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30 septembre 2006

La complexification du monde et le nouveau visage des missions de maintien de la paix


Charles Métivier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2014
Élection présidentielle en Afghanistan

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

août
2009
Tenue d'une élection présidentielle en Afghanistan

octobre
2001
Bombardements par les Américains et les Britanniques en Afghanistan

septembre
1996
Prise de Kaboul, en Afghanistan, par les talibans

mai
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

juillet
1980
Boycott des Jeux olympiques de Moscou par des pays occidentaux

décembre
1979
Intervention militaire soviétique en Afghanistan

juillet
1973
Proclamation de la République d'Afghanistan

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

Traditionnellement, les missions de paix telles qu'entamées par le seul récipiendaire canadien du prix Nobel de la paix, l'ancien premier ministre Lester B. Pearson, consistaient en l'interposition d'une force internationale, mandatée par les Nations unies (ONU), entre deux belligérants étatiques qui ont entamé un processus de paix et acceptent la présence des Casques bleus. Le rôle de ces missions est de prévenir toute «menace» ou «rupture» de la paix. Soulignons, par exemple, la mission onusienne au Moyen-Orient (ONUST). En 1948, bien avant la création du concept de mission de paix, elle est la première opération militaire conjointe créée par une ONU naissante. Cette force multinationale surveille le cessez-le-feu multilatéral encore actif signé entre Israël et ses voisins arabes.

La faillite de l'État

Depuis la chute du mur de Berlin, en 1989, des dictatures et des régimes-marionnettes soutenus par l'un des deux blocs de la Guerre froide, ont perdu un important soutien financier et technique qui, à l'époque, était synonyme de stabilité intérieure. Conséquemment, des turbulences infraétatiques - sous la forme de conflits ethniques, partisans ou socio-économiques - s'enracinent en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient (1). Le conflit-type devient la guerre civile.

La Somalie reste le meilleur exemple d'un État qui a failli. Ancienne colonie, peuplée par diverses croyances et ethnies, aucun gouvernement n'y est reconnu car aucun groupe n'a les ressources disponibles pour exercer l'autorité et offrir des services publics, rôles classiques de l'État. Cette situation existe aussi dans plusieurs autres pays. L'analyste des conflits, Michel Fortmann, a comptabilisé six conflits interétatiques de 1989 à 1997, mais plus d'une centaine de conflits infraétatiques (2). La solution du Conseil de sécurité devant la complexification du monde est la création d'une nouvelle génération de missions de paix qui s'engage maintenant dans le conflit en imposant la paix (3).

Il faut imposer la paix...

Les missions de paix commandées par l'ONU ne peuvent plus que «maintenir» la paix, car un groupe sub-national ne peut légalement signer un traité de paix (4). Le conflit du XXIe siècle, la guerre civile, relève du droit interne du pays qui, du haut de sa souveraineté, est le seul à dicter les critères d'une réconciliation nationale. Témoin d'un conflit interne, la mission de paix n'a besoin que de l'accord du pays hôte car la voix d'un groupe sub-national n'est pas considérée. La seule exception historique est le discours de Yasser Arafat devant l'Assemblée générale alors qu'il représentait les Territoires palestiniens (5). Or, si les membres du Conseil de sécurité décident qu'une région en crise recèle une importance stratégique, alors une mission onusienne, qui devrait historiquement rester neutre, se range aux côtés de l'État sous la forme d'une force anti-insurrectionnelle. La mission-type est la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) déployée à l'intérieur des frontières afghanes, en date du 31 juillet 2006, qui traque et combat les talibans (6).

La condamnation du terrorisme

Une récente résolution du Conseil de sécurité condamne le terrorisme « quels qu'en soient les motifs, où qu'ils soient commis et quels qu'en soient les auteurs » (7). Les 191 États-membres de l'ONU n'ont pas intérêt à adopter une position nuancée au sujet du terrorisme qui cible toujours un membre de leur groupe sélect. Le terme « terroriste » devient un outil pour les pays aux prises avec des tumultes internes. Ceux-ci n'ont qu'à étiqueter leurs adversaires de « terroristes » pour légitimer l'usage de coercition contre eux. La Russie et la Chine favorisent une position aussi ferme afin de ne pas craindre le jugement de la communauté internationale sur le traitement qu'ils réservent respectivement à leurs minorités tchétchène, tibétaine et ouighour.

Tigre de papier?

Ce nouveau modèle de missions de paix est confronté à des rivaux sub-nationaux souvent mal définis, motivés et qui usent de tactiques de guérilla. Un pré-requis pour ces missions pourrait bien freiner les ardeurs : elles nécessitent d'imposantes ressources. Un spécialiste des États-Unis, Gilles Vandal, estime que la guerre en Irak dans laquelle les forces américaines imposent la paix - rôle similaire aux missions de paix onusiennes - absorbera 3 000 milliards US dans les dix prochaines années afin d'être un succès (8). Pour l'instant, seulement 10% de cette somme a été investie. Subséquemment, peut-on déjà craindre une crise du financement pour cette nouvelle génération de missions?




Références:

(1) M. FORTMANN, À l'Ouest rien de nouveau? « Les théories sur l'avenir de la guerre au seuil du XXIe siècle», Études internationales, XXXI, no 1, mars 2000, p.71.

(2) M. FORTMANN, À l'Ouest..., p.79.

(3) Conférence académique au printemps 2006 de Me Hugo LOISEAU, directeur du département de sciences politiques de l'Université de Sherbrooke, pendant laquelle il fait un survol des types de missions de paix et de leur nécessité.

(4) En droit international, un traité ne peut être signé et ratifié que par un État, d'où l'absurdité d'une telle démarche s'il n'y a qu'un seul État en cause dans un conflit.

(5) LE MONDE DIPLOMATIQUE, Speech by Yasser Arafat, United Nations General Assembly, New York, 13 novembre 1974.

(6) OTAN/NATO, Force internationale d?assistance à la sécurité (FIAS), Les dossiers de l'OTAN, [En ligne], http://www.nato.int/issues/isaf/index-fr.html, dernière modification 26 septembre 2006.

(7) Centre de nouvelles des Nations unies, Le Conseil de sécurité, réuni au sommet, condamne le terrorisme sous toutes ses formes, Résolution 1624, 14 septembre 2005, [tout l'article].

(8) Intervention du professeur de l'Université de Sherbrooke, Gilles Vandal, pendant une Conférence académique sur la situation du monde cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001 présentée le 26 septembre 2006 à l'Université de Sherbrooke.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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