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1 octobre 2019

Élections législatives : le virage social-démocrate guatémaltèque


Éva Frédérique Gnékibo
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2015
Élection de Jimmy Morales à la présidence du Guatemala

décembre
1996
Signature des accords mettant fin à la guerre civile au Guatemala

février
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

août
1983
Renversement du président Rios Montt au Guatemala

mars
1966
Tenue d'élections au Guatemala

décembre
1960
Création d'un Marché commun de l'Amérique centrale

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

juillet
1957
Assassinat du président du Guatemala Carlos Castillo Armas

juin
1954
Renversement du président guatémaltèque Jacobo Arbenz

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

mars
1945
Accession de Juan Jose Aravelo à la présidence du Guatemala

Le 16 juin 2019, plus de huit millions de Guatémaltèques sont appelés aux urnes lors des élections générales (1). À cette occasion, se tenaient simultanément l'élection présidentielle, les élections législatives et les municipales (2). Bien que la présidentielle ait retenu l'attention de tous, les élections aux autres paliers de gouvernement n'en sont pas moins importantes.

Le meilleur des deux mondes

Le régime politique du pays est quelque peu similaire à celui des États-Unis. Il s'agit d'un régime présidentiel au sein duquel les trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire, sont indépendants les uns des autres. L'Assemblée législative, le Congrès de la République, est unicaméral (3). Ce type de régime a l'avantage de permettre à la population d'obtenir le meilleur des deux mondes lors des élections.

Sachant que le président n'est pas tenu d'avoir l'appui du législatif pour gouverner et, que, inversement, le législatif n'est pas lié en tout point au président, les populations peuvent élire des partis opposés et jouir des différents avantages qu'apporte chaque parti. C'est d'ailleurs ce qu'ont fait les Guatémaltèques en confiant les rênes de l'exécutif au conservateur Alejandro Eduardo Giammattei du Parti Vamos, et en offrant la pluralité des sièges du législatif au Parti social-démocrate de Sandra Torres, l'Union nationale de l'espérance (UNE).

Des partis fluctuants

En 2015, pourtant, c'est le Parti de la Liberté démocratique renouvelée (LIDER) qui dominait l'échiquier politique législatif. Ce parti centriste avait obtenu 44 des 158 sièges du Congrès de la République (4). En deuxième place venait l'Union nationale de l'espérance, anciennement Unité nationale de l'espérance, avec 36 sièges. Le parti centriste Todos, le Parti patriotique, de droite, et un autre parti centriste, le Front de la convergence nationale (FCN), occupèrent respectivement la troisième, la quatrième et la cinquième place en nombre de députés (5).

Les élections de 2019 ont apporté quelques nouveautés. Le nombre de sièges à pourvoir passait de 158 à 160 pour conserver une représentation proportionnelle à la population croissante. De nouveaux partis ont également fait élire des députés (6), tandis que d'autres ont disparu de l'échiquier politique. C'est le cas de LIDER qui, en 2016, est dissous sur une décision du Tribunal électoral suprême (TSE). Le parti est accusé d'avoir enfreint plusieurs lois électorales (7).

En ce qui concerne les résultats, c'est l'UNE qui a obtenu une pluralité des 160 sièges, soit 54. En seconde place, Vamos, le parti de droite du président élu, obtient 16 sièges. En troisième place se trouve l'Union du changement national (UCN), un parti de droite, qui remporte 12 sièges. L'UCN est l'une des surprises des élections. Ce parti a vu son nombre de sièges doubler d'une élection à l'autre. Les partis de droite Valeur et Bien être national remportent respectivement 9 et 8 sièges. Enfin, le FCN, parti du président sortant Jimmy Morales, perd des plumes. De 11 sièges en 2015, il n'en conserve que 8 au Congrès de la République (8).

L'UNE : le parti du peuple

Fondée en 2002 par l'ex-président Álvaro Colom, l'UNE est un parti de gauche qui se réclame de la sociale-démocratie (9). Il défend une distribution plus équitable des richesses, soutient les programmes de réduction de la pauvreté et d'accès à l'emploi. Ce parti veut également œuvrer pour stopper l'émigration massive des populations vers le Mexique et les États-Unis (10).

Depuis 2007, ses performances électorales évoluent en dents de scie. Lors des élections de cette année, il obtient son plus haut pourcentage de votes à ce jour, soit 22,8 %, et 48 sièges. En 2015, ses résultats chutent. Il obtient 14,8 % de votes et 36 sièges. Malgré tout, l'UNE semble correspondre aux attentes de plusieurs citoyens. La preuve en est qu'aux trois élections, il a pu compter chaque fois sur l'appui d'au moins 600 000 votants (11).

Une candidate persévérante

Le moins qu'on puisse dire de Sandra Torres, c'est qu'elle se donne le moyen de sa politique. Première dame aux côtés d'Álvaro Colom, elle tente sa chance à la succession de ce dernier en 2011 (12). Sa candidature est annulée par la Cour suprême en raison de son union. Les époux divorcent afin de contourner cette loi. Elle retente sa chance en 2015 face à Jimmy Morales et en 2019 face à Alejandro Eduardo Giammattei (13).

La politique pour Sandra Torres est une affaire de famille. Outre son ex-mari, d'autres membres de sa famille ont brigué ou occupé des postes d'élus. Teresa Casanova, sa mère, a été mairesse de sa ville natale, Melchor de Mencos (14).

Son action politique commence pendant le mandat de son époux, de 2008 à 2012 (15). Elle développe des programmes sociaux destinés aux plus démunis. La clientèle ne manque pas dans un pays où vivre dans la misère est le lot de 60 % de la population. Elle s'engage également auprès des femmes, en général, des femmes autochtones en particulier, afin d'améliorer leur sort au sein de la société guatémaltèque. Parmi ses réussites, on peut citer la loi contre les féminicides qu'elle a contribué à faire adopter en 2008. Certains lui prêtent également une grande influence sur les politiques en matière d'éducation, de santé, de défense et de sécurité intérieure durant le mandat de son époux.

En 2012, Torres devient la secrétaire générale de l'UNE, fondée par son ex-époux sur son impulsion. Au sein du parti, elle poursuit ses initiatives de développement social (16). Elle poursuit aussi son engagement pour les femmes en créant la coordination nationale des femmes. Elle milite pour l'adoption d'une loi sur la responsabilité parentale et œuvre également pour améliorer le sort des retraités.

Les promesses électorales de Sandra Torres en 2019 s'axent autour de trois maux qui minent le Guatemala : la corruption, la violence criminelle et la misère. Elle s'engage donc à créer des emplois en favorisant les investissements privés et publics, mais aussi à développer d'autres secteurs d'emplois comme l'agriculture et le tourisme (17). En ce qui concerne la corruption, ses engagements sont plutôt flous. Son parti et elle sont dans la mire de la Commission internationale contre la corruption et l'impunité au Guatemala (CICIG). Il s'agit d'une enquête sur le financement de sa campagne électorale en 2015 (18).




Références:

(1) FRANCE 24, « Au Guatemala, deux vieux routiers de la politique s'affrontent lors de la présidentielle », France 24, 11 août 2019, https://www.france24.com/fr/20190811-election-pres... page consultée le 30 septembre 2019

(2) Loc. cit.

(3) NANTEL, Yves, « La division des pouvoirs et les partis politiques au Guatemala : l'élection de 2015 », Solidarité Laurentides Amérique Centrale, 3 février 2016, https://slamlaurentides.org/articles_guatemala/pou... page consultée le 30 septembre 2019

(4) Perspective monde, Élections législatives 2015 Guatemala, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... page consultée le 30 septembre 2019

(5) Loc. cit.

(6) Perspective monde, Élections législatives 2019 Guatemala, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... page consultée le 28 septembre 2019

(7) HERNÁNDEZ, Manuel, « TSE cancela a Líder, el partido de Manuel Baldizón », Prensa Libre, 25 juillet 2016, https://www.prensalibre.com/guatemala/politica/reg... page consultée le 04 octobre 2019

(8) Loc. cit.

(9) PROTAT, Caroline, « Guatemala : qui est Sandra Torres, en tête du premier tour de la présidentielle ? », Libération, 17 juin 2019, https://www.liberation.fr/planete/2019/06/17/guate... page consultée le 30 septembre 2019

(10) COHIN, Salomé-Hénon, « Guatemala : qui est Sandra Torres, ex-première dame et candidate à la présidence ? », Arte, 9 août 2019, https://www.arte.tv/fr/articles/guatemala-qui-est-... page consultée le 30 septembre 2019

(11) Perspective monde, Unité nationale de l'espérance, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... page consultée le 01 octobre 2019

(12) PROTAT, Caroline, op. cit.

(13) Loc. cit.

(14) COHIN, Salomé-Hénon, op. cit.

(15) PROTAT, Caroline, op. cit.

(16) Loc. cit.

(17) COHIN, Salomé-Hénon, op. cit.

(18) Loc. cit.

Médiagraphie

AFP, « Guatemala : le candidat de droite Alejandro Giammatei élu président », La Croix, 11 Août 2019, https://www.la-croix.com/Monde/Presidentielle-Guat... page consultée le 30 septembre 2019

BBC NEWS MUNDO, « Elecciones en Guatemala : cuáles son las propuestas clave de los candidatos a la presidencia, Sandra Torres y Alejandro Giammattei », Prensa Libre, 8 août 2019, https://www.prensalibre.com/guatemala/bbc-news-mun... page consultée le 30 septembre 2019

LANGLOIS, Marie-Dominik, « Élections au Guatemala : un État pris en capture par les pouvoirs occultes », Le Soleil, 25 mai 2019, https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/ele... page consultée le 30 septembre 2019

Perspective monde, Élection présidentielle 2019 Guatemala, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... page consultée le 30 septembre 2019

Perspective monde, Élections législatives 2007 Guatemala, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... page consultée le 30 septembre 2019

Perspective monde, Élections législatives 2011 Guatemala, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... page consultée le 30 septembre 2019

SANDOVAL, Polo, « The global stakes of Guatemala's elections today », CNN, 11 août 2019, https://www.cnn.com/2019/08/11/americas/guatemala-... page consultée le 30 septembre 2019

Tribunal supremo electoral, TSE confirma la cancelación del partido Líder, http://www.tse.org.gt/index.php/comunicacion/notic... page consultée le 04 octobre 2019

Dernière modification: 2019-10-07 12:49:27

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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