Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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17 January 2018

Vers une étrange répétition de l'histoire ?


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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En 1965, William S. Allen, un jeune historien américain, publia un livre, Une petite ville nazie, qui constitue une étude à la fois extraordinaire et des plus fascinantes. Entre 1965 et 2014, cet ouvrage fut réédité pas moins de 67 fois en anglais et en allemand, sans compter ses nombreuses éditions en français, espagnol et italien.

Partant d'une démonstration implacable basée sur des documents d'archives, d'articles de journaux et des entrevues de dirigeants de l'époque, Allen tente de répondre à la simple question « Comment cela a pu arriver? » Comment les nazis ont-ils pu prendre le contrôle aussi facilement pendant quelques années d'un pays aussi évolué et disposant d'institutions plus que millénaires comme l'Allemagne? Pour répondre à cette question, Allen fait la démonstration de la nécessité d'aller au-delà de la prise du pouvoir par Hitler au niveau national en faisant porter d'abord son attention sur la prise de contrôle des nazis au niveau local.

Utilisant le pseudonyme de Talburg pour Northeim, Allen fournit une description vivide des différents mécanismes utilisés par les nazis entre 1930 et 1935 pour prendre le contrôle de cette petite ville conservatrice de 10 000 habitants au centre de l'Allemagne. Ce faisant Allen démontre que le parti nazi a accédé au pouvoir, non par la force, mais en utilisant adroitement le fonctionnement des institutions démocratiques.

Durant les années 1920, Northeim fonctionnait sous un système démocratique où les sociodémocrates et les socialistes représentaient les principales forces politiques. Par exemple, en 1928, les partis extrémistes comme le parti national-socialiste (nazi) ou le parti communiste recueillaient chacun moins de 3 % des suffrages. Comment alors le parti nazi a-t-il pu obtenir à Northeim 28 % du vote en 1930 et 61 % en 1932?

Pour cela, les nazis ont su profiter de la crise économique de 1929 qui avait mis 25 % des travailleurs en chômage. Recourant à des techniques nouvelles de mobilisation de masse et à une rhétorique démagogique, les nazis décrivent les dirigeants sociodémocrates et socialistes, tant au niveau national que local, comme étant incompétents et corrompus, tout en promettant de relancer l'économie, de redonner sa grandeur à l'Allemagne et de redresser les torts créés par le Traité de Versailles.

Contrairement à la perception populaire, ce ne sont pas les chômeurs qui ont adhéré et voté pour le parti nazi entre 1930 et 1932. Ce sont les membres de la classe moyenne et de la bourgeoise, deux groupes non touchés directement par la crise économique, mais qui, ayant peur d'une révolution marxiste, ont délaissé le parti sociodémocrate pour embrasser la rhétorique nazie.

À partir de 1933, frappant tant à gauche qu'à droite, les nazis établirent au niveau local un climat de terreur où toute opposition ou même une simple dissension n'était plus permise. Plus question de résister. Exprimer une simple réserve devenait un luxe. Oublier de faire le salut nazi, regarder le dirigeant nazi local avec froideur ou quitter trop tôt une réunion devenait dangereux.

La république de Weimar fut ainsi anéantie sans qu'un coup ait été frappé. Les dirigeants sociaux-démocrates et socialistes qui avaient pourtant promis de résister, furent renvoyés de leur travail, chassés de leur maison, battus et emprisonnés « sans offrir la moindre résistance ».

Les nazis procédèrent, tant au plan local qu'au plan national, sans faire de coup d'État. Ils imposèrent différentes mesures quasi légales qui leur permirent en moins de six mois de dissoudre toutes les associations sociales, économiques et politiques non liées à leur parti et de prendre contrôle de toutes les institutions politiques gérant la ville, le comté et la province.

Dès juin 1933, la population était placée devant un fait accompli. Toute opposition organisée avait été anéantie. Les partisans de la démocratie firent le constat douloureux qu'une révolution était en marche et qu'il était impossible de l'arrêter. La dictature nazie était devenue une réalité quotidienne tant au plan national qu'au niveau local.

Les dirigeants sociaux-démocrates et les socialistes n'avaient pas vraiment compris la nature du nazisme. De même les membres des classes moyennes et de la bourgeoisie qui ont soutenu ouvertement le parti nazi ne comprirent malheureusement que trop tard l'ordre du jour exposé dans la plateforme nazie.

L'ouvrage d'Allen est encore aujourd'hui d'une troublante actualité. Avec la montée des partis et groupes extrémistes néo-fascistes partout en Europe et même aux États-Unis, tout démocrate doit avoir à l'esprit ce qui s'est passé en Allemagne durant les années 1920 et 1930. Aussi, Allen soulève une dernière question, compte tenu de la facilité pour un dirigeant démagogue de subvertir les institutions démocratiques, l'histoire pourrait-elle se répéter?

Si les démagogues d'aujourd'hui diffèrent de ceux des années 1920 et 1930, le message reste le même. Recourant au mensonge et à la manipulation, les démagogues d'aujourd'hui, comme ceux d'hier, misent sur « le même sentiment général de déconnexion et de désaffection de la population ».

En ce sens, Allen démontre que les extrémistes ne prennent pas toujours le pouvoir par la force militaire ou un coup d'État et qu'il est possible de profiter de la nature ouverte de la démocratie pour subvertir les institutions politiques démocratiques et instaurer une dictature. L'histoire tragique de l'Allemagne entre 1930 et 1935 en représente un vivide exemple.



Dernière modification: 2018-04-30 09:22:57

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