Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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16 septembre 2006

Une singulière coalition en Palestine


Caroline Falcao
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

août
2014
Annonce d'un cessez-le-feu mettant fin à un conflit dans la bande de Gaza

novembre
2012
Annonce d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas

janvier
2005
Élection de Mahmoud Abbas à la présidence de l'Autorité palestinienne

novembre
2004
Décès de Yasser Arafat

septembre
2000
Début d'un deuxième soulèvement (intifada) en Palestine

octobre
1998
Signature des accords de Wye Plantation entre Israël et l'Autorité nationale palestinienne

janvier
1996
Élection de Yasser Arafat à la présidence de l'Autorité palestinienne

septembre
1993
Signature d'un accord de paix israélo-palestinien à Washington

novembre
1988
Proclamation de la création d'un État palestinien

décembre
1987
Début d'un soulèvement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie

juin
1982
Déclenchement de l'offensive israélienne « Paix en Galilée » au Liban

avril
1975
Déclenchement d'une guerre civile au Liban

novembre
1974
Premier discours de Yasser Arafat devant l'Assemblée générale des Nations unies

mai
1964
Création de l'Organisation de libération de la Palestine

avril
1950
Annexion de la Cisjordanie et proclamation du Royaume hachémite de Jordanie

Les Israéliens et les Palestiniens : deux peuples devant cohabiter dans un climat d'adversité. En Palestine, territoire occupé par Israël sauf à Gaza et dans une parcelle de Cisjordanie, les sentiments sont partagés face à l'occupant. Pour sa part, le Hamas, parti politique porté au pouvoir lors des législatives de janvier 2006, prône la destruction d'Israël (1). Or, le 11 septembre 2006, le Hamas annonçait qu'il formerait un gouvernement de coalition avec le Fatah, principal parti d'opposition, qui lui, adopte une vision plus modérée.

Le Hamas victorieux

Le 25 janvier 2006, ce n'est que la deuxième fois de leur histoire que les Palestiniens se rendent aux urnes. Les premières élections datent de 1996 et le Hamas avait alors refusé de se présenter. Cette fois-ci, la victoire est écrasante pour le parti islamiste. Or, la principale cause de ce succès semble être la volonté du peuple palestinien de prendre sa revanche sur le Fatah, jusque-là au pouvoir. Rappelons que ce dernier fût fondé par Yasser Arafat, premier président de l'Autorité palestinienne (AP) (2). Durant son mandat, le gouvernement du Fatah n'a pas réussi à entamer des pourparlers significatifs avec Israël et a été incapable de protéger sa population contre l'armée israélienne, mais également contre les exactions de groupes armés provenant de son propre parti. En outre, le chômage récurrent et la corruption gouvernementale n'ont fait qu'exacerber encore plus la patience des Palestiniens (3).

Néanmoins, en portant le Hamas au pouvoir, le peuple palestinien s'est exposé à de nombreuses représailles de la part du reste du monde. Effectivement, pour plusieurs pays occidentaux, le parti islamiste est considéré comme terroriste (4). La communauté internationale a donc imposé un embargo économique à la Palestine, dès l'entrée en fonction du Hamas en mars 2006. Avant ces sanctions, l'AP recevait 30 millions de dollars par mois en aide internationale. Par la même occasion, Israël a suspendu le versement des 50 millions de dollars par mois en transferts de fonds. Suite à ces coupures, le gouvernement palestinien a dû cesser de payer ses quelques 160 000 travailleurs du secteur public et ce, depuis février 2006, ce qui a mené à une grève en septembre (5).

Il n'y a pas qu'au niveau économique que l'AP est dans un impasse. La capture, en juin 2006, d'un soldat israélien par trois groupes armés palestiniens a entraîné des représailles militaires dans la bande de Gaza. Depuis le début des opérations israéliennes, on estime que 200 habitants de Gaza sont morts (6).

Une nécessaire coalition

Ces récentes difficultés ont incité Mahmoud Abbas, président de l'AP et actuel chef du Fatah, ainsi que, Ismaïl Haniyeh, premier ministre et chef du Hamas, à s'unir pour former un gouvernement de coalition. Ils en ont fait l'annonce officielle le 11 septembre. L'accord est survenu après plusieurs semaines de négociations entre les deux dirigeants. Dans le document qui découle de l'entente, on prévoit canaliser les pressions anti-israéliennes en Cisjordanie, territoire occupé depuis 1967, et à Gaza. Toujours selon le document, Abbas avait 48 heures pour dissoudre l'actuel gouvernement (7). Les ministres ont donc tous remis leur démission le 13 septembre afin de constituer un nouveau cabinet. La prochaine étape consiste en la démission d'Haniyeh qui sera par la suite appelé à former un nouveau gouvernement. Toutefois, pour l'instant, les ministres sortants continuent d'effectuer leur travail normalement et il n'y a pas de date limite pour la constitution du nouveau cabinet (8).

Suite à l'annonce de la formation d'un gouvernement de coalition, Abbas a affirmé être prêt à rencontrer le premier ministre israélien Ehud Olmert et ainsi recommencer les pourparlers de paix. En réaction à ce discours, le cabinet d'Olmert a déclaré qu'il prendrait les arrangement nécessaires pour que cette rencontre ait lieu (9).

En outre, dans la journée du 13 septembre, Abbas a tenu une conférence de presse durant laquelle il affirmait vouloir envoyer une délégation à l'Organisation des Nations unies (ONU) dans le but de relancer la coopération internationale. Avant de reprendre leur aide, les pays occidentaux demandent au gouvernement palestinien de remplir trois conditions. D'abord, le Hamas doit reconnaître le droit d'exister à Israël. Ensuite, il doit accepter la validité des accords passés et finalement, il faut qu'il renonce à utiliser la violence (10).

L'annonce de la formation du gouvernement d'union nationale a été bien reçue par la communauté internationale. Les diplomates de l'Union européenne (UE), réunis à Bruxelles le 15 septembre, ont effectivement salué la constitution d'un tel gouvernement. Par la même occasion, le président de la réunion, Erkii Tuomioja, ministre finlandais des Affaires étrangères, a affirmé que la coalition palestinienne permettrait de sortir de l'impasse créée par les élections de janvier 2006 (11).

Reste donc à savoir si le Hamas acceptera finalement de céder aux demandes occidentales et de reconnaître l'existence d'Israël. Cette condition était, au départ, essentielle à la reprise de l'aide occidentale. Or, depuis l'annonce de la formation d'une union nationale palestinienne, les opinons semblent s'être assouplies. Effectivement, comme l'ont affirmé plusieurs diplomates européens, il n'est pas crucial que le parti islamiste reconnaisse l'existence d'Israël. Le plus important présentement serait plutôt d'encourager l'émergence d'une AP plus modérée (12).




Références:

1. LEMAL, Isabelle. « Le Hamas règne sur la Palestine », Le Soir, 31 janvier 2006, p.0.

2. Ibid.

3. LEGRAIN, Jean-François. « Le Hamas sur la scène politique », Le Monde, 31 janvier 2006, p.22.

4. HADID, Diaa. « Israel Recognized in Compromise », Winnipeg Free Press, 12 septembre 2006, p.A13.

5. DEVI, Sharmila et DOMBEY, Daniel. « Hamas and Fatah to Form National Unity Government », Financial Times, 12 septembre 2006, p.10.

6. KARMI, Omar. « Abbas Says Ready to Meet With Olmert », Knight Ridder Tribune Business News, 11 septembre 2006, p.1

7. AFP. « Accord sur un gouvernement d'union nationale », La Presse, 12 septembre 2006, p.A23.

8. AP. « Les ministres du gouvernement palestinien démissionnent », Le Droit, 14 septembre 2006, p. 27.

9. KARMI, Omar. « Abbas says ready..., op. cit.

10. AFP. « Accord sur un gouvernement..., op. cit.

11. WIELAARD, Robert. « L'UE salue la formation d'un gouvernement palestinien d'union nationale », La Presse Canadienne, 15 septembre 2006, [s.p.].

12. Ibid.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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