Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

9 décembre 2018

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8 November 2016

Maroc : la popularité du PJD confirmée aux élections législatives de 2016


Jessica Dionne
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

July
2011
Référendum sur des réformes constitutionnelles au Maroc

May
2003
Attentats terroristes à Casablanca, au Maroc

July
1999
Décès du roi Hassan II du Maroc

February
1999
Décès du roi Hussein de Jordanie

August
1994
Reconnaissance des revendications berbères au Maroc

April
1994
Signature d'une entente menant à la création de l'Organisation mondiale du commerce

December
1990
Déclenchement d'une grève générale au Maroc

February
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

December
1983
Début d'une crise au Maroc

June
1981
Révolte du pain au Maroc

August
1979
Retrait de la Mauritanie du Sahara occidental

November
1975
Début de la « marche verte » au Sahara occidental

May
1973
Fondation du Polisario au Sahara occidental

August
1972
Tentative de coup d'État au Maroc

July
1971
Tentative de coup d'État dans le palais de Skhirat, au Maroc

June
1965
Promulgation de l'état d'exception au Maroc

October
1963
Déclenchement de la guerre des sables entre le Maroc et l'Algérie

September
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

February
1961
Décès du roi du Maroc, Mohammed V

Des élections législatives se sont tenues au Maroc entre septembre et octobre 2016. À la suite de celles-ci, le parti Justice et développement (PJD) a remporté la course et Abdelilah Benkirane a été nommé premier ministre. Ce parti, une formation islamiste, avait été élu pour la première fois lors des élections législatives de 2011. Son principal adversaire était le Parti authenticité et modernité (PAM), une formation libérale, qui a réussi à faire élire 102 députés sur 305. Quant à lui, le PJD en a fait élire 125 (1).

Un bipartisme de plus en plus présent

Lors des élections législatives marocaines, le système électoral employé est un scrutin à un tour avec une représentation proportionnelle qui demande un seuil électoral de minimum 3 % à un parti afin qu'il puisse accéder au Parlement. Le but de ce seuil est de permettre la représentation à un maximum de partis au sein de l'hémicycle. D'un autre côté, ce seuil a comme conséquence de rendre la constitution de majorités homogènes plutôt compliquée (2). À titre d'exemple, une trentaine de partis participaient aux élections de 2016 (3). Toutefois, avec la montée en puissance du PAM, il est possible de voir un bipartisme émerger entre ce dernier et le PJD (4).

Une fois les candidats élus, 305 sièges, répartis parmi 92 circonscriptions locales, leurs sont réservés. Il reste toutefois 90 sièges. Soixante d'entre eux sont réservés à une liste nationale de femmes et les 30 autres à des candidats de moins de 40 ans.

Quant au financement des partis, c'est l'État qui s'en occupe en leur accordant une subvention divisée entre eux. Pour 2016, la subvention était de 250 millions de dirhams, alors que chaque candidat possède un plafond de 500 000 dirhams. Ces derniers doivent, à la fin de la campagne, justifier leurs dépenses à la Cour des comptes (5).

Considérant qu'il était précédemment au pouvoir, le PJD, un parti islamiste (6), vise avant tout à poursuivre la réforme entamée lors de son premier mandat, en plus de se concentrer sur le modèle marocain de développement (7). Secrétaire général du parti durant la campagne, Abdelilah Benkirane, a déclaré que la plateforme électorale « repose sur des bases et références solides, en l'occurrence un référentiel islamique modéré, ouvert et de juste-milieu, une méthodologie de réforme qui prône le dialogue et le consensus avec les forces politiques et les acteurs économiques et sociaux, outre l'ouverture sur la société politique civile (...) (8) ». Plus précisément, le PJD souhaite, entre autres, développer de nouvelles sources de croissance, valoriser le capital humain, renforcer la justice sociale et utiliser les énergies renouvelables (9).

Davantage libéral (10), le PAM désire apporter du changement face au PJD. Son secrétaire général, Ilyas El Omari, désire créer un nouveau modèle de développement, principalement par une distribution de la richesse de façon équitable et un élargissement de la classe moyenne. Le parti souhaite également promouvoir la diversité culturelle et élargir les droits des femmes (11).

Parmi les autres partis en lice, les plus importants sont l'Istiqual, à tendance conservatrice, et le Rassemblement national des indépendants, plus libéral. Ils ont respectivement remporté 46 et 37 sièges. Le reste des sièges est partagé entre huit autres partis (12).

Des enjeux politiques

Pour comprendre ce qui a entouré la campagne des élections législatives de 2016, il faut d'abord retenir que celles-ci constituaient un test pour l'équilibre politique prévalant au sein du royaume. En effet, lorsque les précédentes législatives ont eu lieu en 2011, le printemps arabe battait son plein. Lors de ces évènements, le Maroc avait été touché par des manifestations qui demandaient de mettre en place davantage de justice sociale et de démocratie. Cela avait amené le roi Mohammed VI à annoncer des élections législatives anticipées, remportées par le PJD. Ce parti doit maintenant faire ses preuves après un bilan modeste de premier mandat, obtenu en 2011. Pendant ce temps, le PAM a comme défi en 2016 de démontrer que le PJD n'avait pas su faire ses preuves (13).

Mohamed Detsouli, un étudiant, cible certains enjeux qui rejoignent les protestations du PAM. Selon celui-ci, le PJD n'a pas respecté ses promesses. Par exemple, la lutte contre le chômage et la corruption a à peine bougé (14). Ce thème se retrouve pourtant dans le programme actuel du PJD (15). Les enjeux des élections sont davantage politiques que reliés à la société. Entre autres parce que Benkirane, en tant que premier ministre, a également témoigné sa fidélité au Palais. Un autre enjeu serait le taux de participation, ce taux influençant la crédibilité de la démocratie marocaine sur la scène mondiale, y compris au sein des instances internationales (16).

Pas seulement une question de religion

Selon la journaliste Charlotte Bozonnet, Abdelilah Benkirane a joué un grand rôle dans l'obtention du second mandat du PJD. En effet, sa personnalité combative a su gagner les faveurs du public. De même, sa capacité à plaisanter, sa connaissance de la darija, dialecte marocain, ainsi que son charisme l'ont transformé en personnalité médiatique (17). De quoi augmenter les chances pour son parti d'être élu.

Un autre facteur est que, toujours selon madame Bozonnet, les islamistes du PJD auraient été capables de montrer une nouvelle façon de faire de la politique. D'abord en apparaissant comme un parti non corrompu, ce qui est considéré comme important pour les électeurs marocains. De plus, son conservatisme colle bien à la société marocaine (18).

Finalement, le Palais royal joue aussi un rôle, selon l'analyste Nabil Mouline. Malgré des élections démocratiques, le pouvoir monarchique conserve la majorité des droits (19). Il faut noter que la Constitution marocaine décrète que c'est le roi qui nomme le premier ministre du parti arrivé en tête (20). Or, tel que mentionné précédemment, Benkirane est très proche du Palais royal. Il reste maintenant à déterminer qui seront les alliés du PJD, car malgré un bipartisme croissant, le système politique marocain reste encore ouvert à une multitude de partis et à la possibilité de coalitions. De plus, avec seulement 125 sièges sur 305, le PJD aura besoin d'une coalition pour gouverner.




Références:

(1) Le Figaro. Maroc : les islamistes remportent les élections législatives, 8 octobre 2016, http://www.lefigaro.fr/international/2016/10/08/01... page consultée le 5 novembre 2016.

(2) Lamlili, Nadia. Maroc : mode d'emploi des législatives 2016, Jeune Afrique, 5 octobre 2016, http://www.jeuneafrique.com/mag/361809/politique/m... page consultée le 5 novembre 2016.

(3) CHANDA, Tirthankar. Législatives au Maroc : le roi, les islamistes et la démocratie, Rfi Afrique, 6 octobre 2016, http://www.rfi.fr/afrique/20161006-maroc-enjeux-le... page consultée le 5 novembre 2016.

(4) AIT ADKIM, Youssef et Charlotte BOZONNET. Après cinq ans de pouvoir, les islamistes remportent les élections législatives au Maroc, Le Monde Afrique, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/10/07/e... page consultée le 6 novembre 2016.

(5) LAMLILI, Nadia. Maroc : mode d'emploi..., Op. Cit.

(6) Le Figaro, Op. Cit.

(7) Aujourd'hui le Maroc, Elections législatives : Le PJD a présenté son programme, 20 septembre 2016, http://aujourdhui.ma/politique/elections-legislati... page consultée le 6 novembre 2016.

(8) Ibid.

(9) ISMAILI, Ghita. Elections au Maroc : Les détails du programme électoral du PJD, AL Huffington Post Maghreb-Maroc, 19 septembre 2016, http://www.huffpostmaghreb.com/2016/09/19/pjd-maro... page consultée le 6 novembre 2016.

(10) Le Figaro, Op. Cit.

(11) LAMLILI, Nadia. Maroc : le PAM dévoile son programme pour les législatives du 7 octobre, Jeune Afrique, 6 septembre 2016, http://www.jeuneafrique.com/354728/politique/maroc... page consultée le 6 novembre 2016.

(12) AIT ADKIM, Youssef, Op. Cit.

(13) BOZONNET, Charlotte. Début de campagne électorale tendu au Maroc, Le Monde Afrique, 26 septembre 2016, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/26/m... page consultée le 7 novembre 2016.

(14) DETSOUIL, Mohamed. Elections législatives 2016 : Quels enjeux? Al Huffington Post Magrheb-Maroc, 7 septembre 2016, http://www.huffpostmaghreb.com/mohamed-detsouli/el... page consultée le 7 novembre 2016.

(15) ISMAILI, Ghita, Op. Cit.

(16) DETSOUIL, Moahmed, Op. Cit.

(17) BOZONNET, Charlotte. Abdelilah Benkirane, pièce maîtresse des islamistes marocains, Le Monde Afrique, 10 octobre 2016, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/10/10/a... page consultée le 7 novembre 2016.

(18) COUMBA, Kane, Charlotte BOZONNET et Laureline SAVOYE. Elections au Maroc : « Les islamistes ont réussi à incarner une autre façon de faire de la politique », Le Monde Afrique, 26 septembre 2016, http://www.lemonde.fr/afrique/video/2016/09/26/ele... page consultée le 7 novembre 2016.

(19) MOULINE, Nabil. Au Maroc, le palais royal reste maître du jeu politique, Le Monde Afrique, 11 octobre 2016, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/10/11/a... page consultée le 7 novembre 2016.

(20) L'OBS, avec la collaboration de l'AFP. Maroc. La répartition des pouvoirs dans le projet de Constitution, 1er juillet 2011, http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20110630.OBS6... page consultée le 7 novembre 2016.

Dernière modification: 2016-11-14 07:37:18

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