15 novembre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

19 février 2019

Démonstration de la puissance russe à la frontière sino-mongole


Xavier Morin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
2018
Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

mars
2018
Réélection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

septembre
2016
Réélection en Russie du parti Russie unie

octobre
2015
Attentat contre un avion de la compagnie russe Metrojet

janvier
2015
Chute importante du prix du baril de pétrole

juillet
2014
Écrasement d'un avion de la Malaysia Airline au-dessus du territoire ukrainien

mars
2014
Tenue d'un référendum en Crimée

février
2014
Ouverture des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi, en Russie

mars
2012
Élection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

décembre
2011
Réélection du parti Russie unie en Russie

avril
2010
Signature du traité Nouveau départ (New Start) entre les États-Unis et la Russie

mars
2008
Élection de Dmitri Medvedev à la présidence de la Russie

décembre
2007
Élection en Russie du parti Russie unie de Vladimir Poutine

juin
2007
Ouverture du Sommet du G8 à Heiligendamm, en Allemagne

février
2007
Entente sur un éventuel démantèlement du programme nucléaire nord-coréen

septembre
2004
Dénouement d'une prise d'otages dans une école de Beslan, en Russie

mars
2004
Élection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

décembre
2003
Élection du parti Russie unie en Russie

août
2000
Naufrage du sous-marin nucléaire russe K-141 Koursk

Du 11 au 17 septembre 2018, l'armée russe démontrait toute sa puissance dans le cadre de l'exercice militaire Vostok-2018. Celui-ci se déroulait principalement dans la zone militaire de Tsugol en Transbaïkalie, tout près de la frontière sino-mongole. D'ailleurs, les séquences opérationnelles les plus dynamiques furent réalisées conjointement avec des unités de l'armée chinoise et mongole (1).

L'exercice militaire russe le plus important depuis 1981

Selon les sources officielles russes, les forces impliquées dans cet exercice comptaient 300 000 soldats, plus de 1 000 aéronefs et 36 000 pièces d'équipement, dont 1 100 chars et plus de 50 navires de combat (2). De surcroit, la Chine envoya plus de 3 200 soldats, ainsi que de nombreux véhicules blindés et aéronefs. La Mongolie participa également aux démonstrations, mais les effectifs fournis par ce pays étaient peu substantiels.

Les exercices militaires furent répartis sur cinq terrains d'entrainement de l'armée russe, quatre bases aériennes et des zones situées dans la mer du Japon, le détroit de Béring et la mer d'Okhotsk (3). De ce fait, dans un contexte de renforcement de la présence russe au large de la Syrie, les manœuvres de Vostok étaient précédées par des exercices en Méditerranée ayant eu lieu du 1er au 8 septembre 2018, et auxquels ont pris part plus de 25 navires et une trentaine d'avions (4).

Pour le président russe, Vladimir Poutine, le pays doit être prêt à défendre sa souveraineté, sa sécurité, ses intérêts nationaux, et s'il le faut, soutenir ses alliés (5). À Vladivostok, avant le début des exercices militaires, Poutine a justement souhaité la bienvenue au président chinois, Xi Jinping, en tant qu'invité principal d'un forum économique. La Chine et la Russie coopèrent régulièrement dans le cadre d'exercices bilatéraux, mais pour la première fois Moscou intégrait les forces chinoises à ses exercices stratégiques annuels. Ceux-ci sont généralement réservés aux plus proches alliés de la Russie (6). Concernant la Mongolie, le président Khakmaagiin Battulga a déclaré à l'aube des démonstrations que le pays supportait fièrement le Kremlin (7).

Des objectifs contestés

Selon le communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères russes, Vostok-2018 avait pour objectif d'améliorer la capacité de l'armée à exercer le commandement et le contrôle d'opérations militaires conjointes sur plusieurs théâtres d'opérations à l'Est, afin de transporter des troupes sur de longues distances vers l'Extrême-Orient russe(8).

Ainsi, au cours des différentes étapes des manœuvres de Vostok, le ministère de la Défense russe a testé de nouveaux systèmes de commandement, de contrôle et de coordination intégrés et automatisés. Tout cela fut mis en place pour mener des opérations terrestres, navales et aériennes simultanées (9).

Par ailleurs, la majorité des commandants impliqués dans Vostok-2018 avaient participé à l'intervention militaire de la Russie en Syrie. L'utilisation de cette expérience de combat est devenue une caractéristique importante des exercices. En effet, de nombreux commandants et médecins ont été mutés en Syrie pour acquérir de nouvelles compétences et ensuite les transmettre aux autres effectifs (10).

Les autorités russes assurent que les manœuvres ne sont pas liées aux autres pays et qu'elles correspondent à la doctrine militaire de la Fédération de Russie, qui est strictement de nature défensive (11).

Toutefois, selon des officiels de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), cet exercice militaire russe fut réalisé dans le cadre d'une campagne visant à perturber l'architecture de la sécurité européenne, afin que la Russie réaffirme son rôle de premier plan sur la scène internationale (12). Effectivement, pour Matthew Wyman, spécialiste de la politique russe à l'université de Keele, Vostok-2018 était important pour Vladimir Poutine, puisqu'il doit continuer de projeter au monde extérieur l'image de la renaissance de la Russie et de sa force nationale (13).

De plus, Vostok-2018 se déroula alors que l'OTAN menait simultanément son programme d'exercices militaires en Ukraine. À cet égard, Dylan White, le porte-parole de l'OTAN, a déclaré que Vostok montre que la Russie est déterminée à s'exercer pour un conflit de grande envergure. Les manœuvres s'inscrivent dans une tendance observable depuis un certain temps : une Russie plus affirmée qui augmente considérablement son budget de défense et sa présence militaire (14).

La Chine et la Mongolie s'affirment

La participation de la Chine à Vostok est motivée par plusieurs raisons. Principalement, la Chine espérait montrer à ses rivaux qu'elle est solidaire avec la Russie. La chute des relations sino-américaines rend la Chine plus prudente vis-à-vis Washington, ce qui est également le cas de Moscou. La Chine voulait donc montrer à la Russie que son armée est prête, capable de mener une guerre moderne, et qu'elle peut tenir seule tout en demeurant une alliée (15).

Subséquemment, la Chine souhaitait tester les résultats de sa restructuration militaire afin d'apporter les ajustements appropriés à la réforme en cours. Depuis janvier 2016, l'armée chinoise subit une transformation complète et ambitieuse et Vostok était un évènement important pour évaluer les progrès de cette réforme (16).

La Chine a aussi décidé de rejoindre Vostok dans le but de se renseigner auprès des officiers russes qui revenaient des interventions en Ukraine et en Syrie. De fait, l'armée chinoise n'a pas soutenu d'insurrection depuis 1980, alors que celle-ci assistait des troupes de résistance cambodgiennes contre l'occupation vietnamienne au Cambodge. En plus, elle n'a pas mené de campagne de contre-insurrection depuis 1950, lorsqu'elle traquait les derniers insurgés anticommunistes dispersés à travers la Chine continentale. Par conséquent, la Chine avait besoin des leçons que les commandants russes pouvaient offrir (17).

En ce qui concerne la Mongolie, sa participation constitue une forme de diplomatie militaire destinée à susciter une coopération avec la Russie dans d'autres domaines de la politique étrangère. Précisément, le président Battulga cherche à revitaliser son partenariat avec le Kremlin afin de contrebalancer l'asymétrie croissante des relations sino-mongoles et pour relancer son économie (18).

D'autre part, il est fort probable que le nombre d'effectifs déployés à Vostok fut largement exagéré. Or, l'alliance avec la Chine ne semble pas inquiéter les responsables de Washington. À cet effet, l'ancien secrétaire à la Défense, Jim Mattis, soutenait qu'il y a très peu d'intérêts à long terme qui peuvent rejoindre la Russie et la Chine (19).




Références:

(1) Alain Barluet, «Avec Vostok 2018, l'armée russe affiche ses ambitions militaires», Le Figaro, 14 septembre 2018, http://www.lefigaro.fr/international/2018/09/14/01... (consulté le 15 février 2019).

(2) Dmitry Gorenburg, «5 things to know about Russia's Votsok-2018 military exercises», The Washington Post, 13 septembre 2018, https://www.washingtonpost.com/news/monkey-cage/wp... (consulté le 15 février 2019).

(3) BBC, «Russia launches biggest war games since Cold War», 11 septembre 2018, https://www.bbc.com/news/world-europe-45470460, (consulté le 15 février 2019)

(4) Alain Barluet, op. cit.

(5) Agence France Presse, «Vostok-2018 : Poutine promet que l'armée russe continuera de se renforcer», Le Point, 13 septembre 2018, https://www.lepoint.fr/monde/vostok-2018-poutine-p... (consulté le 15 février 2019).

(6) Anton Troianosky, Anna Fifield et Paul Sonne, «War games and business deals : Russia, China send a signal to Washington», The Washington Post, 11 septembre 2018, https://www.washingtonpost.com/world/asia_pacific/... (consulté le 15 février 2019).

(7) Tommy Chai, «Pivot to Russia? Mongoli'as participation in Vostok-18», Foreign Brief, 10 octobre 2018, https://www.foreignbrief.com/asia-pacific/china/pi... (consulté le 15 février 2019).

(8) Dimitry Gorenburg, op. cit.

(9) International Institute for Strategic Studies, «Russia's Vostok 2018 war games», Octobre 2018, https://www.iiss.org/publications/strategic-commen... (consulté le 15 février 2019)

(10) Loc. cit.

(11) Ministry of Defence of the Russian Federation, «National Centre for State Defence Control hosted briefing on the preparation of the maneuvers Vostok-2018», 6 septembre 2018, http://eng.mil.ru/en/news_page/country/more.htm?id... (consulté le 15 février 2019)

(12) Dave Johnson, «Vostok 2018 : Ten years of Russian strategic exercises and warfare preparation», NATO review magazine, 20 décembre 2018, https://www.nato.int/docu/review/2018/Also-in-2018... (consulté le 15 février 2019)

(13) Holly Ellyat, «As Russia launches the biggest war games ever with China, the pentagon will be watching very closely» CNBC, 11 septembre 2018, https://www.cnbc.com/2018/09/11/russia-war-games-v... (consulté le 15 février 2019)

(14) Kat Hopps, «Russia news : What are Vostok 2018 war games? Why are military drills happening now ?» Express UK, 11 septembre 2018, https://www.express.co.uk/news/world/1015986/vosto... (consulté le 15 février 2019)

(15) Zi Yang, «Vostok 2018 : Russia and China's Diverging Common Interests», The Diplomat, 17 septembre 2018, https://thediplomat.com/2018/09/vostok-2018-russia... (consulté le 15 février 2019)

(16) Loc. cit.

(17) Loc. cit.

(18) Tommy Chai, op. cit.

(19) Elias Groll, «Security Brief : Russia Wraps Vostok Exercise; Taliban Experiments With Governance», Foreing Policy, 17 septembre 2018, https://foreignpolicy.com/2018/09/17/security-brie... (consulté le 15 février 2019)

Dernière modification: 2019-02-26 15:01:13

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Militarisation des pays baltes : exercice de dissuasion ou de provocation?
>octobre 2019


Accident nucléaire : du déjà-vu en Russie
>octobre 2019


La Russie devient le deuxième plus grand exportateur d'armes au monde... et après ?
>avril 2019


La lutte pour les droits humains se poursuit en Russie, malgré le décès d'une fervente militante
>février 2019


La douce revanche de Vladimir Poutine
>février 2019


Démonstration de la puissance russe à la frontière sino-mongole
>février 2019


La traite humaine en Europe de l'Est : héritage de la chute de l'URSS
>février 2019


La Russie en quête d'influence au Moyen-Orient
>novembre 2018


Bilan du Mondial 2018 : les Bleus ne sont pas les seuls gagnants
>octobre 2018


Sommet à Helsinki : Poutine plait, Trump moins
>octobre 2018


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019