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2 octobre 2018

Un espoir pour la paix au Soudan du Sud ?


Gabriel Grégoire-Mailhot
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

La République du Soudan du Sud obtenait son indépendance en 2011 à la suite d'années de conflits au sein du Soudan. Rapidement après sa sécession, en 2013, le jeune pays entrait dans une guerre civile dont il n'est toujours pas possible de voir la fin. Selon une étude récente du London School of Hygiene and Tropical Medicine, ce conflit aurait engendré environ 380 000 morts de manière directe et indirecte (1). Le 12 septembre 2018, nait toutefois une lueur d'espoir lorsque les responsables des deux camps signent un accord de paix.

Une guerre politique aux racines ethniques

Le conflit tire ses origines du limogeage du vice-président Riek Machar et des autres membres du gouvernement en juillet 2013 par le président Salva Kiir. Cet évènement se produit après que le vice-président ait annoncé qu'il souhaitait être candidat à la prochaine élection présidentielle (2). En décembre 2013, le conflit éclate officiellement lorsqu'une fusillade a lieu entre les deux clans au quartier général de la garde présidentielle (3). Les deux groupes accusent l'autre d'être responsable de l'attaque.

Ce conflit politique dégénère rapidement en guerre civile sur fond de division ethnique. Le Soudan du Sud est composé de plusieurs peuples distincts (4). Les deux protagonistes du conflit sont supportés par un groupe ethnique important : le président par les Dinkas, le vice-président par les Nuer (5). Cette dimension ethnique du conflit fait en sorte que les civils sont particulièrement affectés par les combats.

En effet, les conséquences de cette guerre civile sont très importantes pour la population. Les exactions sont très nombreuses dans ce conflit où le viol des prisonnières est accepté comme salaire au sein des groupes de soldats (6). Les situations de torture envers les hommes, les femmes et les enfants sont omniprésentes dans la guerre civile sud-soudanaise (7). Ensuite, la famine et les grands déplacements de population fuyant les atrocités de ces combats font en sorte d'augmenter grandement le nombre de victimes (8).

Un accord de paix peu convaincant

Le 12 septembre 2018, les deux protagonistes de ce conflit, Machar et Kiir, signent un accord de paix en Éthiopie. Il fait suite à plusieurs autres accords qui visent à ramener la stabilité dans le pays. Ainsi, plus tôt la même année, les deux hommes signaient un accord qui redonnait, entre autres, le poste de vice-président à Machar (9). Cet accord de paix semble soulever l'espoir de voir la fin des hostilités au Soudan du Sud.

Cependant, les organisations internationales, comme l'Union africaine, et les autres États qui interviennent dans ce conflit ne sont pas particulièrement confiants. L'une des raisons étant qu'un autre accord de paix avait été signé en 2015 et avait amené le retour du vice-président. Toutefois, il n'avait tenu que quelques mois avant que les combats reprennent et que le vice-président soit obligé de fuir en République démocratique du Congo (10).

L'une des raisons qui expliquent la difficulté de faire respecter les accords et maintenir la paix est le nombre de groupes armés impliqués dans le conflit. Il y en aurait une quarantaine maintenant (11). Ainsi, les deux représentants n'ont pas nécessairement le contrôle sur les actions de tous ces groupes.

Finalement, l'espoir d'un retour de la stabilité au Soudan du Sud, à la suite de l'accord de paix, semblait s'affaiblir à peine deux jours après sa signature. Effectivement, des combats entre les troupes pro-gouvernementales et des troupes de l'opposition éclataient le 14 septembre 2018 (12).

Ainsi, ce jeune pays, qui a connu plus longtemps la guerre civile que la paix, ne semble pas nécessairement être sur la voie d'une réconciliation à long terme. En fait, l'économie affaiblie, les famines, les traumatismes des nombreux crimes de guerre et les conflits ethniques laissent peu de place à l'espoir de retrouver la paix au Soudan du Sud.

Médiagraphie

(1) Le Monde, La guerre civile au Soudan du Sud aurait fait 380 000 morts selon une étude, 28 septembre 2018, URL [hyperlien] (consulté le 30 septembre 2018)

(2) Radio-Canada, Soudan du Sud, portrait d'un pays déchiré par la guerre, URL [hyperlien] (consulté le 30 septembre 2018)

(3) PRUNIER, Gérard, Au Soudan du Sud, l'écroulement des espoirs démocratiques, Le Monde diplomatique, Février 2014, p.12-13, [hyperlien] (consulté le 29 septembre 2018)

(4) DIFFALAH, Sarah, SOUDAN DU SUD. Les raisons d'un embrasement, L'Obs, 24 décembre 2013, URL [hyperlien] (consulté le 30 septembre 2018)

(5) loc.cit.

(6) Amnesty International, « If men are caught, they are killed, if women are caught, they are raped » South Sudan – Atrocities in equatoria regionturn country's breadbasket into a killing field, 2017, URL [hyperlien] (consulté le 29 septembre 2018)

(7) AFP, Des récits à glacer le sang sur les viols, mutilations et humiliations commis au Soudan du Sud, Radio-Canada, 23 février 2018, URL [hyperlien] (consulté le 30 septembre 2018)

(8) Médecins sans frontières, Soudan du Sud : une guerre civile dévastatrice, URL [hyperlien] (consulté le 30 septembre 2018)

(9) Jeune Afrique et AFP, Soudan du Sud : Salva Kiir et Riek Machar signent un accord sur le partage du pouvoir, Jeune Afrique, 5 août 2018, URL [hyperlien] (consulté le 1er octobre 2018)

(10) Les Echos, Le Soudan du Sud donne une nouvelle chance à la paix, 13 septembre 2018, URL [hyperlien] (consulté le 30 septembre 2018)

(11) AFP, Des récits à glacer le sang sur les viols..., op. cit.

(12) KOUASSI, Carole, Éruption de violence au Soudan du Sud, deux jours après la signature d'un accord de paix, AfricaNews, 14 septembre 2018, URL [hyperlien] (consulté le 30 septembre 2018)



Dernière modification: 2018-10-08 10:02:22

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