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5 février 2019

Salvador : fin du bipartisme?


Olivier Duquette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mars
1993
Dépôt du rapport de la Commission sur la vérité au Salvador

février
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

juin
1984
Élection de José Napoléon Duarté à la présidence du Salvador

octobre
1980
Formation du Front Farabundo Marti de Libération nationale au Salvador

mars
1980
Assassinat de l'archevêque de San Salvador, Oscar A. Romero

juillet
1969
Déclenchement d'un conflit entre le Salvador et le Honduras

décembre
1960
Création d'un Marché commun de l'Amérique centrale

octobre
1960
Renversement du gouvernement de Jose Maria Lemus au Salvador

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Le 3 février 2019 se tiendra la sixième élection présidentielle depuis la fin de la guerre civile au Salvador. Cette dernière prit fin au début des années 1990. Le parti conservateur Alliance républicaine nationaliste (ARENA) s'empare du pouvoir les vingt années suivantes, mais perd les deux derniers mandats au profit de l'ancienne guérilla incarnée dans le parti gauchiste Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN). Cette année, un tiers parti vient menacer le bipartisme traditionnel.

L'enfant terrible

L'homme personnifiant ce changement se nomme Nayib Bukele. Il représente l'antisystème, tenues décontractées à l'appui, et une alternative aux deux partis traditionnels dont la population semble lassée. Favori dans les sondages depuis déjà quelques semaines, il serait le plus jeune à accéder au poste présidentiel et s'est démarqué notamment en rejoignant les jeunes générations sur les réseaux sociaux (1).

Bukele a fait carrière en publicité, puis comme maire de San Salvador. Il est reconnu pour sa bonne gestion et pour avoir « sécurisé et redynamisé la capitale (2) ». Ancien membre du FMLN, il est expulsé du parti en 2017 pour une altercation avec une conseillère municipale. Il dirige aujourd'hui la coalition de centre droit la Grande alliance pour l'unité nationale (GANA) (3).

Comme les autres candidats, Bukele promet de lutter contre la corruption, la criminalité et la pauvreté qui sévissent au pays ainsi que d'investir en éducation. Toutefois, il se démarque avec quelques propositions originales, dont la création d'une commission internationale anti-corruption, en collaboration avec les Nations unies, inspirée de celles au Guatemala et au Honduras. Sur le plan économique, il souhaite relancer les investissements dans les domaines agricole, industriel, numérique et touristique avec des incitations fiscales et de l'aide publique (4).

La vieille garde vaincue par les gangs

Deuxième dans les sondages, son plus proche rival est Carlos Calleja, un riche homme d'affaires candidat de l'ARENA. Malgré l'ancrage important de son parti dans la société salvadorienne, cette dernière semble désenchantée par l'échec du parti dans la lutte au crime organisé lors de ses vingt ans au pouvoir. La technique « main de fer » n'avait pas porté fruit et avait mené la population à opter pour le FMLN dans la dernière décennie.

De plus, les scandales de corruption ont terni l'image du parti au cours des dernières années. D'ailleurs, une enquête du magazine salvadorien Factum a révélé d'importants liens commerciaux entre la compagnie de Calleja et le controversé régime vénézuélien de Nicolas Maduro, malgré les nombreuses critiques du candidat, lors de sa campagne, envers ce dirigeant autoritaire (5).

En somme, le candidat conservateur mise sur son expérience en affaire pour développer l'économie du pays en s'adaptant au contexte international, consolider la démocratie et former un gouvernement inclusif sans toutefois préciser ses intentions (6).

Enfin, Hugo Martinez, candidat du FMLN et ancien ministre des Affaires étrangères sous le président sortant Salvador Sanchez Ceren, se retrouve en troisième position, toujours selon les sondages préélectoraux.

Sous Sanchez Ceren, le FMLN n'a pas réussi à améliorer la situation de l'État salvadorien en proie aux violences des bandes criminelles, l'enjeu électoral prépondérant. Le parti avait tenté une nouvelle approche préventive avec des programmes « axés sur la jeunesse et le développement économique » ainsi qu'une trêve consistant à établir un dialogue avec les gangs en « leur offrant des concessions telles que des conditions de détention moins restrictives (7) ».

Cependant, ces mesures de sécurité n'ont pas eu l'effet escompté et les violences ont repris de plus belle à la suite de l'échec des négociations en 2014. Le pays se retrouve toujours parmi les plus meurtriers avec le deuxième taux d'incarcération le plus élevé au monde derrière les États-Unis.

Sur le plan socio-économique, les inégalités ont diminué sous le règne du FMLN, mais la croissance reste insuffisante devant le dynamisme démographique.

Dans tous les cas, le gagnant devra composer avec l'ARENA, majoritaire au Parlement jusqu'aux élections législatives de 2021.

Le système politique salvadorien est uninominal à deux tours. Advenant qu'aucun candidat ne remporte plus de 50 % des voix au premier scrutin, un second tour aura lieu le 10 mars 2019 opposant les deux candidats en tête le 3 février. Rappelons qu'au Salvador le président est le chef de l'État et du gouvernement.




Références:

(1) RENTERIA, Nelson et Noe TORRES, El Salvador votes for new president, anti-corruption outsider favored, Reuters, 03/02/19, https://www.reuters.com/article/us-elsalvador-elec... consulté le 03/02/19.

(2) RFI, Présidentielle au Salvador: qui est Nayib Bukele, le grand favori des sondages?, 03/02/19, http://www.rfi.fr/ameriques/20190202-presidentiell... consulté le 03/02/19.

(3) BRIGIDA, Anna-Catherine, El Salvador votes for president as the country seeks a new way to deal with gangs, The Washington Post, 03/02/19, https://www.washingtonpost.com/world/el-salvador-v... consulté le 03/02/19.

(4) RFI, Op. Cit.

(5) NTN24 Venezuela, Who is Carlos Calleja, the supposed critic of Maduro who made juicy contracts with the regime, NTN24, 31/01/19, http://www.ntn24.com/america-latina/venezuela/quie... consulté le 03/02/19.

(6) OCAMPO, Gaston, A conversation with Carlos Calleja, The Dialogue, 03/10/18, https://www.thedialogue.org/analysis/a-conversatio... consulté le 03/02/19.

(7) BRIGIDA, Anna-Catherine, Op. Cit.

Dernière modification: 2019-02-14 11:12:01

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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