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24 octobre 2017

Extension de la culture de coca en Bolivie : entre viabilité économique et conflit d'intérêts


Olivier Valois
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
2005
Élection d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie

juillet
2004
Référendum sur la gestion des hydrocarbures en Bolivie

octobre
1982
Accession de Hernan Siles Zuazo à la présidence de la Bolivie

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

juillet
1978
Renversement du gouvernement de Hugo Banzer en Bolivie

novembre
1975
Déclenchement de l'opération Condor

août
1971
Coup d'État contre le président Jose Torres en Bolivie

mai
1969
Création du Pacte andin

avril
1969
Décès du président bolivien René Barrientos Ortuño

octobre
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

avril
1952
Accession de Victor Paz Estenssoro à la présidence de la Bolivie

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

juillet
1946
Renversement du président bolivien Gualberto Villarroel

Le 8 mars 2017, le Parlement bolivien, appuyé par le président Evo Morales, promulgua la Loi générale de la coca. Ce texte de loi controversé augmenta la superficie des terres agricoles destinées à la culture de coca de 12 000 à 22 000 hectares (1). Alors que cette loi rapproche Morales de son désir de voir la coca légalisée et exportée, elle suscite opposition et inquiétude par son illégalité potentielle et l'attrait que la « feuille sacrée » représente pour le crime organisé.

Des inquiétudes justifiées

Selon Morales, ancien cultivateur de coca et dirigeant depuis 1996 du puissant syndicat des cultivateurs de coca des Six fédérations du tropique de Cochabamba, cette loi marque un point tournant (2). Cette nouvelle mesure législative cherche à réguler la fixation des prix, la production, le transport, la mise en vente et la promotion de la feuille de coca à l'état naturel (3). Morales a cependant dû composer avec une opposition aux préoccupations réelles et aux arguments forts convaincants.

L'opposition au Parlement bolivien a remis en question la viabilité des ambitions de Morales concernant l'exportation de la feuille de coca à l'international, car cela violerait les engagements internationaux boliviens. Bien que la production destinée à la consommation (mastication) de la feuille de coca sur le territoire bolivien soit permise depuis 2013, son exportation est, à ce jour, toujours illégale (4).

Localement, les producteurs de coca (cocaleros) de la région des Yungas, d'où proviennent traditionnellement les feuilles de meilleure qualité, se sont sentis lésés par le fait que la majeure partie des terres supplémentaires allouées sont situées dans la région du Chapare. C'est la province où Morales cultivait autrefois la coca (5). Ils ont dénoncé un favoritisme apparent et craignent que la culture soit plutôt destinée au trafic de drogue.

L'adoption de la loi survient en effet dans un contexte ou les cultures de coca illégales sont toujours bien présentes en Bolivie. Selon un rapport des Nations unies, plus de 18 000 hectares de culture de coca, considérée illégale, existaient en sol bolivien au début de la décennie (6). Les actions répressives menées contre la coca en Colombie ainsi que la fertilité et l'abondance des terres boliviennes auraient facilité la migration des mafias mexicaines et colombiennes vers la Bolivie (7).

La « feuille sacrée » : un legs culturel lucratif

La feuille de coca, considérée sacrée par les ancêtres incas, est encore très présente dans la culture andine (8). Certains attribuent cependant son essor en tant que ressource naturelle à l'appui exubérant de Morales envers sa culture. Des historiens reprochent à ce dernier d'avoir exagéré l'importance culturelle de la feuille de coca. Ils rappellent en effet que « [...] la consommation [...] était réservée avant la colonisation à des usages souvent religieux. [Elle] est devenue commune dans la population quand le colonisateur espagnol s'est rendu compte qu'elle favorisait le rendement des travailleurs dans les mines d'argent (9).»

La culture du coca est centrale à l'économie bolivienne, qui en est le troisième producteur mondial derrière le Pérou et la Colombie (10). En raison de la revente au marché noir, il est difficile de quantifier son apport économique. Un rapport de l'ONUDC de 2010 estimait toutefois que les ventes de feuilles de coca s'élevaient à 265 millions USD en 2009, soit 14 % des ventes totales du secteur de l'agriculture et 2 % du produit intérieur brut (PIB) (11). Outre la coca, le secteur de l'agriculture bolivien produit du soja, du quinoa, du café et du riz (12). Bien que ce secteur représente seulement 13,4 % du produit intérieur brut, il emploie près du tiers (29,4 %) de la main-d'œuvre bolivienne (13). C'est cependant le secteur des services qui représente la majeure partie de l'économie, soit 48,6 %, du PIB.

En étendant la culture de la feuille de coca, Evo Morales a prétendu rendre à la « feuille sacrée» sa dignité. Lorsque l'on considère les revenus générés ainsi que les intérêts de Morales rattachés à cette industrie, il semble cependant que la vraie « feuille sacrée » n'est pas la feuille de coca, mais bien les liasses de billets pour lesquels on l'échange.




Références:

(1) CAMPAIGNOLLE, Alice. «Bolivie : Morales promulgue une loi doublant la surface de culture de coca», RFI, [En ligne], 10 mars 2017, http://www.rfi.fr/ameriques/20170309-bolivie-moral... (Page consultée le 28-10-2017)

(2) BARBIER, Chrystelle. «La Bolivie lutte contre la cocaïne, mais défend la coca», Le Monde, [En ligne], 19 octobre 2015, http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/04/13/l... (Page consultée le 28-10-2017)

(3) GILCHRIST, Karen. « ‘Time to bury' US-led law, as Bolivia expands coca production», CNBC, [En ligne], 9 mars 2017, https://www.cnbc.com/2017/03/09/bolivia-expands-le... (Page consultée le 28-10-2017)

(4) CAMPAIGNOLLE, Alice, op. cit.

(5) Ibid.

(6) BÈLE, Patrick. «La culture de la coca se propage en Bolivie», Le Figaro, [En ligne], 7 janvier 2010, http://www.lefigaro.fr/international/2010/01/07/01... (Page consultée le 28-10-2017)

(7) Ibid.

(8) Ibid.

(10) BARBIER, Chrystelle, op. cit.

(11) UNODC. «Estado Plurinacional de Bolivia Monitoreo de Cultivos de Coca 2009», [En ligne], 2010, http://www.unodc.org/documents/crop-monitoring/Bol... (page consultée le 28-10-2017)

(12) CENTRAL INTELLIGENCE AGENCY. «Bolivia», [En ligne], 2016, https://www.cia.gov/library/publications/the-world... (Page consultée le 28-10-2017)

(13) Ibid.

Dernière modification: 2017-11-09 11:09:42

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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