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6 février 2018

La corruption étouffe la Bosnie-Herzégovine


Arnela Kovac
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

février
2002
Début du procès de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic

octobre
1999
Atteinte du cap des 6 milliards d'habitants sur la Terre

décembre
1995
Signature à Paris d'un accord de paix en Bosnie-et-Herzégovine

juillet
1995
Début d’un massacre à Srebrenica, en Bosnie-et-Herzégovine

Petit pays d'Europe de l'Est, la Bosnie-Herzégovine est peuplée aujourd'hui d'environ 3,5 millions d'habitants. Vingt-trois années se sont écoulées depuis la signature de l'accord de Dayton, mettant un terme à la guerre civile qui a déchiré le pays peu après son indépendance [1]. Toutefois, encore aujourd'hui, la situation économique et sociale ne semble pas totalement rétablie. Selon Dario Jovanovic, directeur de l'organisation non gouvernementale (ONG) Pod Lopum qui assure la transparence des élections, la corruption est présentement le plus grand problème du pays [2].

Système propice à la corruption

À la suite de l'accord de Dayton, en 1995, la Bosnie-Herzégovine est divisée en deux entités. Premièrement, il y a la République serbe de Bosnie au nord, ayant une population majoritairement orthodoxe. La deuxième entité est la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine. Peuplée principalement de musulmans et de catholiques, elle est divisée en 10 cantons [3].

En 2016, selon l'ONG Transparency international, le pays enregistrait un taux de corruption à 39 [4]. Ce taux est calculé sur une échelle de 100, 0 signifiant une corruption systémique et 100 l'absence totale de corruption. Toujours en 2016, l'indice de corruption du Canada était de 82 [5]. Afin d'établir cet indice, cette ONG utilise 12 sources de données différentes [6]. La pratique de la corruption au sein des administrations publiques en Bosnie-Herzégovine peut notamment s'expliquer par des aspects politiques et sociaux.

Tout d'abord, la structure du système politique demeure complexe. Pour un pays de seulement 3,5 millions d'habitants, on retrouve trois parlements, 1000 députés, 167 ministres et 13 ministères de l'Intérieur [7]. Selon la journaliste Zehra Sikias, « cette hyper segmentation et le morcellement du pays sont la clef du problème rendant plus facile la corruption [8]. » La pratique de la corruption au sein du système politique pourrait même retarder l'intégration de la Bosnie-Herzégovine à l'Union européenne (UE).

Ensuite, au niveau social, les tensions ethniques toujours présentes favorisent un environnement propice à la corruption. Selon Khaldoun Sinno, directeur adjoint de la délégation européenne à Sarajevo, le nationalisme devient un outil politique pour les dirigeants afin de conserver leur pouvoir [9]. La population étant toujours divisée, les possibilités d'une union citoyenne contre la corruption sont faibles. Le nationalisme devient un thème d'actualité omniprésent dans le but de détourner l'attention de la population des problèmes économiques et sociaux [10].

Une qualité de vie affectée

La Bosnie-Herzégovine est l'un des pays les moins développés dans la région des Balkans après l'Albanie et le Kosovo [11]. Selon OXFAM International, elle enregistre un taux de chômage de 44,5 % et 18 % de la population vit sous le seuil de la pauvreté [12].

De plus, accéder au marché du travail semble difficile. Près de la moitié des travailleurs sont engagés dans l'une des diverses administrations publiques grâce à des contacts personnels et non par mérite [13]. Par conséquent, près de 30 % de la population a recours à des pots-de-vin afin d'obtenir un emploi [14].

En raison du désir d'adhérer à l'UE, la lutte contre la corruption est envisageable pour le pays. En septembre 2016, elle a validé la candidature de la Bosnie-Herzégovine, ce qui signifie que des analyses sur les avancées économiques et la lutte contre la corruption seront effectuées par la Commission européenne au cours des prochaines années [15]. Ainsi, avant l'intégration dans l'UE, le pays devra considérer « des réformes socio-culturelles, dans l'État de droit et l'administration publique [16]».




Références:

[1] BARZEGAR, Karine, « La guerre de Bosnie (1992-95)», TV5 Monde, URL: http://information.tv5monde.com/info/la-guerre-de-... consulté le 5 février 2018

[2] SOLIS SANCHEZ, Antonio, «Corruption et nationalisme : les obstacles de la Bosnie vers son adhésion à l'UE», Euractiv, URL : https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-m... consulté le 5 février 2018

[3] loc. cit.

[4] Transparency International, « Corruption Perceptions Index 2016 »URL : https://www.transparency.org/news/feature/corrupti... consulté le 8 février 2018

[5] loc. cit.

[6] BRUEL, Benjamin, « Comment mesure-t-on la corruption dans le monde ? », Le Monde, URL : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/0... consulté le 8 février 2018

[7] SIKIAS, Zehra, « Corruption en Bosnie est le fléau numéro un, devant le nationalisme», BH info, URL : http://www.bhinfo.fr/corruption-en-bosnie-est-le-f... consulté le 5 février 2018

[8] loc. cit.

[9] SOLIS SANCHEZ, Antonio, op. cit.

[10] loc. cit.

[11] ROUY, Laurent, « Ras-le-bol en Bosnie contre la pauvreté et la corruption », Rfi, URL : http://www.rfi.fr/europe/20140209-ras-le-bol-bosni... consulté le 5 février 2018

[12] OXFAM, « Bosnie-Herzégovine », URL: https://www.oxfam.org/fr/pays/bosnie-herzegovine, consulté le 5 février 2018

[13] SOLIS SANCHEZ, Antonio, op. cit.

[14] SIKIAS, Zehra, op. cit.

[15] GOTEV, Gregori, «L'UE valide la candidature de la Bosnie-Herzégovine», Euractiv, URL: https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-m... consulté le 5 février 2018

[16] loc. cit.

Dernière modification: 2018-02-12 11:58:05

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Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

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