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6 décembre 2016

Visegrad : un groupe pour la défense de petites identités nationales


Charles Philippe Thibault
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

juin
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

avril
2003
Annonce de l'adhésion de dix pays à l'Union européenne

juillet
1997
Annonce de l'intégration de la Hongrie, la Pologne et la République tchèque au sein de l'OTAN

janvier
1993
Division de la République fédérative tchèque et slovaque en deux États séparés

décembre
1989
Accession de Vaclav Havel à la présidence de la Tchécoslovaquie

mai
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

janvier
1977
Création de la Charte 77 en Tchécoslovaquie

août
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

mars
1969
Victoires de la Tchécoslovaquie contre l'Union soviétique aux championnats du monde de hockey sur glace, à Stockholm

août
1968
Intervention des troupes du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie

mai
1955
Signature du pacte de Varsovie

mars
1953
Décès du président tchécoslovaque Klement Gottwald

décembre
1952
Exécution de Rudolf Slansky en Tchécoslovaquie

février
1948
Prise de contrôle du gouvernement par les communistes en Tchécoslovaquie

janvier
1948
Entrée en vigueur de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

Formé en 1991, le groupe Visegrad, souvent appelé V4, est composé de quatre pays d'Europe centrale, soit la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie. L'objectif derrière cette association était de former un groupe pour défendre les intérêts politiques et sociaux de chacun de ces pays vis-à-vis les grandes puissances de l'Europe et de l'Occident (1).

Qu'en est-il aujourd'hui de ce groupe? Les nombreux enjeux qui bousculent l'Europe depuis les dernières décennies sont principalement gérés par les pays plus influents comme la France et l'Allemagne. Cela laisse donc moins de place aux plus petits pays, d'où l'importance d'organisations comme Visegrad, qui représente une soixantaine de millions d'habitants dans un continent qui en compte pas moins de 740 millions.

Un groupe d'influence aux vieilles racines

Les liens entre les membres du groupe Visegrad tirent leurs origines du XIVe siècle. En effet, à l'automne 1335, les rois de Bohême, de Pologne et d'Hongrie décident de former un groupe pour défendre leur territoire et leur identité vis-à-vis les grandes puissances extérieures (2). Ce groupe a cependant subi des difficultés dans ses premières décennies en raison de la force des autres pays aux alentours, et a été appelé à disparaître.

Il a cependant été reformé à la suite de la chute de l'Union soviétique (URSS) en 1991. C'est alors la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Hongrie, maintenant des États-nations, qui composent ce groupe. Pas plus de deux ans plus tard, il subit des problèmes à l'interne en raison de l'implosion de la Tchécoslovaquie qui se scinde en deux pays distincts ; la République tchèque et la Slovaquie (3). Malgré les craintes d'incohérence au sein du groupe en raison de cette crise politique, ses activités ne cessent pas et ne subissent pas les contrecoups de cette séparation.

Après un succès dans les premières années suivant la création de ce groupe, la première décennie du XXIe siècle a marqué un creux de vague en ce qui a trait à son influence. En effet, une dizaine d'années après son apparition qui avait été un succès, il est à court d'idées et perd la visibilité et la notoriété qu'il avait acquises. La situation s'est cependant rétablie dans les dernières années avec l'ampleur que prend la crise des migrants (4).

Quatre pays, un même mandat

Le groupe s'est initialement formé autour d'un même enjeu important aux lendemains de la chute de l'URSS. Il croyait être la pierre angulaire de la démocratisation dans la région pendant cette période postcommuniste : «Their leaders wanted to strengthen the reform momentum by working together (5). » Cette initiative avait d'ailleurs été très bien accueillie par les Américains et l'Union européenne (UE) à cette époque, saluant l'initiative innovatrice du groupe.

Sans vouloir offrir concurrence à l'UE, le V4 tente tout de même de se démarquer de celle-ci. Il ne remet pas en question la notoriété de l'Union, mais désire faire sa place à ses côtés. L'un de ses premiers objectifs est d'assurer une représentation de ses idées et de sa population auprès des entités fortes que sont l'UE et l'Europe (6). Cela s'explique surtout par le manque de confiance qu'il a envers le modèle occidental d'une société multiculturelle.

Malgré cette appréhension face aux grandes puissances, le V4 accepte un léger coup de main de la part des Américains. Ils jouent un rôle de mentor auprès du groupe afin de lui donner des conseils sur certains sujets si le besoin est exprimé (7). C'est d'ailleurs leur première raison d'être que de travailler de pair avec l'UE et l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), afin de gérer des situations et des crises pour le bien et la sécurité de tous.

Une cohésion et une coopération impératives

Bien que les quatre pays partagent des opinions politiques différentes, ils ont toujours des problématiques communes auxquelles ils doivent faire face. En raison de leur pouvoir politique et économique relativement faible, le V4 doit se concentrer sur des enjeux précis, plutôt que de s'éparpiller dans toutes les directions. Depuis les deux dernières années, la crise migratoire et la souveraineté des États occupent toute la place (8).

En ce qui concerne la crise des migrants, les pays du groupe veulent la gérer selon leurs idéologies et leurs craintes. Leur proximité avec la Méditerranée, la Grèce et l'Italie influence grandement leur façon de gérer la crise. Ces quatre pays n'étaient pas satisfaits des mesures prises par l'UE. Ils ont alors mis sur pied un projet pour leurs pays, afin de protéger leurs identités nationales précaires (9). Les quatre sont en faveur d'un durcissement sévère aux frontières, afin de limiter en grande partie le mouvement des populations en direction de leur territoire. Pour ce faire, ils ont mis en branle un projet de construction de murs au sud des territoires du Monténégro et de la Bulgarie. De cette façon, il est plus facile pour eux de contrôler la migration d'individus, en raison du nombre beaucoup plus bas de migrants qui se rendent sur leur territoire.

La coopération du groupe avec les Balkans et ses pays limitrophes ne se résume pas seulement à la gestion de la crise des migrants. En effet, le V4 introduit peu à peu ces pays dans les échanges de connaissances et de compétences, chose qu'il fait beaucoup au sein même du groupe depuis sa création (10). Cette coopération s'effectue principalement dans les domaines de l'éducation, des sciences, de l'environnement, de la justice, des transports, du tourisme et de l'énergie. L'objectif derrière ce partage est de faire profiter le plus possible la population des avancées technologiques qui favorisent, entre autres, l'amélioration de la situation économique des pays.

En plus de la coopération pour favoriser le développement et la croissance économique des pays, Visegrad travaille pour la souveraineté des États face à l'UE (11). Son objectif n'étant pas de faire concurrence à l'UE, le V4 désire simplement s'affirmer face à celle-ci pour ne pas se laisser trop influencer et perdre la souveraineté sur ses décisions. Il travaille donc pour favoriser un contrôle national des compétences dans les pays pour préserver et promouvoir la cohésion territoriale.

Comme mentionné précédemment, les Américains jouent un rôle de mentor auprès du V4. Sachant que les États-Unis sont méfiants de l'UE, est-il possible de croire qu'ils tentent de l'influencer dans le but de diminuer le poids que peut avoir l'UE sur le continent et sur le reste du monde ? C'est ce que croient certains experts des relations de l'UE avec les pays et organisations telles Visegrad (12).




Références:

(1) MISSION OPÉRATIONNELLE TRANSFRONTALIÈRE, Groupe de Visegrad, Espaces transfrontaliers, 2016, http://www.espaces-transfrontaliers.org/bdd-territ... (24/11/2016)

(2) TOUTE L'EUROPE. UE, Qu'est-ce que le groupe de Visegrad?, 21 septembre 2016, http://www.touteleurope.eu/actualite/qu-est-ce-que... (24/11/2016)

(3) VISEGRAD GROUP, György Racz : The Congress of Visegrad, 2009, http://www.visegradgroup.eu/congress-of-visegrad/g... (24/11/2016)

(4) CUNNINGHAM, Benjamin, Visegrad's illusory union, Politico, 16 septembre 2016, http://www.politico.eu/article/poland-hungary-czec... (01/12/2016)

(5) BASORA, Adrian A., The Value of the Visegrad Four, Foreign Policy Research Institute, 28 mars 2011 http://www.fpri.org/article/2011/03/the-value-of-t... (01/12/2016)

(6) VISEGRAD GROUP, Annual Report of the Czech V4 Presidency 2015-2016, novembre 2016, http://www.visegradgroup.eu/documents/annual-repor... (24/11/2016)

(7) BASORA, Adrian A., op. cit.

(8) TOUTE L'EUROPE. UE, op. cit.

(9) VISEGRAD GROUP, Annual Report of the Czech V4 Presidency 2015-2016, op. cit.

(10) Loc. cit.

(11) IWANIUK, Jakub, UE : le groupe de Visegrad veut plus de pouvoir pour les États, 22 juillet 2016, http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/07/22/ue... (24/11/2016)

(12) BASORA, Adrian A., op. cit.

Autre Référence

THE ECONOMIST, Big, bad Visegrad, 30 janvier 2016, http://www.economist.com/news/europe/21689629-migr... (24/11/2016)

Dernière modification: 2016-12-12 07:45:16

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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