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28 novembre 2018

La Russie en quête d'influence au Moyen-Orient


Eugénie Larente-Richer
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

juillet
2018
Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

mars
2018
Réélection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

septembre
2016
Réélection en Russie du parti Russie unie

octobre
2015
Attentat contre un avion de la compagnie russe Metrojet

janvier
2015
Chute importante du prix du baril de pétrole

juillet
2014
Écrasement d'un avion de la Malaysia Airline au-dessus du territoire ukrainien

mars
2014
Tenue d'un référendum en Crimée

février
2014
Ouverture des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi, en Russie

mars
2012
Élection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

décembre
2011
Réélection du parti Russie unie en Russie

avril
2010
Signature du traité Nouveau départ (New Start) entre les États-Unis et la Russie

mars
2008
Élection de Dmitri Medvedev à la présidence de la Russie

décembre
2007
Élection en Russie du parti Russie unie de Vladimir Poutine

juin
2007
Ouverture du Sommet du G8 à Heiligendamm, en Allemagne

février
2007
Entente sur un éventuel démantèlement du programme nucléaire nord-coréen

septembre
2004
Dénouement d'une prise d'otages dans une école de Beslan, en Russie

mars
2004
Élection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

décembre
2003
Élection du parti Russie unie en Russie

décembre
1999
Annonce de la démission du président russe Boris Eltsine

L'année 2018 marque la 7e année de conflit en terre syrienne. En effet, le conflit syrien a débuté en 2011 lors de vagues de répression gouvernementale envers des manifestants pro-démocratie opposés au président Bachar Al-Assad. Ces manifestations s'inscrivent dans le contexte du printemps qui a enflammé une partie du monde arabe (1).

La crise s'est complexifiée à travers le temps, notamment en raison de l'enchevêtrement des nombreux acteurs qui y prennent part et des diverses alliances qui se sont créées. Les acteurs en présence y sont de manière intéressée et y défendent des intérêts politiques et économiques importants. Tel est le cas de la Russie.

Cartographie d'un conflit qui perdure

Le printemps arabe qui avait débuté en Tunisie a fini par gagner les terres syriennes. La population souhaitait du changement de la part du gouvernement contrôlé par la famille Assad depuis 40 ans. Cette soif de changement s'est traduite par de nombreuses manifestations, d'abord petites à Damas, puis de plus grande envergure à Deraa, dans le sud du pays. Chaque fois, le gouvernement de Bachar Al-Assad a répondu par une force disproportionnée afin de dissoudre les manifestants, prétextant une rébellion armée de groupes salafistes (2). La violente répression des manifestations n'a fait qu'accentuer l'instabilité sociale et politique (3).

Ce qui était à la base un simple mouvement de revendications sociales et politiques s'est rapidement transformé en une guerre civile qui implique maintenant la communauté internationale. Le nombre de décès a augmenté si rapidement que l'Organisation des Nations unies (ONU) a décidé de ne plus les comptabiliser (4).

Enchevêtrement des acteurs

Tel que mentionné précédemment, la complexité du conflit syrien vient du fait qu'il y a un très grand nombre d'acteurs en présence et que ces derniers, malgré des alliances, ont des intérêts divergents.

Il y aurait trois paliers d'acteurs impliqués dans le conflit. En effet, il y a les acteurs présents en Syrie, les parrains régionaux et le soutien international (5). Les acteurs présents sur le terrain sont Bachar Al-Assad et son armée ainsi que les divers groupes rebelles majoritairement salafistes, dont l'Armée syrienne libre (ASL). Les Kurdes et l'État islamique (EI) sont aussi présents. Les forces rebelles et kurdes s'opposent directement à l'armée syrienne, alors que l'EI profite de l'instabilité et de la confusion politique afin d'établir ses quartiers en Syrie, bien qu'il soit maintenant pratiquement éradiqué du territoire (6).

Par la suite, les parrains régionaux sont les pays limitrophes à la Syrie qui fournissent directement leur soutien à un ou des acteurs nommés précédemment. La Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar appuient les forces rebelles par du financement et des armes en raison de leur confession commune sunnite. En s'opposant au régime Assad, l'Arabie saoudite souhaite affaiblir une grande rivale régionale, soit l'Iran, qui, elle, est une proche alliée du régime syrien (7).

Pour sa part, le gouvernement syrien reçoit un appui des forces chiites de la région, soit de l'Irak, du Hezbollah libanais et de l'Iran. Cette dernière lui fournit d'ailleurs des milices pour combattre aux côtés des troupes gouvernementales (8).

Le troisième et dernier palier d'acteurs, soit le soutien international, comprend la Coalition internationale et la Russie. Composée d'une vingtaine d'États, dont les États-Unis, la France et le Canada, la Coalition internationale n'offre qu'un soutien limité aux forces rebelles et n'intervient militairement que pour contrer l'expansion de l'EI (9). Cette Coalition est parfois fragile du fait qu'elle est hétérogène, étant donné les intérêts divergents des différents pays qui la composent.

En effet, l'aviation américaine soutient les Kurdes et travaille de près avec eux sur le terrain afin de faire face à l'EI. Toutefois, la Turquie, qui fait également partie de la Coalition, bombarde les forces kurdes, syriennes et irakiennes par peur qu'elles profitent de l'instabilité pour former un Kurdistan indépendant sur son territoire (10).

En ce qui a trait à la Russie, elle poursuit officiellement le même but que la Coalition internationale, soit de combattre l'EI. Mais il semblerait que dans les faits, en observant les lieux de ses frappes, elle soutienne plutôt le gouvernement de Bachar Al-Assad. Elle a également choisi d'allier ses forces militaires à l'Iran, s'opposant donc à la Coalition internationale (11).

Frappes géostratégiques russes

Les actions militaires menées par l'armée russe en Syrie trahissent ses paroles. Elle bombarde en fait les groupes rebelles ainsi que des infrastructures détenues par ces groupes de concert avec l'armée iranienne au sol (12).

En effet, en 2016, Médecins sans frontières (MSF) a accusé la Russie d'avoir bombardé une infrastructure de santé dans le nord de la Syrie. L'Observatoire syrien des droits de l'homme accuse également la Russie d'avoir causé des victimes collatérales lors de ses frappes aériennes, ce que bien sûr le Kremlin nie, alors que le pays se félicite d'avoir réussi son intervention en Syrie. Selon les forces armées américaines, la majorité des frappes russes sont dirigées vers la province d'Idlib dans le nord de la Syrie, détenue par des rebelles, loin de l'EI (13).

Lors des premières années du conflit syrien, l'aide russe au régime de Bachar Al-Assad s'était d'abord traduite par un appui politique au Conseil de sécurité de l'ONU et des ententes sur les prix d'armes. Cette aide a par la suite évolué pour devenir militaire, en envoyant des troupes au sol, une police militaire, des bateaux de guerre et en offrant des formations à l'armée syrienne (14).

Depuis la fin de la Guerre froide, c'est la première fois que la Russie intervient militairement en dehors de l'ancienne sphère d'influence soviétique. Quelles sont les raisons qui motivent cette intervention?

Des objectifs multiples

Les liens diplomatiques qui unissent la Syrie et la Russie depuis les années 1950 se sont resserrés depuis l'arrivée du président Vladimir Poutine au pouvoir en 1999 (15). La Russie a montré un soutien pratiquement indéfectible envers le régime de Damas, mais ce soutien n'est pas désintéressé.

Selon Steven Rosenberg, journaliste à la BBC, elle souhaitait certes endiguer l'EI afin d'empêcher que le mouvement gagne son territoire, mais elle souhaitait surtout profiter de cette occasion afin d'étendre sa sphère d'influence politique là où les États-Unis semblent en perdre (16). Elle a saisi cette occasion afin de marquer son retour militaire sur la scène internationale (17).

Bachar Al-Assad est un des seuls alliés de la Russie au Moyen-Orient. Ainsi, le garder au pouvoir, ou le remplacer par quelqu'un qui soutiendrait également le Kremlin (18), était essentiel afin de conserver cette porte d'entrée dans la région.

La Russie désirait aussi conserver sa base navale à Tartous. Bachar Al-Assad et Poutine ont d'ailleurs conclu un accord afin de céder la souveraineté du territoire de la base à la Russie (19). Cette dernière pourra ainsi l'agrandir et y mettre des transporteurs d'avions et des bateaux de guerre. Cette base lui permettra de continuer d'étendre son influence dans la région et de conclure divers accords commerciaux (20).

La Russie a donc saisi cette occasion afin d'étendre son influence politique au Moyen-Orient, alors que les États-Unis sont en recul. Le gouvernement syrien ayant repris le contrôle de la majorité du territoire, la Russie semble sur la bonne voie afin de mener à bien sa mission (21).

Médiagraphie

(1) Frédéric Nicoloff, « 7 ans de conflit syrien », Radio-Canada, 15 mars 2018, [hyperlien] (19 novembre 2018).

(2) Loc. cit.

(3) Loc. cit.

(4) Flavie Holzinger, Francesca Fattori, « Comprendre la situation en Syrie en 6 minutes », Le Monde, 27 octobre 2015, [hyperlien] (19 novembre 2018).

(5) Loc. cit.

(6) Loc. cit.

(7) Loc. cit.

(8) Loc. cit.

(9) Agence France Presse, « Les acteurs du conflit syrien », Le Point, 14 avril 2018, [hyperlien] (19 novembre 2018).

(10) Flavie Holzinger, Francesca Fattori, op. cit.

(11) Loc. cit.

(12) BBC, « How much territory have Russia and Syria recaptured from IS? », 25 octobre 2017, [hyperlien] (25 novembre 2018).

(13) Loc. cit.

(14) Joseph Daher, « Three Years Later: The Evolution of Russia's Military Intervention in Syria », Atlantic Council, 27 septembre 2018, [hyperlien] (25 novembre 2018).

(15) Michael Sharnoff, « Russia and the U.S. have common interests in Syria. But it may not matter. », The Washington Post, 9 juillet 2018, [hyperlien] ( 26 novembre 2018).

(16) Steven Rosenberg, « Syria war: Putin's Russian mission accomplished », BBC, 13 décembre 2017, [hyperlien] (26 novembre 2018).

(17) Loc. cit.

(18) Marwan Kabalan, « Russia's endgame in Syria: Iran for Ukraine? », Al jazeera, 31 juillet 2018, [hyperlien] (25 novembre 208).

(19) Sean Gordon, « Russian resolve: Why Syria matters to Putin », The Globe and Mail, 8 avril 2018, [hyperlien] (26 novembre 2018).

(20) Loc. cit.

(21) Thomas Gibbons-Neff , Gardiner Harris, Edward Wong, « U.S. Weighs Next Steps as Syria's Civil War Enters Climactic Phase », the New-York Times, 21 septembre 2018, [hyperlien] (26 novembre 2018).



Dernière modification: 2018-12-03 07:52:36

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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