page consultée le 12 mars 2017

2. Sputnik News, La Russie a dépassé l'Arabie saoudite en termes de production pétrolière en mai 2016, rapport le service federal russe des statistiques Rosstat dans un communiqué, 22 juillet 2016, https://fr.sputniknews.com/economie/20160722102690... page consultée le 12 mars 2017

3. Connaissance des energies, Réserves de gaz dans le monde, Situation énergétique de la Russie en 2016, EIA, 26 octobre 2016, http://www.connaissancedesenergies.org/situation-e... page consultée le 12 mars 2017

4. DAVENPORT, Coral, A change in tone for Vladimir Putin's climate change pledges, The New York Times, 1 décembre 2015, https://www.nytimes.com/interactive/projects/cp/cl... page consultée le 12 mars 2017

5. Développement durable, environnement et lutte contre les changements climatiques, Indice de la qualité de l'air, 2017, http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/air/iqa/, page consultée le 12 mars 2017

6. Association nationale pour la prévention et l'amélioration de la qualité de l'air, Respire à Moscou, 4 mai 2011, http://www.respire-asso.org/respire-a-moscou/, page consultée le 12 mars 2017

7. National Intelligence Council, The envirionmental outlook in Russia, janvier 1999, http://www.dni.gov/nic/special_russianoutlook.html, page consultée le 12 mars 2017

8. Loc. cit.

9. Tree, les pays clés de la COP21, 2016, http://tree.epfl.ch/?page_id=1062, page consultée le 12 mars 2017

10. MOULLOT Pauline, Cop 21 : Poutine vante les « efforts » (inexistants) de la Russie, Libération, 3 décembre 2015, http://www.liberation.fr/desintox/2015/12/03/cop-2... page consultée le 12 mars 2017

11. Ma COP21, Russie : Contribution nationale pour la COP21, 2015, http://macop21.fr/contributions/russie/, page consultée le 12 mars 2017

12. Tree, Op. cit.

13. CLARK Woodrow, ELKIN Dimitri, How Russia plans to move forward with the Paris climate agreement, Russia Direct, 23 février 2016, http://www.russia-direct.org/opinion/how-russia-pl... page consultée le 12 mars 2017

14. Loc. cit.

Dernière modification: 2017-03-20 07:42:54

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