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13 février 2018

Rohingyas : fuir pour survivre


Mélodi Rouillard
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2017
Déclaration des Nations unies sur la situation des Rohingyas au Myanmar (Birmanie)

novembre
2015
Élection au Myanmar (Birmanie) de la Ligue nationale pour la démocratie

avril
2012
Élection d'Aung San Suu Kyi à l'Assemblée du peuple au Myanmar (Birmanie)

novembre
2010
Libération d'Aung San Suu Kyi au Myanmar (Birmanie)

mai
2008
Cyclone au Myanmar (Birmanie)

septembre
2007
Début des manifestations de moines bouddhistes au Myanmar (Birmanie)

septembre
1988
Renversement du gouvernement de Maung Maung en Birmanie (Myanmar)

août
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

mars
1962
Renversement du gouvernement de U Nu en Birmanie (Myanmar)

novembre
1961
Entrée en fonction de U Thant au poste de secrétaire général des Nations unies

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

janvier
1948
Proclamation d'indépendance de l'Union birmane

Depuis 2017, la communauté internationale réclame l'arrêt des répressions du gouvernement birman envers les Rohingyas, une minorité musulmane. Considérés comme « une des ethnies les plus persécutées au monde » par l'Organisation des Nations unies (ONU), les Rohingyas fuient par milliers leur pays d'origine, le Myanmar (Birmanie), en quête de sécurité (1). Plusieurs observateurs craignent que la situation ait pris des tendances génocidaires. Pourtant, Aung San Suu Kyi, leader politique du Myanmar et récipiendaire du prix Nobel de la Paix en 2017, réfute toute accusation d'abus envers ce peuple (2).

Une répression qui ne date pas d'hier

Les Rohingyas, une minorité musulmane pratiquant une variante de l'islam sunnite, vivent principalement dans l'État d'Arakan, la région la plus pauvre du Myanmar (3). On estime leur nombre à un peu plus d'un million. Il faut dire que l'État birman compte près de 52 millions d'habitants et que la religion bouddhiste est pratiquée par 90 % de la population (4).

Si la situation des Rohingyas n'est médiatisée que depuis quelques années, la discrimination à leur égard remonte à 1970 (5). Sont-ils des autochtones ou des descendants de colons britanniques? C'est sur cette incertitude quant à leur véritable origine que le gouvernement birman justifie ses actions (6) : des restrictions leur sont imposées en matière de mariage, d'emploi, d'éducation, de liberté religieuse et de mouvement (7). En 1982, on leur empêche d'acquérir une pleine citoyenneté et, en 2015, on leur retire complètement leur droit de vote (8). Le gouvernement refuse même de reconnaître leur identité politique en niant l'existence du terme « Rohingyas » (9). Résultat : ils sont apatrides et ne bénéficient d'aucune protection physique ou légale.

Au cours de l'été 2017, l'Armée du Salut des Rohingyas de l'Arakan (ASRA) revendique des attaques contre des postes de police et de l'armée birmans. Conséquemment, le Myanmar déclare officiellement ce groupe rebelle comme groupe terroriste et amorce une campagne d'une violence inédite : viols, meurtres, incendies volontaires. L'armée détruit de nombreux villages et force plus de 650 000 Rohingyas à s'exiler vers d'autres États tels que le Bangladesh, l'Indonésie, la Thaïlande et la Malaisie (10). Après un mois, Médecins sans frontières (MSF) estime le nombre de morts à plus de 7 000. Malgré l'ampleur de cette crise humanitaire, les autorités myanmaraises ont interdit l'accès au site à toute organisation non gouvernementale mondiale (ONG).

Malaisie : un refuge incertain

Face aux agressions dont ils étaient victimes, les Rohingyas se sont dispersés dans quelques États à proximité. Le Bangladesh compte près de 900 000 personnes entassées dans des camps de réfugiés (11). Pour sa part, la Malaisie, peu connue en tant qu'acteur impliqué dans cette crise, compterait présentement 62 000 Rohingyas. Toutefois, ce nombre pourrait s'accentuer prochainement.

En effet, le premier ministre malaisien, Najib Razak, se désigne comme protecteur des Rohingyas. Il dénonce non seulement le silence de la leader myanmaraise, mais également l'attitude et les actions du gouvernement : « Le monde ne peut pas rester sans rien faire face à un génocide (12). »

Par contre, derrière ces allures de bienfaisance, plusieurs voient plutôt de l'opportunisme politique. De fait, le premier ministre Razak est mêlé à un grand scandale de corruption qui pourrait bien lui coûter les prochaines élections. La lutte qu'il mène pour les droits des Rohingyas lui vaut un appui considérable au sein de sa population à majorité musulmane (13).

De plus, il est important de rappeler que, comme plusieurs pays de cette région, la Malaisie n'a pas signé la Convention de l'ONU relative au statut des réfugiés de 1951 (14). Ainsi, lorsque les Rohingyas arrivent sur le territoire, ils sont traités comme des immigrants illégaux et doivent passer par des centres de détention pour une durée de temps indéfinie. Une fois de plus, ils sont sans-papiers et ils n'ont pas accès au système d'éducation et de santé (15).

Finalement, même si les Rohingyas profitent de l'appui de la communauté internationale, leurs options restent limitées. Ils sont contraints de se déplacer dans des pays qui ne possèdent ni la législation ni les moyens financiers adéquats pour les accueillir convenablement. C'est pourquoi l'ONU continue de faire pression sur les pays occidentaux pour qu'ils multiplient leurs efforts (16).




Références:

(1) LACAZE, Julie, L'histoire controversée des Rohingyas en Birmanie, National Geographic, En ligne, http://www.nationalgeographic.fr/histoire/lhistoir... page consultée le 9 février 2018

(2) COURRIER INTERNATIONAL, Birmanie. Rohingyas : les questions clés pour comprendre le conflit dans l'Arakan, 8 septembre 2017, En ligne, https://www.courrierinternational.com/article/birm... page consultée le 9 février 2018

(3) ALBERT, Eleanor, The Rohingyas Crisis, Council on Foreign Relations, 9 février 2018, En ligne, https://www.cfr.org/backgrounder/rohingya-crisis?g... page consultée le 10 février 2018

(4) GEOFFROY, Romain, Comprendre la crise des Rohingya en Birmanie, Le Monde, 18 septembre 2017, En ligne, http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/0... page consultée le 10 février 2018

(5) ALBERT, Eleanor, Op. Cit.

(6) LARMER, Brook, Rohingyas, le peuple qui n'avait plus de patrie, National Geographic, octobre 2017, En ligne, http://www.nationalgeographic.fr/photographie/rohi... page consultée le 10 février 2018

(7) ALBERT, Eleanor, Op. Cit.

(8) GEOFFROY, Romain, Op. Cit.

(9) ALBERT, Eleanor, Op. Cit.

(10) Loc. Cit.

(11) LACAZE, Julie, Op. Cit.

(12) COURRIER INTERNATIONAL, Conflit. Rohingyas : les mots qui fâchent entre la Birmanie et la Malaisie, 5 décembre 2016, En ligne, https://www.courrierinternational.com/article/conf... page consultée le 10 février 2018

(13) Loc. Cit.

(14) REUTERS, Malaysia ready to provide temporary shelter for Rohingya fleeing violence, 8 septembre, 2017, En ligne, https://www.reuters.com/article/us-myanmar-rohingy... page consultée le 10 février 2018

(15) BEMMA, Adam, Malaysia : A Rohingya safe haven ? Al Jazeera, 23 novembre 2017, En ligne, http://www.aljazeera.com/news/2017/11/malaysia-roh... page consultée le 10 février 2018

(16) ZILIO, Michelle, Canada urged to provide more aid for Rohingya muslims in Bangladesh, The Globe and Mail, 11 octobre 2017, En ligne, https://www.theglobeandmail.com/news/politics/cana... page consultée le 10 février 2018

Dernière modification: 2018-02-19 08:01:18

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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