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10 octobre 2017

Le parti politique One Nation : faire campagne sur le racisme en Australie


Maxime Gagné
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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2019
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2010
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septembre
1951
Signature du traité de l'ANZUS à San Francisco

juillet
1951
Lancement du plan de Colombo

Alors que la tendance internationale est de voir les partis d'extrême droite devenir plus forts, aller chercher plus de votes, voire même prendre le pouvoir à certains endroits, il est intéressant de porter un regard sur eux. D'où viennent-ils, pourquoi sont-ils populaires? Un cas intéressant est celui du parti One Nation, une formation anti-immigration en Australie.

« Je me sens étrangère dans mon propre pays »

On connaît aussi le parti One Nation sous le nom de Pauline Hanson's One Nation. En effet, cette femme est à l'origine de la création de cette formation politique. Avant de créer son propre parti, Pauline Hanson était sous la bannière libérale de John Howard.

Cependant, à la suite de propos controversés en lien avec l'immigration et la population autochtone, le parti l'expulse et elle devient indépendante (1). Celle-ci avait affirmé que l'immigration asiatique avait pour objectif, à court et moyen terme, de contrôler le pays. Elle avait alors lancé la phrase devenue célèbre : « Je me sens étrangère dans mon propre pays (2) ». Elle s'attaque également aux Aborigènes et aux indigènes du détroit de Torres parce qu'ils bénéficieraient de meilleures conditions financières que les Blancs. En 1997, Pauline Hanson créé donc un parti d'extrême droite anti-immigration, le One Nation party.

Selon Jean-Claude Patenaude du journal Le Devoir, ce parti était, à l'époque, voué à recueillir un petit nombre de votes aux élections du Queensland. Or, un jugement de la Cour suprême d'Australie a changé la donne et, du même coup, contribué à la popularité du parti (3). En effet, le jugement Wik permet aux peuples aborigènes de revendiquer une copropriété sur des terres occupées par des Blancs. Soulevant l'indignation au sein de la population, Pauline Hanson profite de la situation et s'approprie le vote des grands fermiers et éleveurs ainsi que des propriétaires miniers de la région. Dès 1998, le parti déjoue les sondages et obtient la balance du pouvoir dans le Queensland avec 23 % du vote populaire.

Des idées fortes et un parcours peu reluisant

Le parti One Nation n'a jamais été un joueur majeur dans la politique australienne. À vrai dire, la plus grande victoire de cette formation politique a été l'élection de 1998 dans l'État du Queensland où elle a pratiquement remporté le quart des votes (4). Cette élection et celle qui a suivi au niveau national, alors que le parti avait remporté 10 % des votes, constituent à ce moment le sommet du succès de One Nation.

Le parti a ensuite obtenu des résultats relativement faibles jusqu'aux dernières élections de 2016, alors qu'il a remporté quatre sièges au Sénat. Un nombre qui en a surpris plusieurs, alors que les sondages lui donnaient tout au plus deux sièges (5). Les quatre sièges obtenus donnent au parti One Nation la balance du pouvoir, ce qui oblige le gouvernement à prendre en considération ce dernier afin de pouvoir faire passer ses projets de loi.

Le parti s'est formé autour d'une idéologie anti-immigration. Les années 90 ont été pour One Nation une période marquée par la lutte contre l'immigration en provenance d'Asie. Les droits des Aborigènes étaient également fortement critiqués (6).

Aujourd'hui, la formation s'est tournée vers la contestation de l'Islam. Selon le parti, l'Islam ne serait pas une vraie religion, mais bien une idéologie politique construite pour diriger le monde (7). Il souhaite donc arrêter toute immigration musulmane existante, installer des caméras de surveillance dans les mosquées et les écoles, ouvrir les mosquées au public à tous moments et interdire les constructions autres que celles existantes. Il veut aussi bannir la certification Halal, obliger la prise de photo à visage découvert pour les cartes d'identité et, finalement, interdire la burqa et le niqab dans les lieux publics (8). Pauline Hanson, la chef du parti, a d'ailleurs fait une apparition portant la burqa au Sénat le 17 août 2017. Elle l'a portée pendant la période de questions avant de l'enlever pour faire un discours appelant à l'abolir (9).

Un pays d'accueil aux frontières étanches

L'Australie reçoit chaque année un nombre considérable d'immigrants. Le Bureau de la statistique australien estime qu'en 2016, 182 165 personnes auraient immigré au pays. Il s'agit d'une augmentation de 3 % par rapport à l'année précédente. Cet organisme estime également que les gens nés à l'extérieur du pays représentaient tout près de 30 % de la population totale (10). Les pays les plus représentés sont le Royaume-Uni avec 5 % de la population australienne, la Nouvelle-Zélande avec 2,5 %, la Chine avec 2,2 % et l'Inde avec 1,9 %. Suivent ensuite les Philippines, le Vietnam, l'Italie, l'Afrique du Sud et la Malaisie, représentant chacun 1 % de la population.

Le problème auquel l'Australie fait face n'est pas lié à l'immigration en soi. En effet, l'Australie compte sur un programme de réception d'immigrants et a également reçu des réfugiés syriens au cours des dernières années. C'est l'arrivée illégale de migrants par voie maritime qui engendre la polémique. Ces demandeurs d'asile ne sont pas admis sur l'île principale d'Australie et sont plutôt redirigés dans des camps de réfugiés sur les îles avoisinantes. Les conditions de vie y sont pénibles et les organisations internationales pour les droits de l'homme décrient la situation (11).

La situation n'est cependant pas prête de changer. Il n'y a pas que le parti One Nation qui soit en accord avec l'étanchéité des frontières. La situation stagne parce que les autres partis ayant partagé le pouvoir au cours des deux dernières décennies préfèrent aussi conserver le statu quo sur la question des camps de réfugiés, plutôt que de risquer de se mettre dans l'eau chaude (12).




Références:

(1) PATENAUDE, Jean-Claude, « Le phénomène Pauline Hanson en Australie : Élections controversées dans le Queensland », Le Devoir, 15 juillet 1998, p. A7.

(2) Loc. Cit.

(3) Loc. Cit.

(4) GIBSON, Rachel, Ian McAllister and Tami Swenson, « The politics of race and immigration in Australia: one Nation voting in the 1998 Election », Ethnic and Racial Studies, Vol. 25, No. 5 septembre 2002, pp. 823-844.

(5) KOZIOL, Machael, « The outcom 'nobody expected' : One Nation pivotal force in Australian politics », The Sydney Morning Gerald, 4 août 2016, http://www.smh.com.au/federal-politics/political-n... (Page consultée le 10 octobre 2017)

(6) PATENAUDE, Jean-Claude, Op. Cit.

(7) DORLING, Philip, « The American Far-Right Origins of Pauline Hanson's Views on Islam : Investagating One Nation's thinking », The Australia Institute, Janvier 2017, http://www.tai.org.au/sites/defualt/files/P317%20F... (Page consultee le 10 octobre 2017).

(8) ONE NATION, « Policies : Islam », 2015, http://www.onenation.com.au/policies/islam, (Page consultee le 10 octobre 2017).

(9) MURPHY, Katharine, « Pauline Hanson wears burqa in Australian Senate while calling for ban », The Guardian, 17 août 2017, https://www.theguardian.com/australia-news/2017/au... , (Page consultée le 10 octobre 2017).

(10) AUSTRALIAN BUREAU OF STATISTICS, « Migration, Australia 2015-16 », 30 mars 2017, http://www.abs.gov.au/ausstats/abs@.nsf/mf/3412.0/, (Page consultee le 10 octobre 2017).

(11) WESTON PHIPPEN, J., « Australia's Controversial Migration Policy », The Atlantic, 29 avril 2016, https://www.theatlantic.com/international/archive/... , (Page consultee 10 octobre 2017).

(12) Loc. Cit.

Dernière modification: 2017-10-15 08:10:12

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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