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7 octobre 2006

Dénouement du premier tour aux présidentielles brésiliennes : un scrutin mouvementé


Charles Métivier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2018
Élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil

avril
2018
Arrestation de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

août
2016
Destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff

août
2016
Ouverture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro

octobre
2014
Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

juin
2013
Manifestations d'envergure au Brésil

octobre
2010
Élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

juillet
2007
Présentation de la journée Live Earth

octobre
2006
Réélection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

mai
2006
Rébellion simultanée dans les prisons de Sao Paulo, au Brésil

octobre
2002
Élection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

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2001
Ouverture du premier Forum social mondial à Porto Alegre

avril
1993
Tenue d’un référendum sur le régime et le système politique au Brésil

décembre
1992
Démission du président brésilien Fernando Collor

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1992
Émeute dans la prison Carandriu de Sao Paulo, au Brésil

juin
1992
Ouverture du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro

mars
1991
Signature du traité menant à la création du Mercosur

janvier
1985
Élection de Tancredo Neves à la présidence du Brésil

janvier
1984
Création du Mouvement des Sans terre au Brésil

Le 1er octobre 2006, 125 millions de Brésiliens exercent leur droit de vote pour élire des députés, des gouverneurs, le tiers des sénateurs mais surtout un président. Si un candidat dépasse la barre de 50% des votes, celui-ci est automatiquement décrété gagnant. Luiz Inácio Lula da Silva, le président sortant, décroche après un décompte officiel : 48,6% des voix. Son plus proche rival, Geraldo Alckmin, obtient 41,6%, un score très respectable par rapport aux derniers sondages. Les deux autres candidats à la présidence, Heloisa Helena et Cristovam Buorque, recueillent respectivement 6,8% et 2,9% des votes.

N'ayant pu obtenir une majorité absolue, Lula doit donc affronter Alckmin lors d'un second tour le 29 octobre prochain.

Enjeux et thèmes de ce premier tour

La base électorale des candidats aux présidentielles est tranchée entre les bénéficiaires des programmes du gouvernement Lula et les autres... Accolés à la définition de clientélisme, tous les candidats ont une base électorale bien établie. Lula vise les parties pauvres du pays (nord-est), section qui lui est acquise par les mérites de ses deux précédents mandats. Geraldo Alckmin, de son côté, cible la classe moyenne et les pans plus riches (sud et sud-est), grands laissés pour compte des politiques sociales, en menant une campagne sur ses compétences techniques en tant qu'ancien gouverneur de l'État de Sao Paulo et en martelant le bilan économique de Lula.

La rhétorique du candidat travailliste, Lula, repose sur le combat contre la pauvreté initialement mené par son prédécesseur, Fernando Cardoso, mais repris et renforcé par l'ancien chef syndicaliste. Depuis son accession au pouvoir, le pouvoir d'achat du quart le plus pauvre de la population connaît une croissance quatre fois plus importante que celui du quart le plus riche (1). Concrètement, le programme «Bourse-famille» a distribué 4 milliards de dollars à 11 millions de familles, ou plus de 40 millions d'individus, afin que les enfants soient instruits et vaccinés(2). Parmi les autres réalisations dont Lula peut se vanter, soulignons la masse des salariés parmi les plus pauvres a augmenté et que l'inflation à trois chiffres, qu'a déjà connue le Brésil, a été ramenée au taux plus respectable de 4%(3).

Le cheval de bataille du principal candidat d'opposition, Alckmin, est une plate-forme électorale qui dénonce une dette publique atteignant les 400 milliards de dollars, un taux d'imposition élevé et un PIB de 3,5%, en deçà de celui d'autres économies en émergence : Russie (7%), Inde (9%) et Chine (11%) (4). Démographiquement, Alckmin est supporté par les classes moyenne et riche du Brésil qui n'ont pas profité de la création d'emplois pour les plus pauvres, ni d'une croissance bien en dessous du potentiel du pays et elles aimeraient certainement être exonérées d'un taux d'imposition de 37%, un des plus élevés en Amérique latine (5).

Le point tournant

Le président sortant, que l'on donnait facilement gagnant il y a quelques semaines, se trouve dans ce qui peut devenir une épreuve de force. Le candidat Alckmin, qui recueillait à peine 28% (6) des intentions de vote au début de septembre, rafle 41% au scrutin du 1er octobre. À seulement sept points de Lula, il devient un adversaire que le chef du Parti travailliste ne peut plus négliger.

Comment une avance aussi confortable que celle du président a-t-elle pu fondre en si peu de temps? Une thèse retenue par les médias brésiliens est le récent scandale dans lequel sont impliqués de proches collaborateurs du chef d'État. Quelques membres de l'équipe électorale de Lula ont été arrêtés par la police fédérale le 15 septembre, en possession de 800 000 dollars qui étaient destinés à acheter des informations compromettantes au sujet d'Alckmin. Suite à cet incident, Lula a déclaré son ignorance d'un tel complot et fait le ménage de son équipe électorale, renvoyant huit membres, dont six sont sous enquête par la justice brésilienne (7).

Un scandale de la sorte n'aurait pas provoqué un tel tollé s'il n'avait pas été instrumentalisé par Geraldo Alckmin. Au cours de la dernière année, des proches du gouvernement travailliste se sont retrouvé maintes fois sous les phares des médias relativement à des histoires de corruption, sans que cela n'affecte la cote de popularité du président. Alckmin, conscient que ses déclarations électorales à saveur économique ne portaient pas fruit face au taux d'inflation minime de 4%, a changé son fusil d'épaule. Dans les dernières semaines des élections, le discours d'Alckmin s'est transformé en une croisade morale dénonçant la corruption du Parti des travailleurs en cernant les vingt derniers mois de la campagne habités par les scandales dont Lula sait se défiler.

« N'importe qui sauf Lula » (8)

Mentionnons que la cote de Lula, initialement donnée à 53% (9), n'a fondu que de cinq points tandis que celle d'Alckmin, nouveau croisé des questions éthiques, a grimpé de quinze points. David Fleischer, un analyste politique établi à Brasilia, pense que ce score reflète l'écoeurement d'un électorat qui s'est rallié au poulain qui a le plus de chance de vaincre Lula : Alckmin. Celui-ci a su s'adjoindre les votes marginaux, les indécis et ceux qui ont eu la perception que le président sortant ne se souciait pas de l'entérinement démocratique d'un troisième mandat. En effet, Lula s'est fait discret tout au long de la campagne, refusant même de participer au débat télévisé deux jours avant de se rendre aux urnes (10).

Maintenant, il faut s'interroger sur la capacité d'Alckmin de rassembler les votes des candidats Heloisa Helena et Cristovam Buorque. Dans un discours au lendemain du premier tour, Helena avance qu'elle désire que ses supporteurs déposent des votes en blanc. Ce n'est rien qui puisse aider Alckmin, qualifié par la base électorale d'Helena de trop néo-libéral. Or, le Parti travailleur reçoit l'étiquette « d'organisation criminelle » (11). Les sept points récoltés par Helena sont volatiles et Lula, s'il sait maintenir son avance, n'a besoin d'attirer qu'un peu plus d'un point pour remporter une victoire. Il est impératif qu'Alckmin, ne possédant pas la réputation d'un brillant débateur selon la presse locale, exécute un coup d'éclat, car Lula a sous la cravate cinq élections présidentielles et les résultats concrets de ses deux mandats (12).




Références:

(1) DESROSIERS, Éric, « La constance du réformateur », Le Devoir, 2 octobre 2006, p.a5.

(2) BOKSENBAUM, Jean-Claude (avec AFP), « Élections au Brésil demain », Le Soleil, 30 septembre 2006, p.43.

(3) The Economist Intelligence Unit, « Brazil Politics: Lula's Second Chance », EIU ViewsWire, New York, 29 septembre 2006, s.p..

(4) DESROSIERS, Éric, « La constance...».

(5) Mac MARGOLIS, « Unlovely Landslide; Scandal-scarred Lula is heading for Victory, but his Honeymoon could be Short », Newsweek International Edition, 2 octobre 2006, p.0.

(6) GLOVER, Éric, « Lula, une victoire assurée pour un second mandat difficile », Courrier International, 14 septembre 2006, s.p..

(7) MacSWAN, Angus, « Le premier tour échapperait à Lula », Le Devoir, 2 octobre 2006, p.a1.

(8) McHAMON, Colin, « Brazilian President Confident: But Analysts warn Runoff Momemtum favors Challengers », Knight Ridder Tribune Business News, Washington, 3 octobre 2006, p.1.

(9) BOKSENBAUM, Jean-Claude (avec AFP), « Élections au Brésil... ».

(10) WHEATLEY, Jonathan, Financial Times, London (UK), 3 octobre 2006, p.8.

(11) OSAVA, Mario, « Elections-Brazil: Lula, Alckmin to meet in October Run-off », Global Information Network, New York, 3 octobre 2006, p1.

(12) OSAVA, Mario, « Elections-Brazil,... ».

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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