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26 septembre 2018

Attentats terroristes et tensions civiles au Mozambique


Olivier Brisebois-Bérubé
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mars
2019
Passage du cyclone tropical Idai sur le Mozambique

octobre
1994
Élection de Joachim Chissano à la présidence du Mozambique

octobre
1992
Signature d'une entente mettant fin à la guerre civile au Mozambique

octobre
1986
Décès du président mozambicain Samora Moisés Machel dans un crash d'avion

juin
1975
Proclamation d'indépendance de la République populaire du Mozambique

Alors que les grands médias occidentaux accordent beaucoup d'importance aux attentats terroristes en Europe et en Amérique, ceux commis ailleurs dans le monde sont souvent ignorés. Le 27 mai 2018, au Mozambique, un pays pauvre du sud-est de l'Afrique, des actes terroristes ont causé la mort de 10 personnes, sauvagement décapitées (1).

Un groupe radical qui sème la terreur

L'attaque s'est déroulée dans deux petits villages nommés Monjane et Ulumbi, situés dans la province de Cabo Delgado (2). Parmi les victimes, on compte «des enfants et le chef traditionnel du village [de Monjane] (3)». L'attaque visait à renverser l'ordre établi. Le groupe terroriste, qui avait pris le contrôle de Monjane, a ensuite été repoussé par les forces policières et militaires du pays, causant la mort de «deux policiers, d'un chef local et de quatorze “assaillants” (4)».

Le groupe terroriste islamique qui a perpétré ces attaques se nomme Ahlu Sunnah Wa-Jamaa et est surnommé Al-Shabab par les Mozambicains, en référence au groupe terroriste somalien (5). Formé en 2015, Ahlu Sunnah Wa-Jamaa aspire à former un État islamique. Il utilise les attentats et les actes violents afin de déstabiliser l'ordre établi (6). Selon l'Atlantic Council, un think tank américain, ce groupe serait très désorganisé et les assaillants agiraient principalement par petits groupes, de manière spontanée (7). Leurs membres, souvent pauvres et peu éduqués, utiliseraient la violence afin d'étendre leurs activités illégales, d'affaiblir les autorités en place et de propager leur influence dans nord du pays (8).

Des assaillants affaiblis, mais présents

Déjà en octobre 2017, à la suite d'une première attaque, le gouvernement avait tenté de détruire l'organisation en arrêtant environ 300 personnes, suspectées d'y être liées (9). Cette opération a évidemment affaibli le groupe, mais le nord du Mozambique grouille toujours de radicaux.

Selon les estimations, entre 350 et 1500 personnes seraient encore membres, ce qui illustre le manque d'informations que nous possédons (10). Néanmoins, il s'agit d'un nombre assez important pour inquiéter les autorités, d'autant plus que plusieurs facteurs créent la facilité de recrutement pour ces terroristes mozambicains.

Premièrement, l'économie du pays stagne et une large proportion de la population est sans emploi, principalement des jeunes (11). D'ailleurs, le gouvernement sera sans majeur apport d'argent jusqu'à 2028, année durant laquelle l'extraction de gaz, qui débutera en 2022, devrait commencer à générer des revenus (12). Cette pauvreté crée des inégalités, et encourage les jeunes à se radicaliser.

Deuxièmement, plusieurs marchés noirs rapportent gros au Mozambique, comme l'héroïne, l'ivoire ou encore le rubis (13). Or, ces terroristes utilisent ces sources de revenus.

Ensuite, le pays possède de nombreuses communautés religieuses. Celles-ci entretiennent des tensions, alors qu'Ahlu Sunnah Wa-Jamaa tente d'étendre son influence. Des raisons historiques expliquent aussi cette présence terroriste en Mozambique. En effet, au-delà du terrorisme international, l'Afrique est aux prises, depuis des décennies, avec du terrorisme national, très difficile à contrôler et, surtout, très violent (14). D'autres raisons, sociales, politiques et religieuses peuvent également expliquer l'apparition de ces groupes terroristes.

De graves répercussions

Le gouvernement du Mozambique lutte vigoureusement contre ce groupe et tente de freiner son recrutement. Toutefois, Ahlu Sunnah Wa-Jamaa a établi une stratégie afin de pouvoir entraîner de nouvelles recrues, sans craindre une répression gouvernementale. En effet, celles-ci sont envoyées en Tanzanie, puis parfois au Kenya ou en Somalie, pour ensuite revenir en sous-groupes attaquer des villages (15).

Ces attaques entraînent une instabilité dans le nord du pays. La population, effrayée par ce groupe terroriste, mais également par les troupes militaires, subit des tensions. Certains soutiennent le gouvernement, d'autres les assaillants (16). Dans ce contexte, les entreprises gazières et pétrolières ont des craintes pour la pérennité de leurs affaires (17). Plusieurs emplois locaux pourraient d'ailleurs être perdus si les combats continuent et poussent ces entreprises à fuir.

Pour le gouvernement, ces attaques créent une grande insatisfaction populaire, plusieurs clamant que les mesures prises visent autant les villageois que les terroristes (18). De nombreux citoyens demandent que des actions non-militaires soient prises.

Ainsi, alors que des élections nationales se dérouleront en 2019, ces défis de sécurité publique auront très certainement un rôle important à jouer sur la décision populaire (19).




Références:

(1) Central Intelligence Agency, «Africa : Mozambique», The World Factbook, 2018, URL https://www.cia.gov/library/publications/the-world... (Page consultée le 23 septembre 2018).

Le Monde, «Au Mozambique, dix personnes décapitées lors d'une attaque attribuée à des islamistes», 29 mai 2018, URL https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/05/29/... (Page consultee le 23 septembre 2018).

(2) AHMED, Ibrahim, «Experts Alarmed at Rise of Jihadi Terrorism in Mozambique», Voa news, 11 juin 2018, URL https://www.voanews.com/a/experts-alarmed-at-rise-... (Page consultée le 23 septembre 2018).

(3) Le Monde, Op. cit.

(4) Loc.cit.

(5) RFI, «Mozambique : qui sont les “shebabs” de Mocimboa da Praia», 1e juin 2018, URL http://www.rfi.fr/afrique/20180601-mozambique-terr... (Page consultée le 23 septembre 2018).

(6) Terrorism research & analysis consortium, « Ahlu Sunnah Wa-Jamo/Ansar al-Sunna (Shabaab) – Mozambique», URL https://www.trackingterrorism.org/group/ahlu-sunna... (Page consultée le 23 septembre 2018).

(7) WHOLLEY, James, «Islamist Terrorist in Mozambique: An Emerging Threat?», Atlantic Council, 21 juin 2018, URL http://www.atlanticcouncil.org/blogs/africasource/... (Page consultée le 23 septembre 2018).

(8) Loc. cit.

(9) HANLON, Joseph, «How Mozambique's smuggling barons nurtured jihadists», BBC, 2 juin 2018, URL https://www.bbc.com/news/world-africa-44320531... (Page consultée le 23 septembre 2018).

(10) MORIER-GENOUD, Éric, « Le Mozambique face à son “Boko Haram”», Le Monde, 14 juin 2018, URL https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/06/14/... (Page consultée le 23 septembre 2018).

(11) Terrorism research & analysis consortium, op. cit.

(12) HANLON, Joseph, Op.cit.

(13) Terrorism research & analysis consortium, op. cit.

(14) CILLIERS, Jakkie, «L'Afrique et le terrorisme», Afrique contemporaine, 2004, vol. 209, no. 1, URL https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine... (Page consultee le 23 septembre 2018).

(15) HANLON, Joseph, Op. cit.

(16) Loc. cit.

(17) MORIER-GENOUD, Éric, Op.cit.

(18) Loc.cit.

(19) HANLON, Joseph, op.cit.

Dernière modification: 2018-10-01 08:01:46

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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