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2 décembre 2019

Une nouvelle monnaie ou un simple changement de nom en Afrique de l'Ouest?


Santiago Murillo Rincon
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mars
2015
Élection de Muhammadu Buhari à la présidence du Nigeria

avril
2014
Enlèvement de lycéennes nigérianes par le Boko Haram

mai
1999
Assermentation d'Olusegun Obasanjo à la présidence du Nigeria

octobre
1979
Assermentation d'Alhaji Shehu Shagari à la présidence du Nigeria

février
1976
Tentative de coup d'État et assassinat du président Murtala Ramat Mohammed au Nigeria

mai
1967
Proclamation de l'indépendance du Biafra

janvier
1966
Accession du général Johnson T.U. Aguiyi-Ironsi à la présidence du Nigeria

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

La mondialisation n'est pas seulement un signe d'interdépendance et d'ouverture mondiale, elle est aussi caractérisée par des alliances internationales, tant militaires que commerciales (1). Le continent africain ne fait pas exception, il dispose de diverses alliances internationales et régionales. Entre autres, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO). Celle-ci est composée des quinze pays de l'Afrique de l'Ouest, soit le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée Bissau, le Liberia, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo (2). En 1999, la Mauritanie quitte la CÉDÉAO au profit de Cap-Vert qui prend sa place au sein de l'alliance.

Cette alliance a été créée dans le but de promouvoir le commerce entre les États membres et d'accroître leurs économies (3). Cela doit passer préalablement par une augmentation considérable des exportations entre les pays africains. Jusqu'à maintenant, les échanges commerciaux sont très faibles, en partie à cause des différentes divises monétaires au sein de l'alliance. Sur les quinze pays, seulement huit partagent la même monnaie, soit le franc CFA (4). Cette monnaie a été mise en place peu avant la Seconde Guerre mondiale dans le but de stabiliser l'économie des colonies en Afrique de l'Ouest (5). Depuis sa création, cette devise sème la controverse. Elle nuit aux échanges de la CÉDÉAO, car les sept autres pays membres ont tous des monnaies distinctes. Ce qui rend la conversion très difficile. L'une des solutions proposées par les chefs d'État est de regrouper la région sous une même monnaie.

Une idée qui a fait du chemin

L'idée d'une monnaie unique ne date pas d'hier. Elle a surgi à l'époque de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA). Celle-ci avait pour objectif principal de se départir des vestiges de la colonisation et de l'apartheid (6).

C'est en 1999 que les chefs d'État des membres de l'OUA ont voté pour mettre en place une nouvelle organisation : l'Union africaine (UA). Elle avait pour but d'accélérer les processus de libre-échange et de solidification en Afrique de l'Ouest (7).

L'UA tente alors de mettre fin au franc CFA qui cause des tensions et complique le commerce entre les pays africains. Plus de sept monnaies différentes circulent en Afrique de l'Ouest, c'est pourquoi l'instauration d'une même monnaie permettrait de faciliter le commerce (8).

La CÉDÉAO a nommé sa prochaine monnaie « eco ». Celle-ci sera sur le marché dès l'été 2020. Sa mise en marché comporte deux phases. La première concerne les huit pays qui utilisent encore le franc CFA. La seconde consiste à introduire les sept autres pays de la CÉDÉAO à l'eco. Cette première phase a une grande portée symbolique pour les pays africains, car il s'agit de rompre avec les derniers vestiges de la colonisation et de quitter la zone euro. Par contre, l'adhésion à cette monnaie requiert des critères de convergence, tels que le taux d'inflation ou le déficit budgétaire. Ceux-ci devront être propices à un changement de devise. En ce qui concerne le déficit budgétaire, il devra être à 3 % du produit intérieur brut (PIB) et le taux d'inflation ne devra pas dépasser les 2 % du PIB (9).

Ce projet a été proposé il y a plus de 40 ans par l'OUA et a été récemment voté par l'AU. Malgré les retards, l'installation de cette devise se fera de manière progressive dans le but de ne pas nuire au franc CFA (10). C'est-à-dire que même si les pays de la CÉDÉAO changent leur devise, la valeur de la monnaie actuelle ne devrait pas bouger considérablement au départ. Sa valeur de conversion devra demeurer stable pour les premiers mois suivant le changement.

L'union : la nouvelle force africaine

Un changement de devise pour l'Afrique de l'Ouest est synonyme d'une réappropriation de sa souveraineté. Ce changement permettra à la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest de jouer un rôle de premier plan, car jusqu'à maintenant la Banque centrale européenne lui fait de l'ombre. D'autant plus que les réserves de franc CFA se trouvent uniquement en France (11).

De plus, l'eco permettra d'améliorer la circulation de biens et de personnes dans les pays concernés. Le fait est que les nombreuses devises actuelles compliquent le libre-échange entre les pays de la CÉDÉAO. Sous une même monnaie, il serait plus facile de promouvoir le commerce régional. D'autant plus qu'une monnaie utilisée par les quinze pays de l'Afrique de l'Ouest permettrait de solidifier la devise. L'un des principaux intérêts à changer la monnaie actuelle est que ces réserves ne seraient pas placées uniquement en France, mais plutôt dans différentes banques centrales afin de favoriser l'exportation de la monnaie (12). L'adhésion à l'eco serait favorable pour l'économie des États qui l'adopteront, car ils devront réduire considérablement leur déficit par rapport au PIB. Cela représente environ 1 % de celui-ci dans le meilleur des cas.

Cette nouvelle monnaie apporte son lot d'avantages, mais certains experts affirment qu'il est plus envisageable de mettre en place une monnaie d'échange commune pour les entreprises et les institutions que de procéder à un changement complet de monnaie. Les experts qui avancent cette théorie se basent sur le modèle de l'écu, celui qui a précédé l'euro. Ce modèle consistait dans un premier temps à adopter une devise commerciale dans le but de favoriser le commerce européen (13).

L'évolution du marché : un pari envisageable?

Les chefs d'État devront clarifier certaines différences avant la mise en marché de cette monnaie. En effet, ce projet n'est pas blanc ou noir, il comporte une portion de nuances. Parmi celles-ci, il faudra déterminer comment les réserves vont être collectées et mises en commun. Cela s'avère un défi de taille pour la CÉDÉAO, car il y a d'énormes différences économiques au sein des États membres. Elles se situent sur le plan de la dette d'État ainsi que des revenus de ceux-ci (14). On y retrouve un certain déséquilibre entre les pays membres, c'est pourquoi les plus petites économies sont avantagées par rapport aux grandes économies comme celle du Nigeria. De plus, la diversité économique joue un rôle important, car certains pays dépendent uniquement du pétrole, alors que d'autres ont des économies très diversifiées.

Cela veut dire que certains vont augmenter leurs recettes économiques grâce au libre-échange régional, alors que d'autres n'y verront aucun bénéfice réel (15).

Ces inégalités devront être rapidement être abordées et réglées si la CÉDÉAO tient à instaurer la nouvelle monnaie d'ici juillet 2020 (16). De plus, il faudra que les pays membres s'entendent sur l'abandon de la monnaie actuelle et de la zone euro, car des pays comme la Côte d'Ivoire refusent de sortir du parapluie économique français. Alors que le Nigeria et le Ghana demandent clairement de quitter le franc CFA (17).

L'Afrique de l'Ouest devra se pencher sur l'ensemble des tensions qui règnent actuellement, si elle compte procéder à ce changement majeur. D'ici là, les chefs d'État auront du pain sur la planche afin de satisfaire les critères de convergences et pouvoir l'adopter l'eco.

Médiagraphie

(1) Azzi, Stephen, « Mondialisation », dans l'Encyclopédie Canadienne, URL [hyperlien] class='liendanstexte' href='/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1511'>mondialisation, consulté le 07/12/19

(2) Nations Unies, « UNGEGN Team for africains divisions », URL [hyperlien] consulté le 07/12/19

(3) Nations Unies, « CEDEAO – Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest », URL [hyperlien] consulté le 07/12/19

(4) AFP « Cinq choses à savoir sur le franc CFA », Journal de Montréal, le 13 novembre 2019, URLhttps://www.journaldemontreal.com/2019/11/13/cinq-choses-a-savoir-sur-le-franc-cfa, consulté le 07/12/19

(5) Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, « Le Franc CFA », URL [hyperlien] consulté le 06/12/19

(6) Fonds monétaires international, « Le tissu de la réforme », URL [hyperlien] consulté le 08/12/19

(7) France diplomatie, Le Franc CFA, URL [hyperlien] consulté le 08/12/19

(8) Fonds monétaires international, Op. Cit

(9) Union africaine, « L'UA en bref », URL [hyperlien] consulté le 07/12/19

(10) Salif, Chérif, « Afrique : Du franc CFA à l'éco : brève histoire d'une monnaie controversée », URL [hyperlien] consulté le 08/12/19

(11) Jeune Afrique, « Monnaie unique de la CEDEAO : Ouattara ne veut pas de rupture brutale entre le CFA et l'éco », URL [hyperlien] consulté le 08/12/19

(12) Ibid.

(13) Ibid.

(14) Ibid.

(15) Sonogo, Issouf, « L'Afrique de l'Ouest maintient l'objectif 2020 pour une monnaie unique », URL [hyperlien] consulté le 08/12/19

(16) BFM « 15 États d'Afrique de l'Ouest veulent remplacer le franc CFA par une monnaie unique dès 2020, URL [hyperlien] consulté le 06/12/18

(17) Topona, Eric, « L'Afrique de l'Ouest est-elle prête à adopter sa monnaie commune? », le 13 novembre 2019, URL [hyperlien] consulté le 07/12/19



Dernière modification: 2019-12-21 08:26:59

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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