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4 décembre 2018

Les relations sino-vietnamiennes et la mer de Chine : une source de conflits


Francis Patenaude
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
1997
Ouverture du septième Sommet de la Francophonie

mai
1993
Tenue d'élections législatives au Cambodge

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

mai
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

juillet
1979
Ouverture d'une conférence internationale sur les réfugiés de la mer en Asie du Sud-Est

janvier
1979
Début de l'occupation vietnamienne au Cambodge

juillet
1976
Réunification du Viêt Nam en un seul État

janvier
1973
Signature des accords de Paris sur la guerre au Viêt Nam

septembre
1969
Décès du président de la République démocratique du Viêt Nam, Ho Chi Minh

janvier
1968
Offensive du Têt au Viêt Nam

août
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

novembre
1966
Session constituante du tribunal Russell sur les crimes de guerre au Viêt Nam

août
1964
Incident naval entre Nord-Vietnamiens et Américains dans le golfe du Tonkin

novembre
1963
Renversement du gouvernement de Ngô Dinh Diêm au Viêt Nam du Sud

décembre
1960
Création du Front national de libération du Viêt Nam

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

juillet
1954
Signature des accords de Genève sur l'Indochine

Au fil des époques, plusieurs conflits ont fait évoluer, positivement et négativement, la relation qui unit le Vietnam et la Chine (1). On peut notamment penser à la guerre sino-vietnamienne de 1979 qui a grandement influencé la méfiance qu'entretiennent les Vietnamiens à l'égard de la Chine.

Plus récemment, ce sont notamment des disputes entourant la souveraineté en mer de Chine méridionale qui marquent leur relation (2). Cette analyse a donc pour objectif de préciser la nature de la relation qui unit présentement le Vietnam et la Chine dans un contexte géopolitique très tendu en mer de Chine.

La mer de Chine : source de richesses et de conflits

Alors que la Chine et le Vietnam défendent des visions opposées sur plusieurs enjeux, notamment en matière économique, plusieurs litiges entre les deux pays asiatiques ternissent leur relation. À la lumière des développements récents, ce sont toutefois les visions diamétralement opposées des deux États sur la question de la souveraineté en mer de Chine méridionale qui semblent représenter le plus grand défi de coopération entre ceux-ci.

D'ailleurs, plusieurs facteurs expliquent pourquoi les deux pays se disputent depuis longtemps de cette région. C'est d'abord la position géographique de cette mer qui explique pourquoi les tensions qui affectent ce dossier sont si grandes et complexes à évaluer. Forte d'une superficie avoisinant les 3,5 millions de km2, la mer de Chine méridionale est entourée de 9 pays aux intérêts singuliers, dont le Vietnam et la Chine (3). Celle-ci représente donc une voie maritime fortement achalandée et essentielle au bon fonctionnement du commerce mondial.

À ce sujet, l'auteur Robert D. Kaplan, spécialiste américain des sciences politiques, explique fort bien l'importance géostratégique colossale de la mer de Chine. Dans un extrait de l'un de ses ouvrages publié par Business Insider Australia, il explique : « La mer de Chine méridionale fonctionne comme la gorge de l'océan Pacifique occidental et de l'océan Indien […] Plus de la moitié du tonnage annuel de la flotte marchande mondiale passe par ces points d'étranglement et un tiers du trafic maritime mondial (4). »

Ainsi, alors qu'un contrôle étatique du trafic maritime pourrait représenter des retombées économiques substantielles pour le pays qui le détient, on peut facilement comprendre pourquoi les États se disputent la souveraineté de cette mer (5). Par ailleurs, les ressources énergétiques dont on soupçonne l'existence dans le sous-sol marin de cette région sont le deuxième facteur qui pousse les États côtiers à vouloir y établir leur souveraineté (6).

Parmi les estimations les plus conservatrices réalisées jusqu'à maintenant, on évalue à environ 7 milliards de barils de pétrole et 900 trillions de pieds cubes de gaz naturel la quantité de ressources qui s'y trouve (7). Par ailleurs, les estimations chinoises sur la quantité de ressources exploitables dépassent largement celles faites par d'autres États, allant jusqu'à anticiper la présence de plus de 130 milliards de barils de pétrole (8).

Si celles-ci étaient véridiques, alors qu'elles sont fortement remises en doute, les estimations chinoises feraient de la mer de Chine la deuxième région du monde avec le plus grand potentiel pétrolier après l'Arabie saoudite (9). Aussi, on comprend mieux pourquoi le Vietnam et la Chine font de leur souveraineté en mer de Chine une priorité nationale.

Souveraineté en mer de Chine: qui dit vrai?

Il est évidemment difficile de trancher sur les questions entourant la souveraineté en mer de Chine. Ce dossier implique une multitude d'États aux points de vue différents et se déroule depuis plusieurs décennies. Toutefois, en ce qui concerne le cas du Vietnam et de la Chine, les arguments avancés par les deux États ne semblent pas faire le même poids.

D'ailleurs, des développements sur les agissements de la Chine dans ce dossier ont récemment fait les manchettes internationales, et ceux-ci ont contraint le Vietnam à réaffirmer sa position en mer de Chine.

En effet, la découverte d'une nouvelle plateforme chinoise en eaux contestées constitue un nouvel affront du géant chinois envers son voisin vietnamien. Cette découverte, réalisée en 2018 par un groupe de réflexion américain spécialisé sur la navigation maritime en Asie (10), rappelle les agissements similaires de la Chine en 2014 qui avaient occasionné de fortes manifestations au Vietnam (11).

Dans un point de presse en novembre 2018, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères vietnamien affirme que la construction de cette nouvelle plateforme est inadmissible. Plus précisément, il explique que ce geste constitue : « … une violation grave de la souveraineté du Vietnam sur les îles, allant à l'encontre des perspectives communes auxquelles sont parvenus les hauts dirigeants des deux pays… (12) »

À ce sujet, il est important de rappeler que les dirigeants de la Chine et du Vietnam, en 2017, avaient signé conjointement une entente consistant à ne prendre aucune initiative qui risquerait de compliquer le conflit en mer de Chine (13). De plus, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer vient fournir un cadre légal pour déterminer de manière objective qui peut légitimement exploiter les différents secteurs de la mer.

En ce qui a trait aux réactions chinoises dans ce dossier, les déclarations faites par les autorités rappellent celles de 2014. En effet, celles-ci ne faisaient qu'affirmer que la mer de Chine méridionale relevait en très grande majorité de l'autorité chinoise (14). La Chine revendique sa souveraineté sur environ 90 % de la mer de Chine pour des raisons historiques et politiques qu'elle qualifie de légitimes (15).

Dans une déclaration faite par le ministre des Affaires étrangères chinois sur la nouvelle construction dénoncée par le Vietnam, celui-ci a affirmé : « … la souveraineté de la Chine sur les îles Paracels n'était pas contestée, et il n'y a rien de mal à ce que la Chine effectue des travaux de construction sur son propre territoire (16). »

Un dossier aux ramifications internationales

Ainsi, on comprend mieux la tension qui règne à ce jour dans la relation entre le Vietnam et la Chine. Compte tenu des retombées économiques énormes attribuables au contrôle de la mer de Chine méridionale, il ne serait pas surprenant de voir le Vietnam se lier à d'autres pays.

D'ailleurs, dans une démonstration de solidarité, les membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, dont le Vietnam est membre, se disent également très préoccupés par les récents agissements chinois (17).

Depuis quelques années, les autorités vietnamiennes cherchent à multiplier leurs alliances avec des puissances régionales et internationales, comme l'Inde, les Philippines et les États-Unis, rendant encore plus difficile d'envisager une résolution simple de ce dossier (18). À cet égard, un incident récent impliquant les flottes militaires américaines et chinoises en mer de Chine illustre bien la tension qui y règne (19).

Médiagraphie

(1) Universalis FR, « Vietnam », décembre 2018, URL [hyperlien] (page consultée le 2 décembre 2018)

(2) James Pearson, « Vietnam protests new building by Beijing in South China Sea », Channel News Asia, 22 novembre 2018, URL [hyperlien] (page consultée le 2 décembre 2018)

(3) Eugene C. LaFond, «South China Sea », Encyclopedia Britannica, mai 2018, URL [hyperlien] (page consultée le 3 décembre 2018)

(4) Robert D. Kaplan,« Why the South China Sea is so crucial », Business Insider Australia , février 2015, URL [hyperlien] (page consultée le 3 décembre 2018) Citation traduite grâce à [hyperlien]

(5) Yan Roche, « La mer de Chine méridionale : un enjeu frontalier majeur en Asie du Sud-Est », l'Espace Politique [En ligne], novembre 2013, URL [hyperlien] (page consultée le 2 décembre 2018)

(6) Loc. Cit.

(7) Robert D. Kaplan, Op. Cit.

(8) Loc. Cit.

(9) Loc. Cit.

(10) Reuteurs, « China building on new reef in South China Sea, think tank says », 20 novembre 2018, URL [hyperlien] page consultée le 3 décembre 2018)

(11) Patrick Saint-Paul, « La Chine envenime sa querelle maritime avec le Vietnam », Le Figaro, 20 juin 2014, URL [hyperlien] (page consultée le 3 décembre 2018)

(12) Nhân Dân – The Central Organ of The Communist Party of Vietnam, « Vietnam resolutely opposes China's activities in Bombay Reef », 23 novembre 2018, URL [hyperlien] (page consultée le 3 décembre 2018)

(13) Igor Gauquelin, « Mer de Chine du Sud: la Chine et le Vietnam signent une déclaration conjointe », Radio France Internationale, 14 novembre 2017, URL [hyperlien] (page consultée le 3 décembre 2018)

(14) Patrick Saint-Paul, Op. Cit.

(15) Center for Preventive Action, « A China-Vietnam Military Clash Contingency Planning Memorandum No. 26 »,Council on Foreign Relations, septembre 2015, URL [hyperlien] (consultée le 3 décembre 2018)

(16) Ruteurs, Op. Cit. Traduction réalisée sur [hyperlien] Vo Trung Dung, « « Mer de Chine méridionale, l'ASEAN et la Chine : Négociations du Code de Conduite — CoC » avancent mais à (petit) pas… », Asie Pacifique News, 29 mai 2017, URL [hyperlien] (page consultée le 3 décembre 2018)

(18) Panos Mourdoukoutas, « Vietnam And India To Spoil China's South China Sea Ambitions », Forbes, 7 juillet 2017, URL [hyperlien] (page consultée le 3 décembre 2018)

(19) Ryan Pickrell, « A Chinese warship reportedly threatened a US Navy destroyer in the South China Sea », Business Insider, 4 novembre 2018, URL [hyperlien] (page consultée le 3 décembre 2018)



Dernière modification: 2018-12-10 08:02:03

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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