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8 octobre 2019

Hong Kong : la loi sur l'extradition déstabilise le gouvernement


Clément Le Goff
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Carrie Lam, la cheffe de l'exécutif de Hong Kong, a déposé en 2019 un projet de loi d'extradition. Celui-ci consiste à trouver un arrangement judiciaire, entre autres avec la Chine et Taïwan, afin de restituer des fugitifs au pays qu'ils ont déserté. Cet amendement a été impulsé par un meurtre commis à Taïwan en 2018 : un jeune homme y a tué sa petite amie enceinte et est venu se réfugier à Hong Kong, où il était protégé par les lois en vigueur.

Un pays, deux systèmes

Hong Kong a toujours eu un statut particulier. Colonie britannique jusqu'à sa rétrocession à la Chine en 1997, c'est aujourd'hui une région administrative spéciale (RAS). On entend par ce titre que Hong Kong a son propre gouvernement, ses propres lois, mais qu'elle appartient quand même à la Chine. De plus, l'autonomie offerte à Hong Kong, et partiellement garantie par la common law, est éphémère. D'après la déclaration commune sino-britannique, elle cessera d'être une RAS et sera définitivement rattachée à la Chine en 2047 (1). D'ici là, les Hongkongais restent attachés à leur indépendance relative, et l'amendement sur la loi d'extradition arrive comme un pavé dans la mare.

En effet, cette loi prévoit d'autoriser l'extradition de personnes n'ayant pas encore été jugées, afin que le procès se tienne dans leur pays d'origine (2). C'est le cas pour les Hongkongais, mais également pour les étrangers présents en grand nombre dans la ville. Cela a déclenché, et ce, depuis le mois d'avril 2019, de nombreuses manifestations. Le dimanche 9 juin, les organisateurs recensent plus d'un million de participants dans les rues de Hong Kong, pour un peu plus de 7 millions d'habitants (3). La mobilisation est colossale, pour un enjeu de taille.

Des manifestations réprimées

Se méfiant des accusations d'ingérence, les États qui ne sont pas concernés ne se prononcent généralement pas sur la question. Beaucoup, comme les États-Unis ou la France, soutiennent le point de vue des Nations unies : ils condamnent les violences qui peuvent survenir lors des manifestations et appellent à trouver des solutions dans un cadre pacifique (4). Peu de pays s'expriment réellement, mais on trouve parmi eux la Corée du Nord, qui se range derrière la Chine au nom de la souveraineté et de la sécurité sur le territoire (5). On comprend donc ici que la Corée du Nord cautionne cet amendement, contrairement au Japon. Lors d'une rencontre entre le président chinois Xi Jingping et le premier ministre japonais Shinzo Abe, ce dernier aurait d'ailleurs souligné l'importance du modèle « un pays, deux systèmes (6) ».

On peut également prendre en compte l'avis de Tsai Ing-wen, présidente de la République de Chine, l'actuel Taïwan. Les deux républiques chinoises étant toutes deux comprises dans le projet de loi, l'aversion historique entre celles-ci pousse naturellement Tsai Ing-wen à encourager les Hongkongais dans leurs revendications : la Chine pourrait alors poursuivre un Taïwanais présent sur le territoire de Hong Kong.

Des organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains ont décrié la situation, et condamné ce projet de loi. C'est le cas d'Amnistie internationale qui dénonce de nombreux points. D'après elle, le droit dont dispose la population d'Hong Kong à manifester librement est entravé par « un usage excessif de la force […] par la police (7) ». Pour Human Rights Watch, la mise en place d'un tel accord représente une menace à la société civile. D'après Sophie Richardson, directrice de recherche sur la Chine pour Human Rights Watch : « Personne ne sera en sécurité, les militants, les avocats en droits humains, les journalistes et les travailleurs sociaux (8). » Cette ONG avance également l'argument selon lequel « Le gouvernement chinois invoque régulièrement des charges criminelles […] pour persécuter et emprisonner des militants pacifiques, des défenseurs des droits humains, et ceux qui s'opposent à la politique du gouvernement chinois (9).»

Les médias chinois en soutien

Le South China Morning Post est un quotidien de langue anglaise. Il fait partie des plus grands à Hong Kong. Il lui est assez difficile de cacher ses intérêts : en plus de titres évocateurs comme « Opponents to Hong Kong's extradition bill are blind to progress in China legal's system (10) », ce média est étroitement lié au gouvernement bien qu'il ne lui appartienne pas. Si l'État chinois possède la majorité des grands médias sur son territoire, ce n'est pas le cas de celui-ci, puisqu'il appartient au groupe Alibaba. Cependant, ce groupe appartient à Jack Ma, fondateur du célèbre site d'e-commerce, ami du pouvoir et communiste convaincu (11).

Le South China Morning Post n'est pas le seul journal chinois à remettre en cause cet accord d'extradition. On peut voir ce phénomène notamment dans le China Daily, propriété du Parti communiste chinois, grâce au lexique utilisé, et à la volonté d'instaurer un sentiment d'insécurité : « Beaucoup de ces fugitifs ont commis de sérieux crimes », « N'importe quelle personne saine d'esprit considèrerait cet amendement comme légitime […]. Malheureusement, quelques résidents de Hong Kong ont été trompés par l'opposition et leurs alliés étrangers en supportant la campagne anti-extradition (12) ». Les journaux étrangers se contentent majoritairement de rapporter des faits et d'expliquer l'amendement, sans le commenter.

L'ensemble de ces réactions ont poussé Carrie Lam à retirer son projet de loi le 4 septembre dernier. Face à toutes ces polémiques soulevées et ces manifestations déclenchées, le gouvernement n'avait que peu de choix. Les Hongkongais continuent tout de même à exprimer leur mécontentement : pour certains d'entre eux, la prochaine étape est la démission de Carrie Lam (13).

Médiagraphie

(1) ULaval, Régions administratives spéciales, URL [hyperlien] consulté le 11/10/2019, consulté le 05/10/2019

(2) CAP 503 Hong Kong Fugitive Ordonner Ordinances, URL [hyperlien] consulté le 05/10/2019

(3) Le Monde, « Manifestation massive à Hong Kong contre un projet de loi d'extradition vers la Chine », 9 juin 2019, URL [hyperlien] consulté le 05/10/2019

(4) Nations Unies, « Act with restraint, UN human rights chief urges Hong Kong authorities and protestors following airport disruption » [hyperlien] consulté le 11/10/2019

(5) KCNA watch, « Stand of Chinese Party and government supported » 13 août 2019, , URL [hyperlien] consulté le 05/10/2019

(6) Taïwan News, « Japan says raised Honk Kong with China's Xi », 28 juin 2019, , URL [hyperlien] consulté le 05/10/2019

(7) Amnesty International, « Protect the rights of people in Hong Kong », URL [hyperlien] consulté le 05/10/2019

(8) Human Rights Watch, « Hong Kong : Extradition changes threaten civil society », 6 juin 2019, URL [hyperlien] consulté le 05/10/2019

(9) Grenville, Cross, « Opponents to Hong Kong's extradition bill are blind to progress in China's legal system », South China Morning Post, 9 mai 2019, URLhttps://www.scmp.com/comment/insight-opinion/article/3009141/opponents-hong-kongs-extradition-bill-are-blind-progress, consulté le 05/10/2019

(10) Ibid.

(11) Brant, Robin, « Why is Jack Ma a member of the Communist Party of China ? », BBC, 27 novembre 2018, URL [hyperlien] consulté le 05/10/2019

(12) China Daily, « Closing of extradition loophole strengthens rule of law in HK », 9 juin 2019, , URL [hyperlien] consulté le 05/10/2019, consulté le 05/10/2019

(13) La Tribune, « Hong Kong : Carrie Lam s'excuse mais ne démissionne pas », 18 juin 2019, , URL [hyperlien] consulté le 07/10/2019



Dernière modification: 2019-11-14 15:05:17

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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