Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 janvier 2019

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7 février 2017

1967 à 1974 : la Grèce paralysée sous le régime des colonels


Audrey Anne Blanchet
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

septembre
2018
Référendum en Macédoine sur un éventuel changement de nom du pays

septembre
2015
Tenue d'élections législatives en Grèce

juillet
2015
Tenue d'un référendum sur un plan d'aide financière européenne à la Grèce

janvier
2015
Élection de la Coalition de la gauche radicale d'Alexis Tsipras en Grèce

juin
2012
Tenue d'élections législatives en Grèce

mai
2012
Tenue d'élections législatives en Grèce

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

juin
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

juin
1999
Tenue d'élections au Parlement européen

juin
1998
Création de la Banque centrale européenne

juin
1994
Tenue d'élections au Parlement européen

février
1992
Signature du traité de Maastricht

juin
1989
Tenue d'élections au Parlement européen

août
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

juillet
1974
Fin du régime des colonels en Grèce

juillet
1974
Intervention turque à Chypre

avril
1967
Renversement du gouvernement grec par une junte militaire

mars
1964
Arrivée des forces des Nations unies à Chypre

septembre
1961
Début des travaux de l'Organisation de coopération et de développement économiques

L'Europe, notamment la Grèce, est connue pour être le berceau de la démocratie. Pourtant, il ne faut pas reculer beaucoup dans le temps pour voir que certains pays de ce continent ont été marqués par des régimes dictatoriaux. Il y a de cela 50 ans, la Grèce a elle-même été touchée par ce phénomène. En effet, c'est le 21 avril 1967 que le «régime des colonels» prend le pouvoir en Grèce en implantant un pouvoir autoritaire qui se terminera le 23 juillet 1974.

Sauver le pays de la catastrophe

Un coup d'État est mené par un groupe d'officiers grecs le 21 avril 1967. Parmi eux, se trouvent le colonel Georgios Papadopoulos, le colonel Nikolaos Makarezos et le général Stylianos Pattakos (1). Ils prennent rapidement le pouvoir et imposent de nombreuses mesures restrictives : la dictature des colonels est instaurée.

À cette époque, la situation en Grèce est instable. L'État est notamment affaibli par la succession de plusieurs gouvernements dans les années 1960, mais aussi par une lutte de pouvoir entre le monarque et le Parlement concernant l'autonomie du pouvoir militaire (2). Il en résulte une perte de confiance envers la démocratie (3). D'autre part, les années 1960 sont marquées par une croissance économique. Elle a cependant pour effet de creuser les inégalités entre les classes moyennes et inférieures, ce qui favorise la mobilisation sociale (4).

Bien sûr, d'autres facteurs interviennent. En cette période de guerre froide, le communisme est perçu comme un important danger par les autorités militaires (5). Cela s'explique, entre autres, par la proximité géographique de la Grèce par rapport au «bloc de l'Est» (6). F. Yaprak Gürsoy, spécialiste des questions de changements de régime et leur consolidation, se penche sur la perception de la menace communiste. Selon elle, « [i]n Greece, in 1967, the military's well-being and security were threatened by workers and political parties that represented lower classes (7). » Ainsi, les militaires ont craint que le communisme devienne l'issue inévitable et une menace pour leur autonomie militaire (8). Bref, la situation politique et sociale est mouvementée.

Voyant le pays menacé, et se voyant lui-même menacé, le pouvoir militaire a réagi en orchestrant le coup d'État du 21 avril. Le pays est soumis à une dictature militaire «au nom de la lutte contre le communisme et pour le rétablissement de l'ordre social (9)». La junte militaire justifie ses actes en pointant du doigt l'instabilité politique et les scandales de corruption, mais aussi la menace communiste (10). Comme l'exprime un communiqué diffusé par les forces armées : «L'armée a pris le pouvoir pour sauver le pays de la catastrophe (11).»

Vivre sous la répression

L'arrivée au pouvoir du régime des colonels se fait brusquement : arrestation du premier ministre grec, Panayotis Kanellopulos, ainsi que de nombreuses autres personnalités politiques, application de la loi martiale, abolition de la Constitution, fin du régime parlementaire, répression de la gauche politique, etc. (12). Le nouveau régime impose sa propre loi et développe une politique intérieure basée sur la répression de l'individu. D'une part, le régime pourchasse et arrête les opposants, intellectuels, hommes de gauche et journalistes (13). Aussi, la peine de mort et la torture, qui est pratiquée dans les prisons, deviennent légales (14).

D'autre part, les garanties constitutionnelles des droits de l'Homme sont suspendues (15). La liberté de presse est muselée. La presse étrangère est filtrée minutieusement aux frontières et la presse grecque est étroitement surveillée et censurée (16). Le gouvernement met en place des mesures, telles que des interdictions de parution et des amendes très lourdes, afin de dissuader la presse de rédiger des critiques à l'égard du régime (17).

Il y a aussi une absence de liberté syndicale. Le climat de revendication est opprimé et le gouvernement interdit les grèves en 1973 (18). De plus, le régime s'incruste dans le milieu intellectuel. Il contrôle tout, même les programmes scolaires. Des tribunaux de discipline, pouvant expulser tout étudiant ayant des activités jugées non convenables, sont implantés dans les universités (19).

Incidemment, selon Monty G. Marshall et Keith Jaggers, entre 1967 et 1974, l'indice de démocratie passe de 7 à 0 (10 étant le plus élevé), alors que l'indice d'autocratie augmente de 3 à 7 (20).

Un régime autoritaire fragile

Plusieurs facteurs expliquent la chute du régime des colonels. À cet effet, F. Yaprak Gürsoy démontre que la fin du régime est due à certains facteurs internes : le manque de soutien de la bourgeoisie, l'absence de consolidation de la dictature et la résistance sociale (21).

D'abord, le régime avait peu de sympathisants. La dictature s'est fondée sur ses propres perceptions, en écartant tout le reste, et a tenté de se maintenir au pouvoir sans allié politique ni populaire (22). Incidemment, la dictature n'a pas su consolider sa légitimité au pouvoir. Le régime s'est alors assoupli en déclarant une «République parlementaire présidentielle» à la suite d'un référendum en 1973 (23). Aussi, «[t]he state lifted the state of siege, freed political prisoners, gave civil liberties, and set a future date for elections (24).» Cette libéralisation a alors laissé l'espace possible pour l'émergence d'une résistance sociale. C'est ainsi que 10 000 étudiants grecs se soulèvent contre le régime en place en novembre 1973(25).

En plus du contexte interne fragile, une crise de politique étrangère entre dans l'équation. À l'été 1974, la crise chypriote provoque la chute définitive du régime militaire (26). Elle expose l'impuissance de la junte à agir, à la suite d'un coup d'État préparé par des troupes grecques contre le président de Chypre. L'échec de cette tentative et l'intervention turque dans cette île précipitent alors la fin du régime des colonels.

Par conséquent, un processus est mis en place afin d'organiser la transition du pouvoir. Des élections sont organisées le 17 novembre 1974. Elles sont remportées par une forte majorité, 220 sièges sur 300, par le parti Nouvelle Démocratie (27). Puis, un référendum a lieu le 8 décembre 1974. Les Grecs se prononcent alors à 69 % pour le maintien de la République et contre le retour à la monarchie (28).




Références:

(1) TALON, Corinne, «La dictature des colonels en Grèce, 1967-1974. Les enjeux géostratégiques», Cahiers balkaniques, 2011, https://ceb.revues.org/1105 (3 février 2017)

(2) PERSPECTIVE MONDE, «Renversement du gouvernement grec par une junte militaire», 6 juillet 2016, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (3 février 2017). INA.FR, «Grèce : la dictature des colonels», 11 avril 2015, http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-edi... (3 février 2017).

(3) GÜRSOY, F. Yaprak, «Democracy and Dictatorship in Greece», p. 16. http://www.lse.ac.uk/europeanInstitute/research/he... (3 février 2017).

(4) Loc. Cit.

(5) TALON, Corinne, op. cit.

(6) Loc. cit.

(7) GÜRSOY, F. Yaprak, op. cit. p.5.

(8) Loc.cit.

(9) DISERENS, Jean-Claude (réalisateur), «Coup d'État», RTS archives, http://www.rts.ch/archives/tv/information/continen... (3 février 2017).

(10) KILEKLI, Vasiliki, «Les Grecs en France pendant la junte des colonels, 1967-1974. Émigration politique et lutte contre la dictature», Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, [s.v.], no. 38, 2013, https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institu... (3 février 2017).

(11) DISERENS, Jean-Claude, op. cit.

(12) PERSPECTIVE MONDE, op. cit.

(13) INA.FR, op. cit.

(14) Loc. cit.

(15) Loc. cit.

(16) BOVAY, Gilbert (réalisateur), «Les règles», RTS archives, http://www.rts.ch/archives/tv/information/temps-pr... (3 février 2017).

(17) Loc. cit.

(18) Loc. cit.

(19) Loc. cit.

(20) G. MARSHALL, Monty et Keith JAGGERS, «Évolution globale de la démocratie», Perspective monde, 6 juillet 2016, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (6 février 2017).

(21) GÜRSOY, F. Yaprak, op. cit, p.19.

(22) Ibid., p. 18.

(23) Loc. cit.

(24) Loc. cit.

(25) INA.FR, op. cit.

(26) Loc. cit.

(27) PERSPECTIVE MONDE, «Fin du régime des colonels en Grèce», 6 juillet 2016, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (3 février 2017).

(28) Loc. cit.

Dernière modification: 2017-02-28 08:30:11

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