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21 février 2017

Le Guatemala n'oubliera pas la fin de la guerre civile de 1960-1996


Thibault Moy
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

octobre
2015
Élection de Jimmy Morales à la présidence du Guatemala

décembre
1996
Signature des accords mettant fin à la guerre civile au Guatemala

février
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

août
1983
Renversement du président Rios Montt au Guatemala

mars
1966
Tenue d'élections au Guatemala

décembre
1960
Création d'un Marché commun de l'Amérique centrale

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

juillet
1957
Assassinat du président du Guatemala Carlos Castillo Armas

juin
1954
Renversement du président guatémaltèque Jacobo Arbenz

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

mars
1945
Accession de Juan Jose Aravelo à la présidence du Guatemala

De 1960 à 1996, le Guatemala a été déchiré par une guerre civile qui a affecté sa population. Durant ce conflit, plusieurs dictateurs ont été au pouvoir et ont dirigé le pays d'une main de fer. Selon les Nations unies, cette guerre civile aurait causé la mort d'environ 200 000 citoyens du Guatemala, dont la plupart seraient des Mayas(1). Ce conflit était une bataille idéologique entre des personnes de droite et de gauche qui voulaient amener du changement et prendre le pouvoir.

Les militaires en contrôle

Selon plusieurs sources, le conflit serait le résultat d'une instabilité créée quelques années avant 1960. L'un des évènements majeurs aurait été l'élection du colonel Jacobo Arbenz Guzmán en 1950, avec 65 % des votes en sa faveur(2). La population l'aurait élu parce qu'il voulait continuer les réformes de l'ancien président Juan José Arevalo qui avait diminué le pouvoir des multinationales américaines(3).

Lors de sa première année au pouvoir, le président Arbenz Guzmán décida de socialiser les terrains de la compagnie américaine United Fruit, pour les répartir à environ 100 000 familles pauvres du Guatemala(4). La réforme agraire du président a déplu au gouvernement du président américain Harry Truman. Celui-ci a vu cette action comme une réforme communiste, ce qui incita les États-Unis à agir par peur du communisme(5).

C'est en 1954 qu'a eu lieu le renversement du président Arbenz avec le plan mis en place par la Central Intelligence Agency (CIA) et le support du dictateur du Nicaragua, Anastasio Somoza(6). Avec la réussite de la mission et le départ en exil du président Arbenz, les réformes agraires qu'il avait instaurées sont détruites et les terres redistribuées à la multinationale United Fruit. De plus, le nouveau président, le colonel Carlos Castillo Armas, interdit la formation de syndicats(7).

Lors des années 1960, la situation économique du Guatemala était critique à cause du manque de revenus et des membres de familles devaient aller travailler comme ouvriers agricoles saisonniers(9). Même si le gouvernement militaire a mis sur pied un programme pour l'agriculture, il y a tout de même une mobilisation citoyenne contre lui(10). Durant les années 1960, plusieurs dictateurs ont été remplacés à la suite de coups d'État ou d'élections truquées. En 1963, le colonel Enrique Peralta a pris le pouvoir(11).

Les gouvernements de ces multiples dictateurs ont dû affronter des guérillas qui voulaient la fin de leur régime. Les premiers rebelles furent vaincus par l'armée en 1963, ce qui permit au gouvernement de prendre le contrôle du territoire de l'Est et de la capitale(12). En 1963, l'armée détrôna le président Ydigoras Fuentes et installa Enrique Peralta Azurdia à sa place, jusqu'à l'arrivé de l'élection de 1966(13). Ce fut alors le candidat du Parti libéral révolutionnaire, le Dr. Julio César Méndez Montenegro, qui devint le nouveau président avec 44 % des voix(14).

En 1972, l'Armée guerillera des pauvres, un nouveau groupe de guérilleros, a vu le jour(15). Lors des années 1970, la plupart des groupes révolutionnaires se regroupèrent en une seule unité pour former l'Union revolucionaria nacional guatemalteca, afin de combattre le régime(16). En 1980, le Comité d'unité paysanne fut créé pour la récupération des terres perdues et faire face à l'augmentation de la violence(17).

L'incitateur de la fin

Durant les années 1982, la violence augmenta avec Efrain Rios Montt au pouvoir(18). Le nouveau président avait exprimé que la population qui était avec lui proliférerait, alors que celle qui agirait contre lui serait tuée(19). Ce dictateur resta au pouvoir pendant une année. Après, il fut inculpé pour génocide et crime contre l'humanité avec la mort de 1771 Indiens mayas d'ethnie Ixiles(20). Sans oublier qu'il a fait raser environ 440 villages(21). Les militaires de Montt violaient et tuaient les villageois qui promulguaient le communisme, qui accueillaient des rebelles ou qui étaient des minorités s'opposant au régime(22).

Après ces massacres, Montt fut renversé par Humberto Mejia Victores, qui décida de ramener la démocratie(23). Les élections de 1985 et le retour au pouvoir des civils viennent du fait que le pays avait besoin d'aide économique. Donc, pour obtenir le soutien international, les militaires ont délaissé le pouvoir parce que la pression internationale était trop grande et aussi parce que le Guatemala avait besoin d'aide économique(24). C'est le 29 décembre 1996 que le gouvernement du Guatemala et les chefs des guérillas mettent fin à la guerre civile, en signant les accords de paix(25).

La démocratie s'améliore

Depuis la fin de la guerre civile, plusieurs anciens dictateurs et personnes qui ont fait d'horribles crimes ont été inculpés et parfois jugés coupables. En 2012, l'ancien dictateur Montt était inculpé pour génocide et crime contre l'humanité(26). Il a fallu attendre 2004 pour que les responsables des actes barbares soient inculpés et jugés(27). Ce qui montre que le pays avance pour améliorer sa situation.

À partir de 1996, le Guatemala a tenu des élections démocratiques. C'est en 1996 qu'Alvaro Arzu devient président du Guatemala et agit contre les militaires qui ont fait des crimes pendant la guerre civile(28). Le système électoral du Guatemala fait qu'un président reste en poste durant 4 ans et ne peut pas faire de second mandat(29).

Cependant, même si le pays est plus démocratique qu'autrefois, la corruption est présente. À preuve, le président du Guatemala en 2015, Otto Pérez Molina, a été accusé de fraude monétaire et a perdu son poste à la suite de ces accusations(30). Selon la revue The Economist, le Guatemala obtenait tout de même 5,88 sur 10 pour l'indice global de démocratie en 2012, ce qui est meilleur que certain pays d'Amérique centrale et du Sud(31).

Même si la plupart des criminels de la guerre civile ont été arrêtés ou jugés, la population du Guatemala reste marquée à jamais. Elle est maintenant le protecteur de sa démocratie et doit s'assurer que la corruption ne devienne pas un virus pour la république. De plus, il reste toujours des disparus à retrouver(32).




Références:

(1) AGENCE FRANCE-PRESSE, «Guatemala: encore 45 000 disparus, 20 ans après la guerre civile», La Presse, 21 juin 2016, [En ligne],http://www.lapresse.ca/international/ameriq... (Consultée le 18 février 2017)

(2) PERSPECTIVE MONDE, 27 juin 1954 Renversement du président guatémaltèque Jacobo Arbenz, 2016, URL http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (Consultée le 18 février 2017)

(3) Loc. cit.

(4) Loc. cit.

(5) Loc. cit.

(6) Loc. cit.

(7) Loc. cit.

(8) Loc. cit.

(9) VANTHUYNE, Karine, « Les contradictions d'une reconstruction démocratique « par le bas » », politix, nº80, avril 2007, p.81-107, [En ligne], http://www.cairn.info.ezproxy.usherbrooke.ca/artic... (Consultée le 19 février 2017)

(10) Loc. cit.

(11) BBC NEWS, Guatemala profile - Timeline, 3 janvier 2017, http://www.bbc.com/news/world-latin-america-19636725 (Consultée le 18 février 2017)

(12) VANTHUYNE, Karine, Op. cit.

(13) PERSPECTIVE MONDE, Op. cit.

(14) Loc. cit.

(15) VANTHUYNE, Karine, Op. cit.

(16) PROJET ACCOMPAGNEMENT QUÉBEC-GUATEMALA, Histoire du Guatemala, 2016, URL http://www.paqg.org/node/30 (Consultée le 18 février 2017)

(17) Loc. cit.

(18) HARAU, Juliette et PORNET, Gabirel, «Génocide au Guatemala, les enjeux d'un second procès», Libération, 6 janvier 2015, [En ligne], http://www.liberation.fr/planete/2015/01/06/genoci... (Consultée le 19 février 2017)

(19) Loc. cit.

(20) Loc. cit.

(21) PROJET ACCOMPAGNEMENT QUÉBEC-GUATEMALA, Op. cit.

(22) HARAU, Juliette et PORNET, Gabirel, Op. cit. (23) Loc. cit.

(24) PROJET ACCOMPAGNEMENT QUÉBEC-GUATEMALA, Op. cit.

(25) PERSPECTIVE MONDE, 29 décembre 1996 Signature des accords mettant fin à la guerre civile au Guatemala, 2016, URL http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (Consultée le 19 février 2017)

(26) HARAU, Juliette et PORNET, Gabirel, Op. cit.

(27) CAROIT, Jean-Michel, «Au Guatemala, les plaies à vif de la guerre civile», Le Monde, 12 juillet 2012, [En ligne], http://www.lemonde.fr/international/article/2012/0... (Consultée le 20 février 2017)

(28) BBC NEWS, Op. cit.

(29) CENTRAL INTELLIGENCE AGENCY, Guatemala, 2017, URL https://www.cia.gov/library/publications/the-world... (Consultée le 20 février 2017)

(30) THE EDITORIAL BOARD, « A Corruption Crusade in Guatemala», The New York Times, 11 juin 2016, [En ligne] https://www.nytimes.com/2016/06/12/opinion/sunday/... (Consultée le 20 février 2017)

(31) THE ECONOMIST, Démocratie: Indice global 2012, Perspective monde, 2016, URL http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/stats/0/20... (Consultée le 20 février 2017)

(32) AGENCE FRANCE-PRESSE, Op. cit.

Dernière modification: 2017-02-27 07:41:15

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