Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

24 juin 2018

Pays | Statistiques | Années | Événements | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Notes | Valeurs | Jeux | Recherche

21 November 2017

Élections cubaines en 2018 : y aurait-il une opposition ?


Pascale Maude Salvail
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

April
2018
Accession de Miguel Diaz-Canel à la présidence de Cuba

September
2017
Ouragans sur les Caraïbes

November
2016
Décès de l’ex-dirigeant cubain Fidel Castro

March
2016
Début de la visite du président américain Barack Obama à Cuba

December
2014
Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

October
2012
Déferlement de l'ouragan Sandy sur les Caraïbes et les États-Unis

February
2008
Accession de Raul Castro à la présidence de Cuba

August
1994
Émeutes à La Havane

July
1989
Exécution du général cubain Arnaldo Ochoa

December
1988
Signature à New York d'un traité sur le conflit en Angola

May
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

April
1980
Début d'un exode massif d'exilés cubains

November
1975
Intervention cubaine en Angola

October
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

January
1966
Ouverture de la première Conférence de Solidarité avec les Peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine (Tricontinentale)

October
1962
Dévoilement par le président américain de la présence de missiles soviétiques à Cuba

January
1962
Exclusion de Cuba de l'Organisation des États américains

September
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

April
1961
Débarquement d'exilés cubains à la baie des Cochons

Cela fait environ 60 ans que la famille Castro règne sur Cuba. À la suite de la Révolution de 1959, Fidel Castro prend le pouvoir en vertu d'un décret jusqu'en 1976, alors qu'une nouvelle Constitution est adoptée. Il remplit alors les trois positions les plus puissantes du gouvernement cubain, c'est-à-dire président du Conseil d'État, président du Conseil des ministres et premier secrétaire du Parti communiste cubain (PCC). Fidel avait aussi mis en place « un système répressif qui punit pratiquement toute forme de dissidence, léguant ainsi à son pays un sombre héritage qui perdure même après son décès », selon Human Rights Watch (1).

Autre Castro, même régime

Fidel Castro est décédé à la Havane le 25 novembre 2016, à l'âge de 90 ans. Son frère Raul était alors déjà président du Conseil d'État et du Conseil des ministres depuis 8 ans et premier secrétaire du PCC depuis 5 ans (2). Neufs jours de deuil national ont été imposés à la suite de ce décès. Toutefois, selon un article de l'Agence France Presse paru dans Le Point, plusieurs se réjouissaient en privé de la mort du père de la révolution (3).

Les Castro sont au pouvoir depuis la révolution et participent au système monopartite cubain. En effet, le PCC contrôle tous les pouvoirs gouvernementaux cubains et la plupart des institutions (4). Rien n'a vraiment changé à la suite de la prise de pouvoir de Raul, celui-ci a plutôt continué dans la même lignée que son frère.

La dissidence a été très fortement réprimée autant sous Fidel que Raul. En 2009, Human Rights Watch avait publié un rapport indiquant qu'au lieu de détruire le système répressif de Fidel, Raul l'avait gardé fermement en place et bien actif. Son gouvernement aurait utilisé des lois draconiennes et des procès biaisés dans le but d'incarcérer de nombreuses personnes ayant tenté d'exercer leurs droits fondamentaux (5). Selon le Cuban Committe for Human Rights and National Reconciliation, en 2016, l'emprisonnement arbitraire a atteint son niveau le plus haut en 7 ans. Ce regroupement identifiait un nombre de 9 125 nouveaux détenus au cours des 10 premiers mois de l'année (6).

Le progrès fait sur les plans économique, social et culturel n'a jamais connu d'équivalent en ce qui a trait au respect des droits civiques et politiques (7). Les avancées réalisées en matière de santé et d'éducation ont souvent été atténuées par de longs cycles de difficultés économiques et par les effets de politiques répressives (8).

En 2014, des mesures pour adoucir les relations entre Cuba et les États-Unis ont été entreprises par le président Barack Obama, malgré l'embargo toujours en place depuis 1962. En mars 2016, il a visité Cuba dans le but, entre autres, de rencontrer le président Raul Castro. Cependant, le PCC a ensuite identifié les États-Unis comme ennemis du pays, dont l'objectif est de détruire le système communiste en place (9).

Non à la dissidence

À Cuba, toute dissidence politique, peu importe la forme, est réprimée. Dissidence ne signifie pas nécessairement un groupe homogène de personnes partageant une même idéologie, ou un objectif commun, mais plutôt n'importe qui s'impliquant dans des activités que le gouvernement juge contradictoires à son agenda politique (10). Plusieurs groupes dissidents sont considérés comme des groupes mercenaires manipulés par des intérêts étrangers. Qui plus est, la seule organisation politique ou parti politique légalement reconnu à Cuba est le PCC. Il est également illégal pour un individu de faire campagne de façon indépendante lors d'une élection (11).

Certains luttent pour des changements démocratiques ou une réforme au sein du système socialiste, tandis que d'autres ont un objectif plus précis comme le droit de pratiquer leur religion ou de mettre en place un syndicat. Un exemple sont les Dames en blanc qui, à l'origine, luttaient pour la libération de leur mari ou leur fils qui avaient été emprisonnés en 2003. Depuis leur libération en 2006, cette organisation comptant environ 150 activistes continue de protester contre le pouvoir communiste (12). Certains partis politiques, comme le Octro18 ou l'Union patriotique de Cuba (Unpacu), sont aussi considérés comme des groupes dissidents.

Il est toutefois important de noter que les dissidents sont une petite partie isolée de la population. Ce qui peut être expliqué par l'efficacité du gouvernement à réprimer toute forme d'opposition, puisque exprimer son opinion et revendiquer ses droits c'est de vivre dans une constante peur de représailles (13).

Lorsque voter ne signifie pas choisir

L'élection des délégués municipaux est prévue le e 26 novembre 2017. Ce qui amorce la première étape d'un processus menant à l'élection des 612 députés de l'Assemblée nationale. Ils éliront ensuite le Conseil d'État, chargé de désigner le successeur de Raul Castro le 24 février 2018 (14). Castro restera toutefois premier secrétaire du PCC, afin de terminer son mandat de cinq ans. La particularité de ces élections est que plusieurs gardent espoir en leur chance d'élire un candidat de la dissidence malgré les tactiques du PCC (15).

Toutefois, voter et choisir ne sont pas nécessairement synonymes lors d'élections à Cuba. Plus souvent qu'autrement, les votes des citoyens n'ont aucun poids et aucune influence sur le résultat final. Les élections partielles pour les délégués municipaux étaient censées être une exception. Les Cubains devaient avoir l'occasion de choisir qui allait les représenter (16).

En vertu de l'article 133 de la Constitution cubaine, tout citoyen de plus de 16 ans, détenant tous ses droits politiques, a le droit d'être élu (16). Pourtant, Julio Antonio Aleaga, du groupe illégal Candidats pour le Changement, a déclaré à l'Agence France Presse qu'« [a]ucun [candidat de l'opposition] n'a pu décrocher la nomination à cause de l'intervention de la police politique, qui a détenu des personnes qui allaient postuler et assuré une présence pro-active lors des assemblées (18)». Sur les 182 candidats présentés par Octro18, aucun n'a vu sa candidature validée.

L'article 7 de la loi électorale de 1992 stipule qu'un citoyen peut seulement perdre ses droits politiques lorsqu'il est dépourvu de sa liberté, ce qui arrive lorsqu'il est condamné ou en libération conditionnelle (19). C'est pourquoi des arrestations de dernière minute ont été faites, selon le coordinateur de Octro18 (20).

De plus, selon Radio France international, « le PCC ne présente officiellement pas de candidats mais supervise tout le processus et garantit, par son influence et le vote de ses militants, qu'aucun opposant ne soit désigné candidat ni élu (21). » The National Post rapporte qu'une vidéo avait été coulée au public par une source anonyme. On y voyait le vice-président Miguel Diaz-Canel discuter de ses plans pour manipuler les élections municipales par la voix des médias indépendants et des groupes d'opposition. Il confirmait ainsi l'implication du PCC de façon très claire (22).

Il semble improbable que des membres de groupes dissidents réussissent à être élus au poste de délégué municipal ou même comme député à l'Assemble nationale. Cependant, en 2013, Raul Castro a imposé la limite de deux mandats à tous les postes séniors au gouvernement ainsi qu'aux postes de direction au PCC. Ce qui fait que la plupart des membres de la génération historique ayant combattu pour renverser la dictature de Fulgencio Batista, en 1959, arrivent eux aussi à la fin de leur mandat. La nouvelle génération qui leur succédera sera peut-être plus ouverte à la diversité d'opinions et d'idées au pays (23).




Références:

(1) HUMAN RIGHTS WATCH, « Cuba : Lourd bilan de la répression sous Fidel Castro », 26 novembre 2016, https://www.hrw.org/news/2016/11/26/cuba-fidel-cas... (Page consultée le 10 novembre 2017).

(2) Loc. Cit.

(3) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Cuba : la dissidence crainte plus de répression après Fidel Castro », Le Point, 28 novembre 2016, http://www.lepoint.fr/monde/cuba-la-dissidence-cra... (Page consultée le 12 novembre 2017).

(4) FREEDOM HOUSE, « Freedom in the World 2017 : Cuba », 2017, https://freedomhouse.org/report/freedom-world/2017/cuba, (Page consultée le 17 novembre 2017).

(5) HUMAN RIGHTS WATCH, « New Castro, Same Cuba : Political Prisoners in the Post-Fidel Era », 18 novembre 2009, https://www.hrw.org/report/2009/11/18/new-castro-s... (Page consultée le 17 novembre 2017).

(6) FREEDOM HOUSE, Op. Cit.

(7) HUMAN RIGHTS WATCH, « Cuba...», Op. Cit.

(8) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Mort de Fidel Castro : neuf jours de deuil national décrétés par les autorité », Le Monde, 26 novembre 2016, http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/11/26... (Page consultée le 12 novembre 2017).

(9) FREEDOM HOUSE, Op. Cit.

(10) HUMAN RIGHTS WATCH, « New Castr...», Op. Cit.

(11) FREEDOM HOUSE, Op. Cit.

(12) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Cuba : la dissidence...», Op.Cit.

(13) HUMAN RIGHTS WATCH, « New Castro...», Op. Cit.

(14) RADIO FRANCE INTERNATIONALE, « Cuba : les candidatures des dissidents aux élections municipales invalidées », 15 novembre 2017, http://www.rfi.fr/ameriques/20171115-cuba-municipa... (Page consultée le 17 novembre 2017).

(15) DIARIO DE CUBA, « Why will the municipal elections be different this time ? », 5 juillet 2017, http://www.diariodecuba.com/cuba/1499257289_32342.html, (Page consultée le 17 novembre 2017).

(16) Loc. Cit.

(17) Loc. Cit.

(18) Loc. Cit.

(19) Loc. Cit.

(20) RADIO FRANCE INTERNATIONALE, Op Cit.

(21) Loc. Cit.

(22) ASSOCIATED PRESS, « Cuba opens 5-month transition likely to end Castro reign », National Post, 4 septembre 2017, http://nationalpost.com/pmn/news-pmn/cuba-begins-5... (Page consultée le 17 novembre 2017).

(23) LEOGRANDE, William M., « Cuba After Castro : the Coming Elections and a Historic Changing of the Guard », World Politics Review, 17 octobre 2017, https://www.worldpoliticsreview.com/articles/23394... (Page consultée le 17 novembre 2017).

Autre référence

(24) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Élections 2017-2018 : des dissidents se disent victimes d'“intimidation” », TVA, 24 août 2017, http://www.tvanouvelles.ca/2017/08/24/elections-20... (Page consultée le 13 novembre 2017).

Dernière modification: 2017-11-25 15:20:16

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016