13 novembre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

8 octobre 2019

Élections en Bolivie : vers un quatrième mandat pour Evo Morales ?


Simon Guillette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
2005
Élection d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie

juillet
2004
Référendum sur la gestion des hydrocarbures en Bolivie

octobre
1982
Accession de Hernan Siles Zuazo à la présidence de la Bolivie

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

juillet
1978
Renversement du gouvernement de Hugo Banzer en Bolivie

novembre
1975
Déclenchement de l'opération Condor

août
1971
Coup d'État contre le président Jose Torres en Bolivie

mai
1969
Création du Pacte andin

avril
1969
Décès du président bolivien René Barrientos Ortuño

octobre
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

avril
1952
Accession de Victor Paz Estenssoro à la présidence de la Bolivie

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

juillet
1946
Renversement du président bolivien Gualberto Villarroel

Au pouvoir depuis 2006, le président Evo Morales vise un quatrième mandat comme président de la Bolivie, le 20 octobre 2019. Par contre, l'amendement constitutionnel, lui permettant de se présenter pour un quatrième mandat, a été contesté par un référendum le 21 février 2016. Ce référendum a été remporté par les opposants du président, mais le Tribunal suprême électoral a permis à Morales de se présenter pour autant de mandats qu'il le souhaite (1).

Différents modes de scrutin

Le système électoral bolivien comporte une élection présidentielle ainsi que des élections législatives. Il fonctionne, dans le cas des législatives, avec un système électoral proportionnel mixte. Le président, lui, est élu à partir d'un scrutin à majorité absolue. Ici, le candidat qui réussit à avoir la majorité absolue des voix remporte l'élection. Par contre, la réforme de la Constitution bolivienne, établie par Morales en 2009, vient ajouter une nouvelle modalité possible pour gagner l'élection au premier tour. En effet, si un candidat récolte au moins 40 % des suffrages, avec une différence d'au moins 10 % des voix par rapport à son plus proche poursuivant, il sera élu président.

Si aucun candidat ne parvient à respecter ces conditions, le Congrès va procéder à une élection avec les deux candidats ayant obtenu le plus de voix. Si après cela aucun candidat ne parvient à obtenir la majorité absolue, ceux ayant la majorité simple des voix, donc ceux qui auront obtenu le plus de votes, seront proclamés président et vice-président.

La Chambre des députés de la Bolivie contient 130 députés. De ce nombre, 68 sont élus par une majorité au scrutin uninominal et 62 par une majorité plurinominale. Leur mandat se renouvelle tous les 5 ans. Le système politique bolivien est composé de deux chambres. La première est la Chambre des députés et la deuxième, le Sénat, composé de 27 membres. Chaque département est composé de 3 sénateurs, pour 9 départements en tout. Les sénateurs sont élus à la suite d'un scrutin majoritaire. Le parti politique qui gagne les élections obtient deux sénateurs. Celui qui le suit dans les résultats n'obtient en revanche qu'un seul sénateur (2).

Le président de la Bolivie est aussi le chef des forces armées. Il détient les pouvoirs en diplomatie étrangère et il décide des orientations économiques à prendre. (3). Le vice-président fait partie du conseil exécutif de la Bolivie. En général, c'est le président élu qui propose la nomination d'un vice-président à la Chambre des députés, pour que ceux-ci approuvent sa nomination. Il doit remplacer le président si jamais il mourait ou ne pouvait plus gouverner pour toutes sortes de raisons. Il a aussi un rôle de président du Congrès national et du Sénat (4). Les deux chambres d'assemblée ont pour rôle de débattre sur des lois spécifiques et de convoquer des réunions extraordinaires, s'il y a lieu. Chaque département élit trois sénateurs composant le Sénat (5).

Carlos Mesa : l'alternative au président sortant

Pour faire face au président actuel, Carlos Mesa Gisbert se présente comme candidat lors de l'élection du 20 octobre 2019. Ancien président de la Bolivie, il s'engage à réduire la dette du pays, alimentée par les déficits. Il était le vice-président du pays d'aout 2002 à octobre 2003. Par la suite, il a été président jusqu'à-ce que Morales le remplace à l'issu de l'élection de 2006. Avant d'être président, Mesa a été journaliste et historien, écrivant 16 livres sur l'histoire de la Bolivie et sur le cinéma latino-américain. Un de ses engagements est d'ouvrir de nouvelles relations commerciales avec des pays comme les États-Unis, sans fermer la porte à la Russie et à la Chine (6).

Il fait campagne avec la Community Citzen Alliance, et aurait 27,1 % des intentions de vote. Ce taux calculé par un sondage de Tal Cual le placerait deuxième, juste après Morales, avec un pourcentage estimé à 38,1 %. Si ces prévisions sont exactes, les deux candidats auront au moins 10 points de pourcentage d'écart, mais le président n'atteindrait pas le seuil de 40 % des suffrages. Par conséquent, cela ne permettrait pas à Morales de remporter l'élection pour un quatrième mandat au premier tour (7). Pourtant, en avril dernier, les deux candidats étaient au coude-à-coude dans les intentions de vote, avec un taux de 33 % chacun. Avec cette possibilité, si un deuxième tour est nécessaire, les chances que Carlos Mesa redevienne président sont significatives, avec 46 % des voix selon le sondage. Il n'en demeure pas moins que 52 % des Boliviens croient que Morales va remporter les élections (8).

Evo Morales et un socialisme inclusif

Evo Morales se présente pour un quatrième mandat après avoir fait plusieurs réalisations économiques, notamment la nationalisation des ressources naturelles et une plus grande redistribution des recettes de l'État. La première de ces mesures, entamant la mise en place d'un modèle socio-économique communautaire-productif, est la nationalisation des hydrocarbures à l'arrivée du président actuel en 2006 (9). En effet, le représentant du Mouvement pour le Socialisme considère qu'il a élaboré un système en harmonie avec la nature qu'on appelle l'État plurinational.

C'est dans sa réforme constitutionnelle en 2009 que le plurinationalisme est reconnu dans la Constitution bolivienne. Le modèle économique mis en place par Morales est présenté comme un compromis entre l'intérêt individuel et le bien-être des différentes communautés. De cette manière, le gouvernement vise à réinventer le socialisme en le rendant plus inclusif à l'égard des peuples indigènes occupant les lieux à l'origine (10).

Comme les sondages l'indiquent, le président a ses détracteurs. Toutefois, si l'on considère les indicateurs économiques, ses mesures ont porté fruit puisque le produit intérieur brut de la Bolivie a triplé et que l'extrême pauvreté est passée de 38 % à 15 % depuis son arrivée au pouvoir (11).

Médiagraphie

(1) Amanda, En Bolivie, le président Morales bien placé pour un quatrième mandat, Le Monde, 22/08/2019, [hyperlien] consulté le 07/10/2019

(2) Vanegas, Fernanda, Monje Marco, Bolivie, Observateur Politique (Voir), [hyperlien] consulté le 07/10/2019

(3) Library of Congress, Country profile: Bolivia, 01/2006, [hyperlien] consulté le 07/10/2019

(4) Historia, Vicepresidencia del estado plurinacional de Bolivia, 2019, [hyperlien] consulté le 07/10/2019

(5) Library of Congress, op.cit.

(6) CCA admin, An interview with former Bolivian president and current presidential candidate Carlos Mesa, 03/07/2019, [hyperlien] consulté le 07/10/2019

(7) Loc. cit.

(8) Aaroja, Jose Enrique, Messa hopes to end Morales' long rule of Bolivia in fall election, Bloomberg, 20/06/2019, [hyperlien] consulté le 7/10/2019

(9) Gonzalez, Diego, Le miracle économique de la Bolivie, Deutsche Welle dans Courrier International, 09/08/2019, [hyperlien] consulté le 07/10/2019

(10) Hillenkampf, Isabelle, Wanderley, Fernanda, Génèse et logique de justification de l'économie communautaire et solidaire en Bolivie, Revue internationale de l'économie sociale, 30/07/2015, [hyperlien] consulté le 07/10/2019

(11) Gonzalez, Diego, op.cit.



Dernière modification: 2019-10-17 12:05:16

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Élections en Bolivie : vers un quatrième mandat pour Evo Morales ?
>octobre 2019


Extension de la culture de coca en Bolivie : entre viabilité économique et conflit d'intérêts
>octobre 2017


Une année très chaude pour les Boliviens
>mars 2017


Chili-Bolivie : un vieux conflit maritime porté devant la CIJ
>septembre 2015


G-77+Chine veulent résoudre le problème de pauvreté mondiale
>février 2015


L'expulsion de l'USAID en Bolivie : un geste controversé mais prévisible
>septembre 2013


Vague de nationalisations en Bolivie
>février 2013


L'« or blanc » de la Bolivie : l'enjeu national de la prochaine décennie
>novembre 2010


Bolivie : une réplique directe à l'Accord de Copenhague
>septembre 2010


Second mandat pour Evo Morales : entre réformes socialistes et économie précaire
>février 2010


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019