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23 octobre 2018

Allemagne : puissance économique n'est pas synonyme de puissance militaire


Eugénie Larente-Richer
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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À la suite de la chute du mur de Berlin, en 1989, et de la réunification de l'Allemagne, en 1990, les deux armées de la République démocratique allemande (RDA) et de la République fédérale d'Allemagne (RFA) se sont également unifiées. La National Volksarmee de la RDA a été dissoute et ses effectifs et bases joints à la Bundeswehr de la RFA (1). Que représente aujourd'hui celle-ci en tant que force armée et que sont ses implications et rôles sur la scène internationale ?

De l'équipement obsolète

En raison de l'adhésion de la RFA à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), en 1955, la RFA a été en mesure de constituer sa propre force armée de manière légitime. Depuis la création de la Bundeswehr en 1956, elle contribue donc à de nombreuses missions de l'OTAN (2).

Alors qu'il a été annoncé que l'Allemagne allait être à la tête de la force de réaction rapide de l'OTAN d'ici la fin de 2018, un rapport gouvernemental assez révélateur sur la situation de son armée témoigne des lacunes de la Bundeswehr, autant en ressources humaines que matérielles. En effet, le rapport gouvernemental, qui été rendu public par une fuite, a permis à plusieurs médias de conclure que l'armée allemande n'était pas prête à assumer une telle responsabilité (3).

Selon ce rapport, une grande majorité de l'équipement dont dispose l'armée ne serait pas en état de fonctionner. Les six sous-marins 212 A de l'armée seraient tous en cale sèche depuis la fin de 2017 en raison de problèmes techniques. Les 14 avions de transport militaire Airbus A400M ne seraient pas en état de voler. Alors que les hélicoptères Tigre CH-53 et NH-90 sont aussi cloués au sol pour des réparations, empêchant ainsi l'armée de l'air de procéder à ses formations et pratiques. Il en est de même pour les autres aéronefs de l'armée de l'air, soit des chasseurs Eurofighter et Tornado (4).

Les blindés ne sont pas en reste. Seulement 9 des 44 chars blindés Léopard 2 sont prêts au combat et des 14 blindés Marder, seulement trois fonctionnent. Le manque de pièces de rechange serait une des causes derrière ces nombreux problèmes mécaniques (5). La Bundeswehr projette toutefois de faire l'acquisition de plusieurs autres véhicules et aéronefs à court terme (6).

Le gouvernement allemand projette aussi d'augmenter les effectifs humains. Or, présentement, 21 000 postes d'officiers et de sous-officiers sont vacants (7). Ce manque de ressources humaines s'explique notamment par l'abolition en 2011 du service militaire obligatoire et de la professionnalisation de l'armée (8). L'objectif d'ici 2024 est d'ajouter 5000 soldats ainsi que 1000 civils aux troupes. Cette augmentation porterait le nombre total d'effectifs humains à 200 000 (9).

Ces hausses de personnel et d'équipements s'inscrivent dans un effort gouvernemental afin de moderniser l'armée allemande. Le gouvernement d'Angela Merkel souhaite augmenter le budget de l'armée à 1,5 % du produit intérieur brut (PIB) d'ici 2021. Actuellement, il se chiffre à 1,2 % du PIB, alors que le reste des pays membres de l'OTAN se sont fixé un objectif de 2 %. Cette hausse budgétaire sera la première depuis les années 90 (10).

Plusieurs membres de l'OTAN, notamment les États-Unis et la Pologne, accusent l'Allemagne de ne pas assez investir dans son armée, alors que son économie le lui permettrait largement. Le premier ministre polonais a même déjà qualifié l'Allemagne de resquilleur de l'Organisation (11).

Une Bundeswehr modeste à l'international

La Bundeswehr est aujourd'hui présente dans une douzaine d'États, notamment en Syrie, en Irak, au Mali, au Soudan et en Afghanistan (12). Considérant son passé historique, l'Allemagne semble toujours hésitante à intervenir massivement dans un conflit. Plusieurs acteurs s'attendent à ce que le pays prenne une plus grande place sur la scène internationale en raison de son pouvoir économique et de sa position géographique centrale en Europe. Or, cette dernière tient avant tout à conserver son équilibre politique et social national avant d'intervenir à l'international (13).

Selon Hans Stark, secrétaire général du Centre d'études des relations franco-allemandes, l'Allemagne adopte une « culture de retenue »(14). La population s'oppose d'ailleurs plus souvent qu'autrement à des interventions militaires qui pourraient s'avérer trop dangereuses et coûteuses (15).

L'Allemagne est également présente en Lituanie dans le cadre d'une intervention de l'OTAN dans les pays baltes. En effet, l'Organisation souhaite établir une présence avancée rehaussée dans ces pays, dans le but de démontrer l'unité et la force de son union face à d'éventuelles menaces en provenance de l'est (16).

À deux pas de l'ours russe

Depuis son sommet en 2016 à Varsovie, l'OTAN a effectivement déployé des forces en Pologne, en Estonie, en Lettonie et en Lituanie. Cette mesure vise à rappeler qu'une agression commise contre l'un des membres est une agression commise envers l'entièreté de l'Organisation. L'Allemagne est la nation cadre de la Lituanie afin de s'assurer que la Russie n'empiète pas sur son territoire (17).

L'Allemagne et la Russie possèdent des bons liens économiques et diplomatiques depuis plusieurs décennies, ainsi, sa présence en Lituanie n'est pas aléatoire. Selon Hans Stark, les relations russo-allemandes traverseraient toutefois une période difficile (18). Jéronimo Barbin, chercheur au Centre d'histoire militaire et des sciences sociales de la Bundeswehr à Potsdam, est également de cet avis. Selon lui, la Russie livre une « guerre hybride » à l'Allemagne et celle-ci aurait influencé les futures dépenses militaires de l'Allemagne ainsi que l'orientation de son armée (19).

En d'autres mots, la Russie aurait commis une série d'actes qui visaient directement à déstabiliser l'Allemagne. La Russie aurait notamment piraté les réseaux informatiques de la Bundestag et propagé une fausse affaire de viol par des soldats allemands en Lituanie. Les deux pays ont déjà connu de meilleurs liens diplomatiques, mais la Russie n'oserait pas commettre d'agression armée envers l'Allemagne. Elle risquerait trop (20).

La Bundeswehr est une armée en redéfinition et l'Allemagne doit se questionner sur le rôle qu'elle désire adopter sur la scène internationale tout en assumant ce que faire partie de l'OTAN ainsi que ses liens diplomatiques hors de celle-ci veulent dire.

Médiagraphie

(1) Frank Bötel, Marco Dames, « L'histoire de la Bundeswehr », Bundeswehr, 3 septembre 2017, [hyperlien] (19 octobre 2018).

(2) Loc. cit.

(3) Euronews, « L'armée allemande est-elle apte à combattre ? », 15 février 2018, [hyperlien] (19 octobre 2018).

(4) Agence France presse, « Un rapport juge l'état de l'armée allemande préoccupant », Le Point, 20 février 2018, [hyperlien] ( 19 octobre 2018).

(5) Loc. cit.

(6) Frank Bötel, op. cit.

(7) Agence France presse, op. cit.

(8) Central Intelligence Agency, « The World Factbook », [hyperlien] (19 octobre, 2018).

(9) Agence France presse, « L'Allemagne augmente les effectifs de l'armée », Le Figaro, 21 février 2017, [hyperlien] (19 octobre 2018).

(10) Le Point, op. cit.

(11) Loc. cit.

(12) Euronews, op. cit.

(13) Hans Stark, « La fin de la « culture de la retenue » ? La politique étrangère de l'Allemagne sous le gouvernement Merkel III », Allemagne d'aujourd'hui, 2017, [hyperlien] (19 octobre 2018).

(14) Loc. cit.

(15) Loc. cit.

(16) OTAN, « Renforcer la présence de l'OTANà l'est et au sud-est », 7 février 2018, [hyperlien] (19 octobre 2018).

(17) Loc. cit.

(18) Hans Stark, op. cit.

(19) Jéronimo Barbin, « La guerre hybride : un concept stratégique flou aux conséquences politiques réelles », Les champs de mars, 2018, [hyperlien] (19 octobre 208).

(20) Loc. cit.



Dernière modification: 2018-10-29 15:11:35

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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