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12 novembre 2019

La frontière entre les deux Irlande : une entrave majeure à la négociation du Brexit


Étienne Champigny
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mai
2019
Élections au Parlement européen

mai
2019
Annonce de la démission de la première ministre britannique Theresa May au Royaume-Uni

juin
2017
Réélection du Parti conservateur de Theresa May au Royaume-Uni

mars
2017
Début d’une série d’attentats terroristes au Royaume-Uni

juin
2016
Tenue d'un référendum au Royaume-Uni sur la sortie de l'Union européenne

mai
2015
Réélection du gouvernement conservateur de David Cameron au Royaume-Uni

septembre
2014
Tenue d'un référendum sur l'indépendance de l'Écosse

mai
2014
Début des élections législatives au Parlement européen

juillet
2012
Ouverture des Jeux olympiques de Londres

mai
2010
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement dirigé par le conservateur David Cameron

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

avril
2009
Tenue du Sommet du G20 à Londres

juillet
2007
Présentation de la journée Live Earth

juin
2007
Assermentation de Gordon Brown au poste de premier ministre du Royaume-Uni

juin
2007
Ouverture du Sommet du G8 à Heiligendamm, en Allemagne

mai
2007
Formation d'un gouvernement dirigé par Ian Paisley en Irlande du Nord

mai
2005
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair

juin
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

mars
2003
Début d'une offensive militaire d'envergure en Irak

Le 23 juin 2016, la population du Royaume-Uni est appelée à voter lors du référendum sur l'appartenance à l'Union européenne (UE). Les habitants du Royaume-Uni ont alors voté à 52 % pour quitter l'UE. La complexité entourant la sortie de l'UE fut telle qu'en novembre 2019, 3 ans et demi plus tard, les négociations sont toujours en cours.

La sortie initiale de l'UE devait se faire le 29 mars 2019, mais les parties prenantes n'ont pu s'entendre sur les modalités. Depuis, la date de sortie fut repoussée à trois reprises puisqu'une majorité de députés à la Chambre des communes ont voté contre le plan soumis par le Parti conservateur (1). Devant l'impossibilité de mettre son plan à exécution, la première ministre et cheffe du Parti conservateur, Theresa May, dû démissionner de son poste de première ministre et fut remplacée par Boris Johnson au mois de juin 2019 (2).

Des négociations toujours aussi difficiles

Les négociations entourant le Brexit ont connu des avancées significatives depuis la nomination de Boris Johnson à la tête du Parti conservateur, le 24 juin 2019 (3). Partisan du Brexit, celui-ci avait comme mandat d'obtenir une entente que les 27 autres membres de l'UE devaient accepter d'ici le 31 octobre 2019, la prochaine date annoncée de vote à la chambre basse britannique sur le Brexit. C'est d'ailleurs ce qu'il obtint le 17 octobre à la suite d'une rencontre avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

L'entente est acceptée par une majorité de députés à la Chambre des communes le 22 octobre 2019. Par contre, ces derniers acceptent seulement les dispositions comprises à l'intérieur de celle-ci, mais pas la date de sortie officielle du 31 octobre, qui est selon eux beaucoup trop rapide afin d'analyser convenablement le dossier de 110 pages (4). Il s'agit d'une toute première victoire en chambre pour le Parti conservateur avec une majorité de députés en faveur du dossier sur le Brexit. C'est par contre un échec pour Johnson qui affirmait vouloir sortir le Royaume-Uni de l'UE au plus tard le 31 octobre, et ce, même sans accord.

Ainsi, les 27 députés nationaux européens ont depuis accepté le report de la date limite, proposé par le Royaume-Uni au 31 janvier 2020. Devant la crainte d'échouer à nouveau en chambre, le premier ministre Johnson demande la tenue d'élections législatives puisqu'il espère obtenir une plus grande majorité de députés au Parlement. Cette majorité est obtenue avec deux tiers des députés en faveur de nouvelles élections qui auront lieu le 12 décembre 2019 (5).

Le fameux « backstop » ou les difficiles négociations entourant la frontière irlandaise

Une des raisons expliquant les échecs répétés à la concrétisation du Brexit provient des enjeux entourant la frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord. Comme le Royaume-Uni est un territoire insulaire, il s'agirait alors de la seule frontière entre lui et l'Europe. Le Royaume-Uni ne veut pas voir de frontière rétablie entre ces deux États marqués par des violences importantes, communément appelées ‘The Troubles', à la fin du 20e siècle.

À ce sujet, la tenue du Brexit devrait normalement instaurer un contrôle entre l'Irlande et l'Irlande du Nord. Par contre, il est très mal vu d'instaurer un contrôle à cette frontière qui pourrait non seulement être prise pour cible, mais contreviendrait aussi à l'accord du Vendredi saint (6). Cet accord, signé le 10 avril 1998, voulait mettre fin à 30 ans de violence entre l'Irlande et l'Irlande du Nord en éliminant tout élément de division frontalière entre ces deux États.

C'est ainsi que l'appellation ‘Back stop' vit le jour où il fut négocié en 2019 par l'ex-première ministre Theresa May et son homologue irlandais, Leo Varadkar. Cette entente de ‘Backstop' a pour but d'assurer qu'il n'y ait pas de frontière entre les deux États, et ce, peu importe les dispositions prises à la suite de l'adoption du Brexit. Il s'agit de maintenir l'Irlande du Nord dans l'Union européenne pour les questions de tarifs douaniers, mais avec des dispositions particulières (7). Il n'y a par contre pas de consensus sur la procédure puisqu'un maintien de l'Irlande du Nord dans l'UE sur les questions de libre-échange force le reste du Royaume-Uni à être contraint de respecter les modalités de l'entente sur les échanges commerciaux frontaliers.

À ce sujet, les conservateurs veulent instaurer une zone frontalière plutôt qu'une ligne. Ainsi, l'Irlande du Nord quitterait l'Union européenne comme le reste du Royaume-Uni, mais serait bénéficiaire de dispositions particulières sur les échanges douaniers entre les deux Irlande, et ce, sur certains secteurs précis seulement. Cependant, le Parti travailliste (Labour) et les libéraux sont contre une quelconque forme de frontière entre les deux Irlande. Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste, est contre un tel scénario qui selon lui irait à l'encontre de l'accord du Vendredi saint (8). Les libéraux et leur cheffe Jo Swinson sont aussi contre un tel scénario qu'ils jugent catastrophique pour l'économie de l'Irlande du Nord (9)

L'Irlande du Nord, un acteur économique faible au Royaume-Uni

L'Irlande du Nord est la plus petite économie parmi les 4 grandes régions du Royaume-Uni. Son produit intérieur brut (PIB) est de 60 milliards de dollars US, ce qui équivaut à 2,1 % du PIB total du Royaume-Uni en 2017. Elle a le plus faible taux de croissance avec 10,9 %, contre 19 % pour l'ensemble des régions du Royaume-Uni. Parmi celles-ci, l'Irlande du Nord compte pour la région ayant les résultats les plus faibles sur la quasi-totalité des indicateurs économiques (10).

Les activités économiques du pays sont concentrées autour de secteurs économiques de faible production, le plus important étant les services avec une part de marché de 27 %. Les autres plus grands employeurs de cette région britannique sont l'agriculture, la construction et la vente. L'Irlande du Nord possède de bonnes institutions d'éducation, mais ne possède pas les hautes entreprises permettant de maintenir ses cerveaux au pays, eux qui préfèrent bien souvent s'exiler vers les grands centres comme Londres.




Références:

(1) : BBC News, « Brexit : All you need to know about the UK leaving the EU », BBC News, 29 octobre 2019, URL https://www.bbc.com/news/uk-politics-32810887, consulté le 11 novembre 2019.

(2) : Loc. Cit.

(3) : Helm, Toby, « Johnson ‘faces fresh court action' after urging rejection of Brexit delay », The Guardian, 19 octobre 2019, URL https://www.theguardian.com/politics/2019/oct/19/h... consulté le 11 novembre 2019.

(4) : Agence France-Presse, « Un Brexit le 31 octobre compromis », TVA Nouvelles, 22 octobre 2019, URL https://www.tvanouvelles.ca/2019/10/22/un-brexit-l... consulté le 11 novembre 2019.

(5) : Picheta, Rob, « Everything you need to know about the UK general election on December 12 », CNN, 31 octobre 2019, URL https://edition.cnn.com/2019/10/30/uk/uk-election-... consulté le 11 novembre 2019.

(6) : Mueller, Benjamin, « What is Brexit ?A Simple guide to why it matters and what happens next », New York Times, 29 octobre 2019, URL https://www.nytimes.com/interactive/2019/world/eur... consulté le 11 novembre 2019.

(7) : Loc. Cit.

(8) : Syal, Rajeev & Heather Stewart, « MPs voice cautious support for Johnson's Irish border proposals », The Guardian, le 2 octobre 2019, URL https://www.theguardian.com/politics/2019/oct/02/m... consulté le 11 novembre 2019.

(9) : Loc. Cit.

(10) : European Commission, « Northern Ireland », EuroStats, 7 novembre 2019, URL https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/region... consulté le 11 novembre 2019.

Dernière modification: 2019-11-18 07:49:57

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