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24 mars 2019

Persécution des musulmans en Chine


Xavier Morin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Un million d'Ouïghours sont actuellement détenus dans la région du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. Les membres de cette minorité musulmane sont internés dans des camps, auxquels Beijing essaie de donner une base légale après avoir longtemps nié leur existence. Les Ouïgours sont un peuple turcophone et musulman sunnite présent en Asie centrale, mais surtout en Chine où ils sont plus de 10 millions (1).

L'islam : une maladie mentale selon le gouvernement chinois?

Depuis le printemps 2017, le pouvoir chinois a développé l'internement à grande échelle de citoyens musulmans de la province du Turkestan oriental (ou Xinjiang). Selon de multiples témoignages et enquêtes, environ 10 % de la population issue des minorités musulmanes de la région serait détenue dans des dizaines de centres de détention extrajudiciaires. Dans une région située à 3000 kilomètres de Pékin et soumise à un contrôle policier de type totalitaire, la liste des infractions susceptibles d'envoyer un habitant derrière les barreaux sans procès est très longue: ne pas boire d'alcool ou fumer, utiliser la messagerie Whatsapp, être jeune et porter une longue barbe ou un foulard, refuser de livrer ses données biométriques, participer à des funérailles traditionnelles, etc (2).

Le but de ces détentions est d'obliger les musulmans à renoncer à leur identité religieuse, en les forçant à chanter les louanges du Parti communiste chinois (PCC) et à dénigrer leur propre culture. Parallèlement, les autorités chinoises ont lancé une campagne contre la nourriture halal dans la ville d'Urumqi, la capitale régionale. Sous la pression du Parti, les fonctionnaires municipaux ont dû s'engager, sous serment, à ne pas en consommer : «Je crois au marxisme-léninisme. Je lève l'étendard et combats jusqu'au bout la mode du halal, ferme dans ma croyance, et même jusqu'à la mort (3).» Les cadres locaux du PCC ont reçu l'ordre de diffuser le serment à titre personnel sur les réseaux sociaux.

Les camps d'internement sont des sites où la peur, la violence physique, les traumatismes psychologiques et les abus émotionnels font partie du quotidien des détenus. Ces derniers sont alors forcés de renoncer à l'islam, que l'État qualifie de maladie mentale, et de rejeter les coutumes distinctes ouïgoures qui sont profondément liées à leur foi.

De plus, ce programme d'endoctrinement n'est pas réservé qu'aux adultes. En effet, l'État gère également des orphelinats pour enfants musulmans ouïghours enlevés à leurs parents. Leur rééducation a pour but de les déconnecter de leur foi islamique et de leur héritage ethnique. Dans ces orphelinats déguisés en écoles, la Chine convertit les générations futures d'enfants musulmans ouïghours en sujets loyaux embrassant l'athéisme et les coutumes traditionnelles chinoises. Ainsi, on les force à renier leur famille et à adopter la vision de Beijing afin de détruire le peuple musulman ouïghour (4).

Réaction mitigée de la communauté internationale

C'est sous la pression internationale, particulièrement du Congrès américain et du Canada, que la Chine a finalement reconnu l'existence de ces camps de rééducation dans le nord-ouest du pays. Dans un rapport du Congrès américain sur les droits de l'Homme en Chine, des élus républicains et démocrates soutiennent que les autorités chinoises mènent une répression sans précédent contre la minorité ouïghoure, ce qui pourrait constituer un crime contre l'humanité (5).

Selon Sophie Richardson, directrice de Human Rights Watch (HRW) en Chine, une organisation non gouvernementale (ONG) spécialisée dans la protection des droits de l'Homme : «Pékin pense qu'il pourra s'en sortir avec sa propagande, mais cela n'arrivera pas tant que des observateurs indépendants iront là-bas pour faire une évaluation crédible (6).»

À cet égard, une quinzaine d'ONG, dont Amnistie internationale et Human Rights Watch, ont réclamé la création d'une enquête de l'Organisation des Nations unies (ONU) sur la détention des Ouïgours. D'ailleurs, le secrétaire général d'Amnistie internationale, Kumi Naidoo, a qualifié la région du Xinjiang de prison à ciel ouvert : «Un lieu où la surveillance avec haute technologie, l'endoctrinement politique, l'assimilation culturelle forcée, les arrestations arbitraires et les disparitions ont conduit les minorités ethniques à devenir des étrangers sur leur propre terre (7).»

Par ailleurs, pour Sean Roberts, professeur à l'université de Washington et ancien fonctionnaire de l'Agence américaine pour le développement international, il n'y a que très peu d'États ayant clairement pris position sur la question ouïghoure. Certains pays relativement petits, mais jouissant d'une certaine influence, viennent même au secours de la Chine dans l'espoir d'y trouver un intérêt commercial. Par exemple, lors de l'été 2018, la Grèce a bloqué une déclaration commune de l'Union européenne visant à condamner les atteintes chinoises aux droits de l'Homme dans le cas des Ouïgours (8).

Aussi, l'apparente indifférence des gouvernements est étonnamment frappante lorsqu'elle concerne des États à majorité musulmane, pourtant prompts à se rallier à la cause palestinienne. Effectivement, les principaux pays du Moyen-Orient ne s'expriment pas sur ce sujet, soucieux de maintenir leurs relations avec Beijing, un important partenaire commercial. De nombreux gouvernements musulmans ont renforcé leurs liens diplomatiques avec la Chine et certains l'ont même soutenue dans sa campagne de persécution. En 2018, l'Égypte a notamment renvoyé plusieurs Ouïgours en Chine, où ils ont été condamnés à des peines de prison sévères. La Malaisie et le Pakistan on fait de même en 2011. Pour Simone van Nieuwenhuizen, experte en relations sino-orientales à l'Université de technologie de Sydney, de nombreux États du Moyen-Orient sont dépendants économiquement de la Chine, ce qui explique leur inaction (9).

Une question de sécurité intérieure pour les autorités chinoises

Après une série d'attaques violentes contre le gouvernement organisé par des Ouïgours, faisant plus de 30 morts et une centaine de blessés, le chef du Parti communiste, Xi Jinping, a intensifié la répression afin de protéger la population chinoise. Selon les autorités chinoises, les extrémistes ouïgours s'entrainent avec le groupe armé État islamique. Beijing demande donc à la communauté internationale de l'appuyer dans ce qu'elle juge être une menace terroriste contre sa population (10).

Selon la télévision centrale de Chine (CCTV), le Xinjiang est toujours sous l'influence combinée de séparatistes, d'extrémistes religieux et de terroristes. En tant que pays de droit, la Chine dit respecter et protéger les droits de l'Homme conformément à sa Constitution. De la sorte, le gouvernement chinois s'oppose fermement à toutes les formes de terrorisme et d'extrémisme. Il continuera de frapper fort, conformément à la loi, contre tout comportement prônant l'extrémisme et contre tout acte impliquant l'organisation, la planification et la réalisation d'activités terroristes dans la région (11).

Enfin, dans un communiqué, le gouvernement chinois a précisé que la lutte de la Chine contre le terrorisme et l'extrémisme est un élément important de la même bataille menée par la communauté internationale. Celui-ci ajoute que cette lutte correspond aux objectifs et principes de l'ONU : « […] ce n'est qu'en renforçant notre communauté, en abandonnant les doubles normes, en renforçant la confiance politique mutuelle, en parvenant à un consensus stratégique et en favorisant les échanges et la coopération, que nous pourrons effectivement lutter contre le terrorisme dans l'intérêt de la paix et de la stabilité mondiale (12).»




Références:

(1) Fabien Leboucq, «Est-ce que la Chine considère l'islam comme une maladie mentale?» Libération, 15 octobre 2018, URL https://www.liberation.fr/checknews/2018/10/15/est... (consulté le 22 mars 2019)

(2) Laurence Defranous, , «La Chine reconnait l'existence de camps de détention pour musulmans», Le Devoir, 15 octobre 2018, URL https://www.ledevoir.com/monde/asie/539063/la-chin... (consulté le 22 mars 2019)

(3) Cyrille Pluyette, «La Chine légalise les camps de rééducation pour Ouïgours», Le Figaro, 12 octobre 2018, URL http://www.lefigaro.fr/international/2018/10/11/01... (consulté le 22 mars 2019)

(4) Khaled A Beydoun, «For China, Islam is a mental illness that needs to be cure», Al Jazeera, 28 novembre 2018, URL https://www.aljazeera.com/indepth/opinion/china-is... (consulté le 22 mars 2019)

(5) Cyrille Pluyette, op.cit

(6) Anyck Béraud, «Musulmans internés en Chine, une justification contestée», Radio-Canada, 18 octobre 2018, URL https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1130446/musul... (consulté le 22 mars 2019)

(7) Agence Franc-Presse, «Ouïghours détenus en Chine : des ONG réclament une enquête de l'ONU», La Presse, 4 février 2019, URL https://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie... (consulté le 22 mars 2019)

(8) Akbar Shahi Ahmed, «Les intérêts économiques internationaux au-dessus des droits d'1 million de musulmans emprisonnés en Chine», Huffingtonpost, 23 aout 2018, URL https://www.huffingtonpost.fr/2018/08/22/les-inter... (consulté le 22 mars 2019)

(9) Nithin Coca, «Islamic Leaders Have Noting to Say About China's Internment Camps for Muslims», Foreign Policy, 24 juillet 2018, URL https://foreignpolicy.com/2018/07/24/islamic-leade... (consulté le 22 mars 2019)

(10) Yvan Côté, «La Chine et les Ouïgours, lutte contre le terrorisme ou répression?», Radio-Canada, 23 aout 2016, URL https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/779321/ouigou... (consulté le 22 mars 2019)

(11) Zhang Jianfeng, «China issues white paper on anti-terrorism, human rights protection in Xinjiang», CCTV, 18 mars 2019, URL http://english.cctv.com/2019/03/18/ARTItC4r4sMCRoE... (consulté le 22 mars 2019)

(12) Loc. cit

Dernière modification: 2019-03-31 22:09:14

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