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31 janvier 2017

Élection présidentielle équatorienne sans Correa


Samra Grahic
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2016
Tremblement de terre en Équateur

novembre
1986
Fondation de la Confédération des nations indigènes de l'Équateur

mai
1981
Décès du président de l’Équateur, Jaime Roldos Aguilera

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

avril
1979
Élection de Jaime Roldos Aguilera à la présidence de l'Équateur

février
1972
Renversement du gouvernement de Jose Maria Velasco Ibarra en Équateur

mai
1969
Création du Pacte andin

juin
1968
Élections en Équateur

novembre
1961
Chute du gouvernement de José Maria Velasco Ibarra en Équateur

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

juin
1948
Élection de Galo Plaza Lasso à la présidence de l'Équateur

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

Avec Pedro Pablo Kuczynski à la tête du Pérou, Mauricio Macri aux commandes de l'Argentine et Michel Temer aux rênes du Brésil, il est possible de constater une montée de la droite en Amérique du Sud (1). Cette tendance se poursuivra-t-elle en Équateur, le 19 février 2017, alors qu'auront lieu les élections présidentielle et législatives? En effet, durant cette journée, environ 12,8 millions d'Équatoriens seront appelés aux urnes afin de choisir les nouveaux président et vice-président du pays ainsi que les 137 membres de l'Assemblée nationale. Le président actuel, le socialiste Rafael Correa, a décidé de ne pas se représenter (2).

Correa : stabilité et réformes sociales

Élu à trois reprises consécutives, Rafael Correa est le président de la République de l'Équateur depuis 2007. En 2009, Correa a été réélu au premier tour en remportant 51,9 % des voix, alors que le deuxième candidat suivait de loin avec 28,2 % des voix. En 2013, sa popularité a de nouveau été mise en évidence lorsqu'il a remporté la présidence au premier tour en récoltant 57 % des votes. Son adversaire principal, Guillermo Lasso, a obtenu 24 % des suffrages (3).

À la tête de l'Alianza País (Alliance Pays), un parti de gauche, le président Correa représente une forme de stabilité pour l'Équateur. Effectivement, avant son arrivée à la fin de 2006, le pays a été dirigé par sept présidents en l'espace de 10 ans (4). Aussi, les gouvernements de Correa ont permis d'effectuer une certaine transition des modèles économiques davantage néolibéraux, appliqués par ses prédécesseurs, vers une « révolution citoyenne » tentant d'établir le socialisme en Équateur (5).

Correa a teinté l'Équateur d'importantes politiques sociales et économiques. Par exemple, en instaurant des procédures plus efficaces, il a réussi à tripler la perception des impôts et à faire baisser le taux de chômage (6). De plus, avec les importants profits générés par les exportations pétrolières (7), le gouvernement a pu investir dans les infrastructures (8). Il a également investi dans l'accès aux soins de santé et dans l'éducation de la population (9). Ainsi, les mesures entreprises ont permis à 1,5 million d'individus de sortir de la pauvreté (10). Le pourcentage d'individus vivant dans la pauvreté est alors passé de 36,7 %, en 2007 (11), à 25,4 %, en 2016 (12).

Quatre candidats en tête des sondages

Huit candidats se présentent à la présidentielle équatorienne. Parmi eux, quatre se retrouvent à la tête des sondages: Lenín Moreno, Guillermo Lasso, Cynthia Viteri et Paco Moncayo (13).

Moreno succède à Correa comme représentant de l'Alliance Pays. Ancien vice-président sous le gouvernement de Correa de 2007 à 2013 (14), il soutient qu'il poursuivra l'idéologie socialiste qui a inspiré les politiques de l'actuel président. Par ailleurs, lui-même partiellement paralysé et se déplaçant en fauteuil roulant, il affirme qu'il défendra notamment les droits des groupes vulnérables tels que les individus à mobilité réduite et les personnes âgées (15).

Guillermo Lasso, du Parti libéral Créer des Opportunités, jouit d'une popularité considérable bien qu'il met de l'avant des valeurs libérales, davantage opposées à celles de Correa. Dans cette optique, cet ancien banquier souhaiterait diminuer la place qu'occupe l'État dans l'économie et dans la société équatorienne actuelle (16). Il propose également la création d'un million d'emplois sur quatre ans (17).

Pour sa part, Cynthia Viteri, du Parti social-chrétien, offre d'attirer davantage d'investisseurs privés au pays. Cela permettrait de générer des emplois. Elle souhaiterait aussi mettre sur pied un projet d'alliance internationale pour remédier au problème du trafic de drogue (18).

Enfin, Paco Moncayo, du Parti de la gauche démocratique, désire créer plus de 280 000 emplois en plus de vouloir industrialiser le secteur agricole. De surcroît, il suggère la création d'une « Commission civique de lutte contre la corruption » qui s'occuperait de la surveillance du secteur public dans le but de limiter la corruption (19).

Moreno est le favori

Pour l'instant, les sondages de janvier placent Moreno comme favori de ce premier tour. Selon l'enquête de la firme Cedatos, il obtiendrait 34,3 % des intentions de vote. Guillermo Lasso devrait obtenir 22,9 % des votes, alors que Cynthia Viteri en remporterait 11,4 %. Quant à Paco Moncayo, il recueillerait 10,9 % des intentions de vote (20). D'autres sondages faits en décembre 2016 accordaient des pourcentages semblables aux candidats. Il n'y a donc pas une différence marquée dans les intentions de vote entre ces deux périodes.

Les thèmes centraux de cette campagne électorale sont la corruption et les paradis fiscaux. Il est possible d'ajouter à cela la situation économique difficile causée, entre autres, par la chute du prix du pétrole. Le pétrole représente une ressource importante pour l'Équateur puisqu'il constitue 70 % de ses exportations (21).

Le jour des élections, les citoyens seront également appelés à se prononcer sur une consultation populaire. Ce référendum, initié par Correa à la suite de la fuite des Panama Papers, vise l'interdiction de détenir des avoirs ou des capitaux dans des paradis fiscaux à ceux qui occupent un poste dans la fonction publique ou qui sont élus par la population (22).

Pour devenir président à la suite d'un premier tour, le candidat doit atteindre le seuil de 40 % (23). Selon une enquête publiée le 23 janvier 2017 par la firme Market, 37,8 % des électeurs équatoriens n'ont pas encore décidé à qui ils allaient attribuer leur voix le 19 février prochain. Cette indécision entraînera probablement un deuxième tour le 2 avril 2017 (24).




Références:

(1) LISSARDY, Gerardo, « Por qué 2017 puede ser clave en el giro hacia la derecha de América Latina », BBC Mundo, 5 janvier 2017, [En ligne], http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-38493148 (Page consultée le 28 janvier 2017).

(2) VALENCIA, Alexandria, « Ecuador Ruling Party Chooses Correa Ally as Presidential Candidate », Reuters, 2 octobre 2016, [En ligne], http://in.reuters.com/article/ecuador-elections-id... (Page consultée le 26 janvier 2017).

(3) NUNEZ, Rogelio, « Incertidumbre electoral en Ecuador », Infolatam, 12 décembre 2016, [En ligne], http://www.infolatam.com/2016/12/12/la-incertidumb... (Page consultée le 28 janvier 2017).

(4) CASTILLO, Mariano et Andres Lopez, « Popularity Propels Ecuador's Correa Ahead of Election », CNN, 16 février 2013, [En ligne], http://www.cnn.com/2013/02/16/world/americas/ecuad... (Page consultée le 28 janvier 2017).

(5) Loc. cit.

(6) TELESUR, « Ecuador Starts Presidential Race, Correa's Former Vice President Leads », 3 janvier 2017, [En ligne], http://www.telesurtv.net/english/news/Ecuador-Star... (Page consultée le 28 janvier 2017).

(7) NORTH, James, « Why Ecuador's Rafael Correa Is One of Latin America's Most Popular Leaders », The Nation, 4 juin 2015, [En ligne], https://www.thenation.com/article/why-ecuadors-raf... (Page consultée le 27 janvier 2017).

(8) CASEY, Nicholas, « Earthquake Jolts Ecuador into Enacting Long Avoided Fiscal Changes », The New York Times, 23 avril 2016, [En ligne], https://www.nytimes.com/2016/04/24/world/americas/... (Page consultée le 28 janvier 2017).

(9) TELESUR, op. cit.

(10) Loc. cit.

(11) ANDES, « Ecuador ha reducido la pobreza extrema y avanza en su camino hacia el Buen Vivir », Andes, 24 décembre 2016, [En ligne], http://www.andes.info.ec/es/noticias/ecuador-reduc... (Page consultée le 28 janvier 2017).

(12) El Universo, « Desempleo en Ecuador se ubica en el 5,7%, dice el INEC », 15 avril 2016, [En ligne], http://www.eluniverso.com/noticias/2016/04/15/nota... (Page consultée le 30 janvier 2017).

(13) PRENSA LATINA NEWS AGENCY, « Presidential Candidates Begin Campaign in Ecuador », Escambray, 6 janvier 2017, [En ligne], http://en.escambray.cu/2017/ecuador-presidential-c... (Page consultée le 30 janvier 2017).

(14) VALENCIA, Alexandria, op. cit.

(15) Loc. cit.

(16) GONZALEZ, Daniela, « Élections Équateur 2017 », Mural, 8 novembre 2016, [En ligne], https://journal-mural.com/2016/11/08/elections-equ... (Page consultée le 28 janvier 2017).

(17) INFOLATAM/EFE, « Debate presidencial con oficialista ausente y Correa blanco de dardos », Infolatam, 26 janvier 2017, [En ligne], http://www.infolatam.com/2017/01/26/debate-preside... (Page consultée le 28 janvier 2017).

(18) Loc. cit.

(19) Loc. cit.

(20) INFOLATAM/EFE, « Ecuador: los indecisos decidirán el resultado de las presidenciales », Infolatam, 24 janvier 2017, [En ligne], http://www.infolatam.com/2017/01/24/ecuador-los-in... (Page consultée le 29 janvier 2017).

(21) JOUARY, Pascal, « Au coeur de l'Équateur de Rafael Correa », L'Humanité, 26 octobre 2016, [En ligne], http://www.humanite.fr/au-coeur-de-lequateur-de-ra... (Page consultée le 26 janvier 2017).

(22) INFOLATAM/EFE, « Ecuador: los indecisos decidirán el resultado de las presidenciales », op. cit.

(23) Loc. cit.

(24) Loc. cit.

Dernière modification: 2017-02-06 07:40:03

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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