Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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19 septembre 2017

Algérie : un électorat qui brille par son absence


Pâris Psychogyios
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2007
Attentats terroristes en Algérie

avril
2001
Début du « printemps noir » en Algérie

septembre
1999
Tenue d'un référendum sur la politique d'amnistie en Algérie

septembre
1998
Création du Groupe salafiste pour la Prédication et le Combat en Algérie

novembre
1995
Élection de Liamine Zéroual à la présidence de l'Algérie

février
1995
Émeute dans la prison de Serkadji, en Algérie

février
1992
Proclamation de l'état d'urgence en Algérie

janvier
1992
Démission du président algérien Chadli Bendjedid

octobre
1988
Émeutes en Algérie

novembre
1982
Manifestation islamiste d'envergure en Algérie

avril
1980
Début du «printemps berbère» en Algérie

février
1979
Élection de Chadli Bendjedid à la présidence de l'Algérie

avril
1975
Visite en Algérie du président français Valéry Giscard d’Estaing

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

septembre
1973
Tenue d'une conférence des pays non-alignés à Alger

janvier
1971
Implantation d'une réforme agraire en Algérie

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1965
Renversement du président Ahmed Ben Bella en Algérie

octobre
1963
Déclenchement de la guerre des sables entre le Maroc et l'Algérie

C'est le 4 mai 2017 que l'Algérie a connu ses dernières élections législatives. Alors que les partis politiques commençaient leurs campagnes électorales, un vent de désespoir social traversait le pays, entraînant un désintérêt généralisé pour la politique (1). Si l'enjeu des élections de 2012 était celui de la participation, il ne fait aucun doute que la situation était identique en 2017. Aussi, le gouvernement a tout fait durant la campagne pour convaincre la population d'aller voter (2).

Une stagnation électorale

Au lendemain des élections, lors du dévoilement des résultats, peu étaient surpris de ne constater aucun changement dans le rapport de pouvoir entre les partis. Quatre partis ont présenté une liste électorale dans toutes les circonscriptions : le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND) et deux partis islamistes (3).

Créé en 1954, le FLN est au pouvoir depuis qu'il a amené l'Algérie à l'indépendance en 1962 (4). Il est sorti encore une fois gagnant des élections de 2017, avec 161 sièges sur 462, malgré une perte de 59 élus comparativement à 2012 (5). Il est suivi par le RND qui a quant à lui remporté 100 sièges, soit 32 de plus qu'en 2012 (6). Mis sur pied en 1997 (7), le RND existe dans le but d'avoir deux partis politiques majoritaires qui soutiennent et légitiment le pouvoir en place, ce qui explique la grande proximité idéologique et politique entre les deux partis (8).

Le troisième place va à l'Alliance HMS avec 34 sièges. Il s'agit d'un parti islamiste légaliste qui, par par des moyens de pression, vise la protection de la culture et de la langue arabe. Ce parti tente d'établir des bases islamistes en Algérie tout en reconnaissant les règles politiques en place et en y participant (9). Il est suivi par un autre parti islamiste, Tajamou Amal El Jazair, avec 20 sièges (10).

S'abstenir pour dénoncer

Cinq ans auparavant, l'aspect qui ressortait des élections législatives algériennes était le nombre important de citoyens n'ayant pas voté, avec une participation de seulement 43 % (11). Même si les politiciens ne s'en sont pas soucié dans les années suivantes, l'enjeu de la participation est devenu très important à la veille des élections de 2017. Deux groupes se font alors face : le gouvernement et une majorité silencieuse qui refuse d'aller voter.

Pour lutter contre ce silence, le gouvernement se lance dans une campagne de mobilisation publique pour sensibiliser la population à aller voter ou même, simplement, à s'inscrire sur la liste électorale (12). Mais la population, désabusée, n'accorde plus d'importance aux élections : des appels au boycottage pour dénoncer le gouvernement parcourent les médias sociaux, avec un certain succès (13). Même certains petits partis se joignent aussi au boycottage (14). La tension est telle que le gouvernement va jusqu'à traduire devant la justice un défenseur de ce boycottage (15). Au final, les élections enregistrent un taux de participation pire qu'en 2012, soit seulement 35 % (16).

Cet absentéisme électoral peut s'expliquer de différentes façons, mais il est certain que ce comportement révèle une rupture importante entre la population, les partis et le système politique. En effet, selon le chercheur Kader Abderrahim, une perte de confiance généralisée, visible à travers la population, est à la racine de ce désintérêt. Un gouvernement en place depuis des décennies, des candidats peu représentatifs et un manque de réel changement sont tous des facteurs qui encouragent la population à renoncer à son droit de vote (17). Pour les citoyens, « s'abstenir de voter consiste aussi à prendre position vis-à-vis des candidats, de l'élite dirigeante, de l'opposition et des valeurs que tous ces acteurs véhiculent (18) ».

Le portrait est sombre : des votes qui ne changent pas les résultats, une classe politique qui n'est pas à l'écoute de sa population, une administration corrompue, selon ce qu'avance le professeur Lahouari Addi (19), et des élections truquées d'après le sociologue Nacer Djabi (20), ne servant qu'à légitimer le pouvoir en place depuis 60 ans (21). Cela explique pourquoi l'Algérie est aux prises avec un important mouvement de contestation du système en place. Il est évident que pour redresser la situation, il faudra un changement fondamental dans le fonctionnement des élections, mais surtout, il faudra réellement retrouver le citoyen au centre des préoccupations du gouvernement.

Médiagraphie

(1) ABDERRAHIM, Kader, Élections législatives en Algérie : quels enjeux ?, IRIS, 27 avril 2017, [En ligne], [hyperlien] (Consultée le 15 septembre 2017)

(2) Loc. cit.

(3) AllAfrica, Algérie: Trois formations politiques et une alliance participent dans les 52 circonscriptions électorales, 7 mars 2017, [En ligne], [hyperlien] (Consultées le 16 septembre 2017)

(4) LE MONDE, En Algérie, les partis au pouvoir conservent, comme prévu, la majorité absolue, 5 mai 2017, [En ligne], [hyperlien] (Consultée le 16 septembre 2017)

(5) DUHEM, Vincent, Législatives Algérie 2012 : le FLN grand vainqueur, Jeune Afrique, 11 mai 2012, [En ligne], [hyperlien] Loc. cit.

(7) ADDI, Lahouari, Les partis politiques en Algérie, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, no. 111-1112, mars 2006, p. 139-162.

(8) ADDI, Lahouari, A quoi servent les partis politiques en Algérie ?, Le Quotidien d'Algérie, 21 janvier 2010, [En ligne], [hyperlien] (Consultée le 16 septembre 2017)

(9) ADDI, Lahouari, Les partis politiques en Algérie..., Op. Cit.

(10) LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL, Communiqué du 18 Mai 2017, 18 mai 2017, [En ligne], [hyperlien] class='liendanstexte' href='/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1482'>constitutionnel.dz/indexFR.htm (Consultée le 14 septembre 2017)

(11) ELECTION GUIDE, Election for Algerian National People's Assembly, mai 2012, [En ligne], [hyperlien] LE (Consultée le 16 septembre)

(12) ABDERRAHIM, Kader, Op. Cit.

(13) AKEF, Amir, En Algérie, des youtubeurs drôles et subversifs appellent au boycottage des élections, Le Monde, 3 mai 2017, [En ligne], [hyperlien] (Consultée le 16 septembre 2017)

(14) ABDERRAHIM, Kader, Op. Cit.

(15) Loc. Cit.

(16) ELECTION GUIDE, Election for Algerian National People's Assembly, mai 2017, [En ligne], [hyperlien] (Consultée le 15 septembre 2017)

(17) BOZONNET, Charlotte, Algérie : « Les votes blancs ont été plus nombreux que ceux pour le FLN », Le monde, 11 mai 2017, [En ligne], [hyperlien] (Consultée le 16 septembre 2017)

(18) AMADOUCHE, Louisa Dris- Aït, L'abstention en Algérie : un autre mode de contestation politique, no. 5, 2009, p. 263-273

(19) ADDI, Lahouari, Op. Cit.

(20) BOZONNET, Charlotte, Op. Cit.

(21) ABDERRAHIM, Kader, Op. Cit.



Dernière modification: 2017-09-25 12:12:04

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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