Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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7 février 2017

20 ans plus tard : l'héritage contrasté de Tony Blair à la tête du Royaume-Uni


Tristan Brassard
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juin
2017
Réélection du Parti conservateur de Theresa May au Royaume-Uni

mars
2017
Début d’une série d’attentats terroristes au Royaume-Uni

juin
2016
Tenue d'un référendum au Royaume-Uni sur la sortie de l'Union européenne

mai
2015
Réélection du gouvernement conservateur de David Cameron au Royaume-Uni

septembre
2014
Tenue d'un référendum sur l'indépendance de l'Écosse

mai
2014
Début des élections législatives au Parlement européen

juillet
2012
Ouverture des Jeux olympiques de Londres

mai
2010
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement dirigé par le conservateur David Cameron

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

avril
2009
Tenue du Sommet du G20 à Londres

juillet
2007
Présentation de la journée Live Earth

juin
2007
Assermentation de Gordon Brown au poste de premier ministre du Royaume-Uni

juin
2007
Ouverture du Sommet du G8 à Heiligendamm, en Allemagne

mai
2007
Formation d'un gouvernement dirigé par Ian Paisley en Irlande du Nord

mai
2005
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair

juin
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

mars
2003
Début d'une offensive militaire d'envergure en Irak

octobre
2001
Bombardements par les Américains et les Britanniques en Afghanistan

juin
2001
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair

Le 1er mai 1997, après 18 ans de règne du Parti conservateur, Tony Blair devient le plus jeune premier ministre du Royaume-Uni du 20e siècle. Sa formation, le Parti travailliste, obtient une victoire écrasante aux élections générales en remportant 419 sièges, se donnant ainsi une majorité de 179 à la Chambre des communes (1).

Candidat populaire et parti recentré

Tony Blair amorce la campagne de 1997 sous le slogan « Things can only get better », signifiant en français « Les choses ne peuvent qu'aller mieux » (2). Le candidat incarne l'image du changement et de la jeunesse, ce qui lui fait bénéficier d'une popularité énorme auprès de la population britannique. Mais au-delà du charisme de son chef, deux éléments majeurs expliquent la victoire historique du Parti travailliste aux élections générales de 1997.

D'abord, le parti, considéré traditionnellement comme étant de gauche, continue son recentrage sur l'axe politique lors de la campagne. En effet, Blair est un admirateur des politiques de Margaret Thatcher. Ainsi, il s'engage notamment à ne pas hausser les taxes et les impôts et à investir massivement dans l'éducation (3). À l'époque, les idées du « thatchérisme » sont encore très populaires au Royaume-Uni, donc cela permet aux travaillistes d'aller chercher l'appui d'une grande part de la population (4).

Puis, plusieurs experts s'entendent pour dire qu'à l'époque les opposants principaux à Tony Blair, soit John Major et le Parti conservateur, subissent les effets de l'usure du pouvoir, en plus d'une perte de confiance des électeurs (5). En 1997, ce parti est aux commandes du pays depuis 18 ans. Au cours de ces années, la situation économique au Royaume-Uni reste relativement en bon état, ce qui joue en faveur des conservateurs.

Toutefois, leur plus récent mandat est marqué par quelques fiascos majeurs, dont le « mercredi noir », en 1992. Lors de cet évènement particulier, Major fut forcé de retirer la livre sterling du système monétaire européen (SME), entraînant comme résultat une forte dévaluation de la monnaie du pays. Il provoque aussi de profondes divisions au sein même du Parti conservateur, ainsi qu'une perte de confiance de la population vis-à-vis cette formation politique; des éléments qui ont une influence immense sur le résultat des élections de 1997 au Royaume-Uni (6).

Départ précipité, bilan mitigé

Au total, Tony Blair demeure à la tête du pays pendant 10 ans. Toutefois, au cours des dernières années de son règne, le premier ministre est au coeur de critiques venant de son propre parti. D'abord, en 2005, le gouvernement Blair propose une loi antiterroriste allongeant le temps de détention de suspects qui ne font l'objet d'aucune accusation formelle. En fort désaccord avec cette proposition, 49 élus du Parti travailliste se rangent alors du côté de l'opposition pour voter contre le projet de loi (7).

Puis, en 2006, d'autres travaillistes se rebellent contre le support constant offert par leur chef au président américain George W. Bush au Moyen-Orient (8). C'est ainsi qu'au mois de septembre 2006, Blair annonce sa démission d'ici la fin de l'année. Le 27 juin 2007, il démissionne officiellement de son poste de premier ministre. Son ami Gordon Brown, le ministre des Finances de longue date au Parti travailliste, lui succède (9).

Au cours des dix années de gouvernement Blair, le Royaume-Uni a connu une croissance économique constante, soutenue par des politiques économiques majoritairement post-thatchériennes (10). Au niveau social, Tony Blair a également changé le pays, notamment en légalisant le mariage homosexuel en 2004 (11). Ainsi, il est possible d'affirmer que son bilan de politique intérieure est majoritairement positif, sans oublier l'accord du Vendredi saint, qui a mené à une paix relativement stable en Irlande du Nord.

Par contre, l'ancien premier ministre a essuyé quelques échecs sur la scène internationale. Son plus grand est probablement l'intervention britannique en Irak. En effet, plusieurs lui reprochent cette guerre, aujourd'hui majoritairement reconnue comme un échec, en plus d'avoir simplement suivi Bush dans sa quête au Moyen-Orient, sans rien avoir reçu en retour et sans avoir eu d'influence réelle sur le déroulement des opérations (12).

Néanmoins, selon les sondages, plus de 60 % des Britanniques gardent aujourd'hui une opinion généralement positive de Tony Blair. Celui-ci fut probablement l'un des dirigeants les plus charismatiques et habile politiquement de l'histoire du Royaume-Uni (13).




Références:

(1) Chas Early, May 2, 1997: Labour win general election by a landslide to end 18 years of Conservative rule, BT Group, 2 mai 2016, http://home.bt.com/news/world-news/may-2-1997-labo... (page consultée le 5 février 2017)

(2) Anthony King, « It began with Tony Blair's promise that things can only get better. They haven't », The Telegraph, 15 juillet 2006, http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/1523965/It-... (page consultée le 5 février 2017)

(3) BBC NEWS, 1997 : Labour landslide ends Tory rule, 15 avril 2005, http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/politics/vote_2... (page consultée le 5 février 2017)

(4) Ross McKibbin, « Why the Tories lost », London Review of Books, vol. 19, no 13, 3 juillet 1997, p. 3-7.

(5) Loc. cit.

(6) Philip Johnston, « Black Wednesday: The day that Britain went over the edge », The Telegraph, 10 septembre 2012, http://www.telegraph.co.uk/finance/currency/953347... (page consultée le 5 février 2017)

(7) Tom Gallagher, Tony Blair: Prime minister of United Kingdom, Britannica, 7 juin 2016, https://www.britannica.com/biography/Tony-Blair (page consultée le 5 février 2017)

(8) Jon Davis, Tony Blair : Labour 1997 to 2017, Gouvernement du Royaume-Uni, https://www.gov.uk/government/history/past-prime-m... (page consultée le 5 février 2017)

(9) Tom Gallagher, op. cit.

(10) Loc. cit.

(11) Loc. cit.

(12) Jolyon Howorth, « Tony Blair : premier bilan stratégique », Politique étrangère, automne 2007, https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2... (page consultée le 5 février 2017)

(13) Loc. cit.

Dernière modification: 2017-02-13 07:59:37

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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