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30 janvier 2018

Soixante-cinq ans plus tard : l'armée sud-coréenne plus forte que jamais


Mélodi Rouillard
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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1961
Renversement du gouvernement en Corée du Sud

avril
1960
Annonce de la démission du président de la République de Corée, Syngman Rhee

septembre
1950
Début du débarquement d'Incheon, en Corée du Sud

« L'armistice n'est que la suspension des hostilités, ce qui peut être ou ne pas être un premier pas vers une paix permanente (1). » C'est ce que Maxwell Taylor, commandant de la 8e armée américaine pendant la guerre de Corée, avait mentionné lors de la signature de la trêve le 27 juillet 1953. Soixante-cinq ans plus tard, la situation entre les deux Corées est toujours aussi tendue (2). Cependant, si une seconde guerre venait à être déclenchée, est-ce que les rapports de force seraient les mêmes qu'à l'époque? Sachant que l'armée sud-coréenne est maintenant considérée comme une des plus puissantes au monde, la question se pose.

Un effectif et un budget impressionnants

L'armée sud-coréenne compte trois divisions générales. La plus importante est l'armée de terre (3). Celle-ci rassemble à elle seule près de 495 000 hommes (4). Sa principale responsabilité est d'assurer le maintien de la sécurité et de l'intégrité territoriale du sol sud-coréen, notamment au niveau de la zone démilitarisée située au 38e parallèle. La Corée du Sud considère qu'il est crucial de concentrer la plus grande partie de ses troupes à cette frontière longue de 257 km, compte tenu de la supériorité numérique de l'armée nord-coréenne (5).

Ensuite, l'armée de l'air et la marine, qui rassemblent beaucoup moins de membres, forment les deux autres divisions. Au total, on estime les effectifs de l'armée à environ 600 000 soldats (6). Il est important de mentionner qu'à la veille du déclenchement de la guerre de Corée, ce nombre ne s'élevait qu'à 100 000 (7).

Du côté budgétaire, l'État sud-coréen a investi en 2017 10 % de la totalité de son budget pour la défense, soit un montant de 34 milliards de dollars américains (8). Ce nombre constitue non seulement un record en matière de financement dans ce secteur, mais il représente également un bond de 4 % par rapport à l'année précédente (9). Le gouvernement sud-coréen explique cette augmentation par l'accroissement de la menace nord-coréenne au cours des dernières années.

Nord contre Sud, des avantages de part et d'autre

Et si les hostilités reprenaient, qui de l'armée sud-coréenne ou nord-coréenne remporterait l'affrontement? En fait, les deux formations possèdent leurs avantages et leurs faiblesses qui laissent croire que la victoire ne serait pas facile à obtenir, ni pour l'une ni pour l'autre.

Lorsque l'on regarde les chiffres, on constate que l'armée nord-coréenne domine à divers niveaux. Premièrement, on compte 1,19 million d'hommes dans ses rangs (10). C'est notamment en raison du service militaire obligatoire d'une durée de 3 à 12 ans que l'on dénombre autant de soldats dans cette formation. Deuxièmement, la Corée du Nord possède aussi un plus grand éventail de matériel de guerre : chars de combat, sous-marins, artillerie, chasseurs, bombardiers, etc. (11).

Cependant, son arsenal de guerre est qualifié d'obsolète puisqu'une grande partie de celui-ci date de l'ère soviétique, contrairement à l'équipement sud-coréen qui se trouve à la fine pointe de la technologie (12). De cette manière, l'immense armée nord-coréenne est surpassée par la supériorité technologique de son voisin du sud. À cet effet, il faut dire que le produit intérieur brut (PIB) de la Corée du Sud est 50 fois plus important que celui de la Corée du Nord et qu'elle dépense 5 fois plus que cette dernière en matière de défense (13).

Ainsi, sur le plan conventionnel de la guerre, l'avantage appartient aux Sud-Coréens. Toutefois, les investissements de la Corée du Nord dans ses capacités non conventionnelles (balistique, nucléaire, chimique et biologique) lui accordent un réel avantage dans un conflit potentiel (14). En effet, à la suite de multiples essais, le chef d'État nord-coréen, Kim Jong-un, a annoncé en novembre 2017 avoir finalement atteint l'objectif de devenir un État possédant l'arme nucléaire (15). Plusieurs experts s'entendent pour dire que cette arme est la seule option que la Corée du Nord détient pour éviter une défaite militaire (16). Cependant, les nombreuses relations diplomatiques de la Corée du Sud, notamment avec les États-Unis, pourraient en dissuader l'usage.

Une « alliance forgée dans le sang »

L'alliance entre les États-Unis et la Corée du Sud est l'une des plus solides dans le monde. Celle-ci a été officialisée le 1er octobre 1953, aux lendemains de la guerre de Corée, avec la signature d'un traité de défense mutuelle (17). Suivant un principe semblable à celui de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), les deux États s'engagent à se prêter assistance lorsque l'un d'eux est menacé.

Au cours des dernières décennies, l'appareil militaire américain a eu une influence non négligeable sur le secteur militaire sud-coréen. D'une part, la structure militaire de l'armée sud-coréenne, soit la hiérarchie et les procédures, est calquée sur le modèle américain (18). D'autre part, les Américains ont fourni non seulement du matériel militaire, mais aussi de l'expérience opérationnelle aux troupes sud-coréennes (19). Lors de déploiements au Vietnam (1964-1973), en Afghanistan (2002-2007) et en Irak (2004-2008), l'armée sud-coréenne a accompagné les troupes américaines dans plusieurs interventions, même si elle n'en retirait aucun avantage direct (20).

Même si l'alliance entre les deux États tend aujourd'hui à se centrer davantage sur l'aspect économique, le traité de défense mutuelle demeure intact. Actuellement, plus de 28 500 soldats américains sont déployés en permanence sur les bases militaires sud-coréennes, ce qui en fait le 3e plus important déploiement des États-Unis (21). L'administration de Donald Trump, le 45e président des États-Unis, a aussi participé activement aux dernières turbulences diplomatiques de la péninsule coréenne. De plus, il ne cache pas son désir de vouloir participer aux récents dialogues entre les deux Corées (22).

Finalement, l'armée sud-coréenne, par son avancement technologique et le soutien pratiquement inconditionnel des États-Unis, constitue une des plus fortes au monde. Cependant, avec l'attitude de la Corée du Nord, qui oscille entre démonstrations de force répétées et « rapprochements olympiques », il est difficile pour la Corée du Sud et l'ensemble de la communauté internationale d'anticiper les développements futurs dans ce dossier.




Références:

(1) TUCKMAN, Robert, 27 juillet 1953 : L'armistice est enfin signé en Corée, Le Devoir, 29 juillet 2009, En ligne, http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci... page consulté le 28 janvier 2018

(2) STILWELL, Blake, Here's who would win in a war between North and South Korea, Business Insider, 9 août 2017, En ligne, http://www.businessinsider.com/heres-who-would-win... page consultée le 28 janvier 2018

(3) HÉMEZ, Rémy, Corée du Sud, la septième armée du monde ?, Laboratoire de Recherche sur la Défense (IFRI), septembre 2017, En ligne, https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/fil... p.27, page consultée le 28 janvier 2018

(4) Loc. Cit.

(5) MIZOKAMI, Kyle, Could South Korea's army stop an invasion by North Korea, National Interest, 22 septembre 2017, En ligne, http://nationalinterest.org/blog/the-buzz/could-so... page consultée le 28 janvier 2018

(6) HÉMEZ, Rémy, Op. Cit., p. 27

(7) Loc. Cit.

(8) PARAMESWARAN, Prashanth, South Korea boosts defense budget amid rising North Korea, The Diplomat, décembre 2016, En ligne, https://thediplomat.com/2016/12/south-korea-boosts... page consultée le 28 janvier 2018

(9) Loc. Cit.

(10) HÉMEZ, Rémy, Op. Cit., p. 13

(11) SPUTNIK NEWS, Rapports de force sur la péninsule de Corée, 4 avril 2013, En ligne, https://fr.sputniknews.com/infographies/20130404197990184/, page consultée le 28 janvier 2018

(12) BLAIR, David, North Korea V South Korea : How the countries' armed forces compare, The Telegraph, 15 septembre 2015, En ligne, http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/nor... page consultée le 28 janvier 2018

(13) STILWELL, Blake, Op. Cit.

(14) HÉMEZ, Rémy, Op. Cit., p. 13

(15) EUN-JI, Bahk, North Korea says it has achieved goal of becoming nuclear state, The Korea Times, 29 novembre 2017, En ligne, http://www.koreatimes.co.kr/www/nation/2018/01/103... page consultée le 28 janvier 2018

(16) BLAIR, David, Op. Cit.

(17) HÉMEZ, Rémy, Op. Cit., p. 32

(18) YEONG, Han Jae, La Corée et les États-Unis : une relation particulière, Bulletin de l'Institut Pierre Renouvini, 2011, En ligne, https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institu... page consultée le 28 janvier 2018

(19) Loc. Cit.

(20) HÉMEZ, Rémy, Op. Cit., p. 33

(21) Loc. Cit.

(22) THE KOREA TIMES, Trump hopes inter-Korean talks go beyond Olympics, 7 janvier 2018, En ligne, http://www.koreatimes.co.kr/www/nation/2018/01/103... page consultée le 28 janvier 2018

Dernière modification: 2018-02-05 11:35:42

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