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22 novembre 2016

L'OTAN contre la Russie : quelle place pour la neutralité finlandaise ?


Étienne Rodrigue
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

juillet
2018
Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

avril
2011
Tenue d’élections législatives en Finlande

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

juin
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

juin
1999
Tenue d'élections au Parlement européen

janvier
1999
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juin
1998
Création de la Banque centrale européenne

janvier
1995
Entrée de l'Autriche, la Finlande et la Suède dans l'Union européenne

août
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

Depuis l'annexion de la Crimée par la Russie en 2013, les vieilles tensions refont surface. L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), autrefois opposée à l'Union Soviétique (URSS), se retrouve aujourd'hui en face d'une Russie aux allures ambitieuses et militaristes. Soucieuse de protéger l'Europe d'une invasion hypothétique, l'OTAN déploie de plus en plus d'efforts pour recruter des États récalcitrants en marge de son territoire. La Finlande figure parmi ces alliés les plus convoités pour plusieurs facteurs, notamment géographiques et stratégiques.

Des guerres pas si lointaines

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Finlandais doivent mener leur propre guerre contre l'URSS de Joseph Staline qui souhaite reconquérir cet ancien territoire de l'Empire russe. D'abord durant la guerre d'Hiver de novembre 1939 à mars 1940, et ensuite lors de la guerre de Continuation de juin 1941 à septembre 1944, les deux pays s'affrontent en marge des combats en Europe (1). Malgré ces conflits, la Finlande et l'URSS signent en 1948 l'Accord d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle. Il garantit l'indépendance de la Finlande tant qu'elle défend son territoire contre toute invasion de l'URSS qui cheminerait par lui (2).

Depuis la disparition de l'URSS, la Finlande maintient son indépendance, mais coopère néanmoins avec l'OTAN lors d'entraînements militaires. Du côté de l'Europe, la perception d'un nouvel impérialisme russe ravive la question de l'adhésion finlandaise au camp des alliés. Tous attendent de voir ce que fera cet État neutre depuis plus d'un siècle.

Pourquoi l'OTAN au XXIe siècle ?

À l'origine, l'OTAN est créée pour garantir la sécurité européenne face au Bloc de l'Est, mais également pour contrer le retour du militarisme nationaliste en Europe et favoriser l'intégration européenne (3). De 1949 à 1991, la préoccupation première de l'Organisation est évidement l'Union Soviétique, avec les différents stades de tensions et de détentes de la guerre froide. Après la disparition de l'URSS, et la réunification de l'Allemagne, l'OTAN décide de se concentrer sur ses deux autres mandats.

D'une part, la lutte au militarisme nationaliste justifie l'intervention alliée en ex-Yougoslavie et en Géorgie. D'autre part, l'intégration européenne prend une nouvelle dimension avec la transformation d'anciennes républiques soviétiques en États indépendants. La définition stratégique de l'Europe s'élargit vers l'Est, du moins, selon la vision de l'OTAN. D'ailleurs, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie joignent les rangs de l'Organisation en 1999 (4). Les attentats du 11 septembre 2001 sonnent l'alarme chez les alliés et les forcent à projeter la sécurité transatlantique au-delà des limites territoriales européennes, jusqu'au Moyen-Orient et en Asie centrale (5).

Aujourd'hui, presque tous les États de l'Europe continentale font partie de l'OTAN, soit en tant que membres, soit en tant que partenaires militaires. Sur la péninsule scandinave, seule la Norvège est membre de l'OTAN ; la Suède demeure indépendante, quoique liée à l'Organisation en tant que partenaire militaire. C'est également le cas de la Finlande (6).

Le compromis finlandais pour la paix

La politique de la Finlande durant la guerre froide en est une de compromis. Les gouvernements successifs du pays décident de maintenir une politique de neutralité dans le théâtre politique opposant l'OTAN à l'URSS. D'une part, ils en sont obligés par le traité de 1948, et d'autre part parce que les considérations économiques et militaires prévalent sur la rhétorique culpabilisante de Washington. Autant les Américains souhaitent que la Finlande se range de leur côté, autant l'URSS ne tolérerait pas ce changement de camp des Finlandais.

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, la Finlande demeure un des seuls pays à n'avoir jamais été occupé par une force ennemie. Ses institutions politiques et économiques restent intactes (7). La paix soviéto-finlandaise permet à la Finlande de maintenir son économie de marché et son indépendance politique, en échange d'une armée réduite et d'une politique étrangère respectueuse de l'agenda de Moscou. À aucun moment durant la guerre froide les Finlandais ne souhaitent donc antagoniser l'URSS et risquer une troisième invasion soviétique.

Une marge de manoeuvre accrue pour Helsinki

Depuis la disparition de l'Union Soviétique, la Finlande connaît un regain de liberté sur le plan de sa politique extérieure. Ainsi, elle intègre les rangs de l'OTAN en tant qu'État partenaire. Les troupes finlandaises ont depuis participé à de nombreuses missions de paix des Nations unies et à des opérations de sécurité de l'OTAN (8). Toutefois, les activités militaires de la Finlande sont élaborées afin de ne pas froisser la Russie, qui demeure un acteur important dans la politique étrangère finlandaise, tant économiquement que militairement. De plus, la Finlande assure sa sécurité à travers le Conseil de défense nordique (NORDEFCO), une « sodalité » militaire entre les pays scandinaves (9).

L'opinion publique en Finlande varie selon les années, mais la neutralité du pays demeure l'option favorisée par la population. En effet, le président finlandais, Sauli Niinisto, a confirmé le 1er mai 2016 que la Finlande n'intégrerait pas les rangs de l'OTAN, puisque la Russie reste un partenaire économique et politique important pour son pays (10). Le président Niinisto a fait cette déclaration à la suite de l'annonce de la Russie qu'elle prendrait des mesures militaires si la Suède devait intégrer les rangs de l'OTAN comme membre à part entière (11).

Il semble néanmoins que la coopération militaire de la Finlande avec l'OTAN soit un moyen d'augmenter son pouvoir de négociation avec la Russie sur des enjeux stratégiques. La Finlande n'est pas membre de l'OTAN, mais demeure apte à mener des opérations militaires conjointes avec l'Organisation. Le maintien de sa neutralité militaire et le rapprochement politico-économique avec la Russie diminuent les probabilités d'une mobilisation militaire russe d'envergure à la frontière finlandaise. De plus, Helsinki peut rester dans les bonnes grâces de Washington en demeurant active au sein d'opérations de l'OTAN à l'extérieur de l'Europe continentale.

Changement de garde inquiétant à Washington

L'élection de Donald Trump à la présidence américaine continue de surprendre et d'inquiéter le monde entier en raison du manque d'information claire sur les intentions du président-élu. Trump s'est montré très critique à l'égard de l'OTAN durant sa campagne électorale, et a laissé croire qu'il exigerait une augmentation des cotisations des pays membres (12). De son côté, le secrétaire-général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a annoncé que le financement de l'Organisation par les États membres serait une priorité pour les années à venir, citant les États faillis en Afrique et la menace du groupe État islamique comme justifications (13).

Une demande de paiement trop importante pourrait pousser certains pays, comme la Finlande, à se désister de leurs obligations envers l'Organisation, à des degrés différents. Dans le cas des voisins de la Russie, cela pourrait encourager un rapprochement de ceux-ci avec Moscou, modifiant les rapports de force entre l'Ouest et l'Est. Compte tenu des déclarations récentes de Sauli Niinisto, ce scénario paraît de moins en moins farfelu dans le cas de la Finlande.




Références:

1. Ries, Tomas, Cold Will: The Defense of Finland, Brassley's Defense Publishers, 1988, p. 12.

2. Lukacs, John, « Finland vindicated », Foreign Affairs, vol. 71, no. 4, 1992, p. 50.

3. Organisation du traité de l'Atlantique nord, 2016, http://www.nato.int/history/nato-history.html (page consultée le 21 novembre 2016).

4. Ibid.

5. Ibid.
7. Lukacs, John, op. cit., p. 55.

8. OTAN, 2016, op. cit.

9. Nordic Defense Council, 2016, http://www.nordefco.org/ (page consultee le 22 novembre 2016).

10. Sputnik France, « La Finlande préfère l'amitié avec la Russie à l'adhésion à l'OTAN », 1 mai 2016, https://fr.sputniknews.com/international/201605011... (page consultée le 15 novembre 2016).

11. Sputnik France, « La Russie prendra des mesures si la Suède intègre l'OTAN », 28 avril 2016, https://fr.sputniknews.com/international/201604281... (page consultée le 15 novembre 2016).

12. Emmott, Robin, « Trump, NATO chief pledge alliance's ‘enduring importance' in phone call », Reuters, 18 novembre 2016, http://www.reuters.com/article/us-usa-trump-nato-i... (page consultée le 22 novembre 2016).

13. Ibid.

Autres références

Federal Information & News Dispatch Inc., « Report Warns of 'Serious Crisis' with Russia if Finland Joins NATO », 30 avril 2016, http://ezproxy.usherbrooke.ca/login?url=http://sea... (page consultée le 15 novembre 2016)

The Guardian, « Finland and Sweden to strengthen ties with Nato », 24 août 2014, https://www.theguardian.com/world/2014/aug/27/finl... (page consultée le 15 novembre 2016)

Wieslander, Anna, « “Extended Cooperative Security” in the Baltic Sea Region », The Polish Quarterly of International Affairs, no. 1, 2016, p. 134-144.

Dernière modification: 2016-11-28 07:50:51

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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