6 décembre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

19 novembre 2019

Chine : économie géante et corruption géante


William Falla
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2019
Alunissage d’une sonde chinoise sur la face cachée de la Lune

mars
2018
Intensification d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

mars
2018
Abolition de la limite de deux mandats présidentiels en Chine

octobre
2017
Ouverture du XIXe Congrès du Parti communiste chinois

novembre
2015
Poignée de main historique entre les présidents de la Chine et de Taïwan

octobre
2015
Fin de la politique de l'enfant unique en Chine

novembre
2014
Entente entre les États-Unis et la Chine sur la lutte aux changements climatiques

septembre
2014
Mouvement de protestation populaire à Hong Kong

novembre
2012
Ouverture du XVIIIe congrès du Parti communiste chinois

août
2008
Ouverture des Jeux olympiques de Beijing

mars
2008
Montée de la violence dans les rues de Lhassa au Tibet

octobre
2007
Ouverture du XVIIe Congrès du Parti communiste chinois

juillet
2007
Présentation de la journée Live Earth

février
2007
Entente sur un éventuel démantèlement du programme nucléaire nord-coréen

octobre
2003
Première mission chinoise envoyant un homme dans l'espace

mars
2003
Alerte au SRAS par l'Organisation mondiale de la santé

novembre
2002
Ouverture du XVIe Congrès du Parti communiste chinois

décembre
2001
Adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce

décembre
1999
Rétrocession de Macao à la Chine

Au cours des dernières décennies, la Chine a réalisé une des croissances économiques les plus formidables de toute l'histoire de l'humanité. Cependant, elle fait face à un phénomène de corruption important et progressif qui menace même de la déstabiliser. Ce phénomène de corruption trouve son origine dans plusieurs facteurs, y compris dans le Parti communiste chinois (PCC) lui-même, le mettant devant un dilemme : soit de lutter contre la corruption, soit de perdre le contrôle de l'État.

Les scandales de corruption augmentent de manière spectaculaire

Même si la Chine a eu une croissance économique fulgurante qui l'a catapultée parmi les deux plus grandes économies de la planète en peu de temps, la corruption est l'un des problèmes les plus sérieux pour ce géant asiatique. À chaque année, la corruption est dénoncée par le gouvernement chinois comme étant une priorité à combattre (1). Cependant, le problème persiste. Par exemple, tout récemment selon le Global Times, le ministre des chemins de fer, Liu Zhijun, a été écarté du pouvoir pour avoir obtenu « plus de 800 millions de yuans (87 millions d'euros) de pots-de-vin liés à des contrats pour l'expansion du réseau chinois de lignes à grande vitesse (2) ».

En 2015, « … 29000 personnes ont été accusées de corruption (3) », mais le problème persiste y compris dans le PCC. En effet, en 2016, les enquêtes anticorruptions avaient dans la mire 64 responsables de certaines entreprises d'État chinoises (4). Selon un article d'Alain Jocard, provenant de l'Agence France-Presse et publié par Radio 1, les juges chinois ont eu fort à faire en 2016 : « Le nombre de cas de corruption traités a augmenté d'un tiers. 45.000 affaires ont été traitées (5). » Le niveau de corruption est tel que le président chinois Xi Jinping a dû lancer une campagne « qui a sanctionné pas moins de 1,5 million de cadres du parti au pouvoir en Chine (6) ».

Tout récemment, le secrétaire général du PCC, Xi Jinping, a admis que la corruption peut mener à l'effondrement du parti et à la chute de l'État (7). Le PCC a même informé en 2018 qu'il existait actuellement 1,16 million de cas de corruption. Ainsi, la corruption devient systémique en Chine, y compris dans l'administration.

Causes de la corruption en Chine

Les causes de ce problème sont multiples et celles que l'on nommera ne sont probablement pas les seules. Cela étant dit, les facteurs suivants reviennent souvent dans les analyses des spécialistes de la question et parmi les médias.

Premièrement, le pouvoir absolu du PCC peut mener à la corruption absolue (8). Selon les analystes, le problème de la corruption est lié de façon si intime au système communiste lui-même que les dirigeants chinois sont confrontés à un travail de Sisyphe (9). Autrement dit, la nature du PCC produit de la corruption, en partie. Déjà en 1921, lors de sa fondation, le Parti communiste chinois (PCC) était composé de seulement sept personnes très influentes (10). Selon le site The Walrus, c'est donc la nature du PCC qui stimule la corruption par sa centralisation et par le cercle réduit de figures importantes qui n'ont pas vraiment d'opposition ou qui sont peu imputables de leurs actions. « La principale cause de la corruption au niveau local est une absence de contrôle sur le pouvoir politique (11) », a déclaré à l'Agence France-Presse Hu Xingdou, un économiste de l'Institut de technologie de Pékin. Les privilèges de longue date au PCC augmentent également la corruption (12), alors que les inégalités socio-économiques poussent les gens à se corrompre (13)

Deuxièmement, la prééminence de l'économie joue un rôle dominant sur le politique et le social est un autre facteur. En effet, l'ambition à l'enrichissement est une pulsion très forte pour presque tout le monde. La globalisation de l'économie a permis la création de beaucoup de richesse économique. Cependant, cette croissance économique exponentielle est accaparée par une petite minorité, ce qui explique l'élargissement des inégalités socio-économiques dans le monde entier. La Chine n'est pas l'exception, explique la sinologue Guilhem Fabre : « La structure de l'État chinois s'est profondément modifiée pendant les deux dernières décennies des réformes et de décentralisation économique qui expliquent l'expansion qu'a connue ce pays. On observe dans le même temps une généralisation de la corruption et un glissement progressif vers de nouvelles formes de criminalisation de l'économie (14). »

Il faut se rappeler que la Chine, malgré le communisme, a commencé graduellement à accepter le libre marché dans les années 1970. En effet, « Peu importe qu'un chat soit jaune ou noir, ce qui importe, c'est qu'il sache attraper les souris (15) », disait l'ancien dirigeant chinois Deng Xiaoping. Pourtant, ces changements ont laissé place à de la corruption (16).

Cependant, une nuance est nécessaire avant de lier corruption et PCC, car la corruption n'est pas nécessairement un problème de pays communistes seulement. En effet, des pays libéraux économiquement, tels que la Colombie, le Brésil, la Thaïlande, le Mexique ou l'Inde présentent eux aussi un taux élevé de corruption (17). Également, il existe des pays comme Cuba qui, malgré le communisme, seraient peu corrompus.

Troisièmement, le gouvernement chinois ne fait pas assez. En effet, « Les efforts du gouvernement pour lutter contre le phénomène ne sont plus à la hauteur des tentations de plus en plus nombreuses qui s'offrent aux cadres du régime… », explique Sun Yan, spécialiste en corruption à la City University de New York. (18) .

Selon le quotidien China Daily, il manque une implémentation plus stricte de la discipline, car la corruption devient systémique et il est presque impossible de la combattre (19).

En 2013, Xi Jinping avait annoncé un durcissement de la lutte contre la corruption. Cependant, selon Echo Hui du magazine The Walrus, cette initiative était plutôt une stratégie pour s'attaquer aux opposants politiques (20). En effet, le gouvernement n'aurait pas vraiment des moyens clairs pour contrer la corruption.

Quatrièmement, il apparait que les régions où il y a moins de culture démocratique, en Chine, présentent davantage de corruption. Selon une étude faite par des spécialistes en économie et finances de l'Université technologique du Queensland en 2010, les régions où il y a un manque de médias et où les salaires minimums pour certains employés de l'État sont trop petits, présentent davantage de corruption (21). Il y a aussi davantage de corruption là où les manifestations populaires sont réprimées (22). Également en 2017, le magazine The Diplomat fut accusé d'activité criminelle suspecte pour tenter de le faire taire.

Pour certains, le PCC ferait des arrestations arbitraires pour faire taire les dissidents (23). Par exemple, après le lancement de la campagne anticorruption de 2012, le PCC a mis en prison des avocats des droits de la personne, des activistes, des journalistes, supprimé Internet à certains endroits, etc. (24). Selon Reporters sans frontières, 100 journalistes sont actuellement détenus en Chine et la tendance ne semble pas s'améliorer (25).

Médiagraphie :

1. Saiget, Robert, « Chine: la corruption, un problème constant », Agence France-Presse, URL [hyperlien] consulté le 09/11/2019.

2. Loc. cit.

3. Fouquet, Claude, « Chine : plus de 29.000 personnes visées par des enquêtes anticorruptions en 2015 », LesEchos, le 05 janvier 2016, URL [hyperlien] consulté le 09/11/2019.

4. Loc. cit.

5. Europe1, « Record du nombre de procès pour corruption en Chine », le 12 mars 2017, URL [hyperlien] consulté le 09/11/2019.

6. Baert, Patrick, « La chasse à la corruption s'intensifie en Chine », Agence France-Presse, le 19 mars 2018, URL [hyperlien] consulté le 09/11/2019.

7. Austin, Leo, « China's economy runs on corruption – and the state is scared », CAPX, le 18 septembre 2019, URL [hyperlien] consulté le 15/11/2019.

8. Hui, Echo, « China's False War on Corruption », The Walrus, le 9 octobre 2019, URL [hyperlien] consulté le 15/11/2019.

9. Saiget, Robert, Op. cit.

10. Loc. cit.

11. Loc. Cit.

12. Shuntian, Yao, «Privilege and Corruption: The Problems of China's Socialist Market Economy», The American Journal of Economics and Sociology, janvier 2002, Vol. 61, No. 1, pp. 279-299

13. Austin, Leo, Op. cit.

14. Fabre, Guilhem, « ÉTAT, CORRUPTION ET CRIMINALISATION EN CHINE », Revue internationale des sciences sociales, 2001/3 n° 169 | pages 501 à 508, ISSN 0304-3037, ISBN 9782865868933, URL [hyperlien] consulté le 09/11/2019.

15 Chu, Chunhua, « Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, pourvu qu'il attrape la souris ! », Entreprises et histoire, 2018/1 (n° 90), pages 149 à 150, URL [hyperlien] consulté le 09/11/2019.

16. Hui, Echo, Op. cit.

17. Guilhem, Fabre, Op. cit.

18. Saiget, Robert, Op. cit.

19. Chinadaily, « Peer pressure no excuse for corruption », le 14 décembre 2015, URL [hyperlien] consulté le 12/11/2019.

20. Hui, Echo, Op. cit.

21. Bin Dong et Benno Torgler, « The causes of corruption in China », 2010, École d'économie et finance de l'Université de Queensland, file:///C:/Users/Utilisateur/Downloads/SSRN-id1628107.pdf, consulté le 12/11/2019.

22. Hui, Echo, Op. cit.

23. Loc. cit.

24. Loc. cit.

25. Loc. cit.



Dernière modification: 2019-11-24 13:59:23

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Chine : économie géante et corruption géante
>novembre 2019


Beijing : un choix controversé pour la tenue des Jeux olympiques en 2022
>octobre 2019


Hong Kong : la loi sur l'extradition déstabilise le gouvernement
>octobre 2019


Alibaba : le géant chinois se sépare de son fondateur
>octobre 2019


Le nucléaire chinois avance à grands pas
>avril 2019


La révolution sino-américaine et le piège de Thucydide
>mars 2019


Persécution des musulmans en Chine
>mars 2019


Kim Jong-un et Xi Jinping : un partenariat sans faille?
>novembre 2018


Le parti indépendantiste HKNP s'attire les foudres de Pékin
>octobre 2018


La rencontre de Wuhan : un retour au calme entre l'Inde et la Chine?
>septembre 2018


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019