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12 février 2019

Madagascar : le nouveau président Andry Rajoelina tient sa revanche


Gastury Chandrajegatheesan
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2016
Ouverture du seizième Sommet de la Francophonie

mars
2009
Renversement du président malgache Marc Ravalomanana

février
1993
Élection d'Albert Zafy à la présidence de Madagascar

juin
1991
Contestation populaire à Madagascar

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

septembre
1984
Émeutes du «Kung Fu» à Madagascar

décembre
1975
Instauration de la deuxième République à Madagascar

mai
1972
Protestations étudiantes à Madagascar

avril
1971
Soulèvement du Monima et déclenchement d'une crise au Madagascar

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

juin
1960
Proclamation de l'indépendance de Madagascar

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Madagascar déclare Andry Rajoelina vainqueur de l'élection présidentielle du 19 décembre 2018 après la contestation des résultats par son adversaire, l'ancien président Marc Ravalomanana. Ce second tour de l'élection de 2018 met en scène un duel entre deux anciens présidents.

Une victoire contestée

La République de Madagascar repose sur un système électoral majoritaire uninominal à deux tours, dans lequel le président de la République peut gouverner sans nécessairement obtenir la majorité parlementaire. C'est un régime semi présidentiel où le pouvoir exécutif est partagé entre le chef de l'État, qui est le président de la République, et le chef du gouvernement, qui est le premier ministre. Si le président de la République est en exercice et souhaite être candidat à l'élection, il doit alors démissionner 60 jours avant, et le président du Sénat devient président de la République par intérim. Le chef de l'État est le chef suprême des forces armées et détient les pouvoirs régaliens qui vont de pair. Il nomme le premier ministre, préside le Conseil des ministres, peut dissoudre l'Assemblée nationale, a le droit de grâce, etc. [1]

En 2018, 36 candidats briguent le mandat présidentiel. Cependant, le président sortant Hery Rajaonarimampianina ainsi que Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana sont les principaux candidats dans la course. Le président sortant est éliminé dès le premier tour et les deux autres candidats s'affrontent sur un fond de règlement de compte. En effet, les deux candidats ont une rivalité politique vieille de dix ans. Le 19 décembre 2018, Andry Rajoelina remporte l'élection avec 55,66 % des suffrages [2]. Ces résultats sont contestés par Marc Ravalomanana qui dénonce des fraudes. La CENI dément, procède à un audit, et confirme les résultats et la victoire d'Andry Rajoelina.

Tentative de retour du président déchu

Marc Ravalomanana illustre la réussite. Parti de rien et avec l'aide de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, il met sur pied son groupe laitier Tiko qu'il développe à l'échelle du pays. Il est souvent considéré comme un magnat dans le secteur agro-alimentaire. Il devient maire de la capitale Antananarivo, puis président de la République de Madagascar en 2002. Mais on se souvient de lui pour son abandon contraint du pouvoir lors de la crise politique de 2009.

La crise économique mondiale de 2008 n'épargne pas Madagascar qui subit de grandes difficultés économiques avec notamment la flambée des prix. Marc Ravalomanana, alors Président de la République, réprime durement la révolte populaire. Le jeune Andry Rajoelina, maire d'Antananarivo, soutenu par le mouvement populaire et l'armée, se hisse à la tête de la Haute autorité de transition et contraint le président Ravalomanana à quitter le pouvoir. Ce dernier s'exile en Afrique du Sud. Lors de l'élection de 2013, sa candidature et celle d'Andry Rajoelina sont retirées sous la pression de la communauté internationale pour apaiser la crise politique. Il revient au pays après l'élection d'Hery Rajaonarimampianina, mais il se fait arrêter et est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il a fait appel de ce jugement.

Selon Paul Rabary, un ancien ministre de l'Éducation de Madagascar, la candidature de Marc Ravalomanana à l'élection de 2018 est notamment motivée par la volonté de sauver son groupe laitier [3]. Marc Ravalomanana veut approfondir les réformes économiques et poursuivre le programme des grands travaux initiés lors de son dernier mandat présidentiel.

La visibilité médiatique : gage de victoire ?

Le programme d'Andry Rajoelina, Initiative pour l'émergence de Madagascar, s'étend sur pas moins de 300 pages et s'articule autour de 13 points essentiels qui sont « la paix et la sécurité, l'énergie et l'eau pour tous, la lutte contre la corruption et une justice équitable, l'éducation et la culture, la santé, l'emploi, l'industrialisation [4] ». Il est à noter néanmoins, qu'il s'agisse du programme d'Andry Rajoelina ou de celui de Marc Ravalomanana, qu'aucun des deux candidats ne précise les sources de financement pour leurs projets. Les deux candidats font vaguement référence à un « appel aux bailleurs de fonds et à l'investissement privé [5] ». Absent de l'élection de 2013, Andry Rajoelina était considéré comme le président de la transition. Selon Paul Rabary, il est toujours sali comme Président putschiste, et il a bien l'intention de mettre les moyens pour arriver à ses fins.

La question financière est le sujet épineux des campagnes électorales au Madagascar. La victoire d'Andry Rajoelina est souvent attribuée à sa visibilité médiatique. L'accès aux médias (télévisions, radios, journaux, et médias sociaux) est au profit du plus offrant, parce que ce sont des acteurs privés. L'appui de milliardaires aux candidats, la possession de chaînes de télévision, la flambée des prix aux heures de grandes écoutes pendant la période électorale, etc. sont autant de freins aux petits candidats [6]. Cela remplace le débat démocratique par la visibilité médiatique. Une loi électorale a tenté de soumettre les entreprises au principe d'équité, mais la Haute cour constitutionnelle l'a rejetée sur la base d'une entrave à la liberté d'entreprendre [6].

Même si les comptes de campagne sont un sujet délicat dans l'élection présidentielle à Madagascar, des tentatives de réformes peuvent être observées. L'ancien jeune président de la transition, Raejolina, tient sa revanche et devient le nouveau président de la République de Madagascar. Son programme ambitieux promet de sortir son pays, parmi les plus pauvres du monde, de l'impasse. Les Malgaches ont décidé de refaire confiance au jeune président qui doit s'atteler à relever un pays dont « plus des deux tiers de la population vivent avec moins de 2 dollars par jour [7] ».




Références:

[1] « Constitution de la quatrième République », Haute Cour constitutionnelle, 2010, URL http://www.hcc.gov.mg/wp-content/uploads/2015/09/C... consulté le 14 février 2019

[2] Sari, Emre, « Madagascar : Andry Rajoelina élu président avec 55,66% des suffrages, selon les résultats provisoires de la Ceni », Jeune Afrique, 27 décembre 2018, URL https://www.jeuneafrique.com/695847/politique/mada... consulté le 11 février 2019

[3] Tsiresena Manjakahery, Philippe Afroy, « Madagascar : deux candidats présidentiels crient victoire », La Presse, 19 décembre 2018, URL https://www.lapresse.ca/international/afrique/2018... consulté le 11 février 2019

[4] L'Express de Madagascar, « Programme politique : Andry Rajoelina détaille son IEM », L'Express de Madagascar, 2 novembre 2018, URL https://www.lexpressmada.com/02/11/2018/programme-... consulté le 11 février 2019

[5] Caramel, Laurence, « Présidentielle à Madagascar : un duel Rajoelina-Ravalomanana aux airs de revanche », Le Monde, 18 décembre 2018, URL https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/12/18/... consulté le 11 février 2019

[6] Verneau, Laure, « Le candidat qui a le plus d'argent peut s'offrir une visibilité dans les médias malgaches », Le Monde, 4 novembre 2018, URL https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/11/04/... consulté le 11 février 2019

[7] Le Monde avec AFP, « Présidentielle à Madagascar : l'ancien président Andry Rajoelina déclaré vainqueur », Le Monde, 27 décembre 2018, URL https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/12/27/... consulté le 11 février 2019

Autres références :

Equipe de Perspective Monde, « Renversement du président malgache Marc Ravalomanana », Perspective Monde, 17 mars 2009, URL http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... consulté le 11 février 2019

Fauvel, Leslie, « Madagascar - Présidentielle : entre duel de fortunes et réseaux d'affaires », Le Point Afrique, 10 septembre 2018, URL http://afrique.lepoint.fr/actualites/madagascar-pr... consulté le 11 février 2018

Dernière modification: 2019-02-18 22:32:21

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

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