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22 décembre 2006

Quelles mesures la communauté internationale doit-elle adopter vis-à-vis l'Iran ?


Émilie Riva
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

novembre
2017
Tremblement de terre dévastateur en Iran

mai
2017
Réélection en Iran du président Hassan Rohani

avril
2015
Entente préliminaire sur l'utilisation de l'énergie nucléaire en Iran

janvier
2015
Chute importante du prix du baril de pétrole

novembre
2013
Entente internationale intérimaire sur le développement du programme nucléaire iranien

juin
2013
Élection de Hassan Rohani à la présidence de l'Iran

juin
2009
Tenue d'une élection présidentielle en Iran

décembre
2003
Tremblement de terre en Iran

mai
1997
Élection de Mohammed Khatami à la présidence de l'Iran

juin
1990
Tremblement de terre en Iran

juin
1989
Décès de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny en Iran

août
1988
Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre l'Iran et l'Irak

mars
1988
Utilisation d'armes chimiques en Irak contre les Kurdes

novembre
1987
Publication du rapport d'une Commission d'enquête sur l'affaire Iran-Contra

août
1981
Assassinat du président et du premier ministre de l’Iran

septembre
1980
Début de la guerre Iran-Irak

novembre
1979
Occupation de l'ambassade des États-Unis à Téhéran

mars
1979
Début du deuxième « choc pétrolier »

février
1979
Retour d'exil de l'ayatollah Rouhollah Khomeiny

Depuis quelque temps, nous assistons à une montée des tensions entre la communauté internationale, menée par les Etats-Unis, et un pays de 70 millions d'habitants, quatrième exportateur mondial de pétrole et deuxième réserve mondiale de gaz (1) : l'Iran. Le 2 avril 2006, le président Mahmoud Ahmadinejad annonce que l'Iran peut désormais enrichir son uranium. Mais selon des experts de l' IEA (agence internationale de l'énergie), l'Iran posséderait un double agenda. L'uranium enrichi ne servirait pas uniquement à développer une énergie civile mais aussi à développer l'arme atomique. Vis-à-vis cette menace, quelles mesures la communauté internationale doit-elle adopter ?

L'Iran et le soutien des Occidentaux

En étudiant plus attentivement l'histoire de l'Iran, il est frappant de constater comment ce pays, au fil des années, est passé du camp des amis à celui des ennemis des Occidentaux si rapidement. Rappelons que c'est Charles de Gaulle qui se rend en 1963 en Iran pour plaider la cause d'Eurodif. Dix ans plus tard (1973), sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, la France signe un accord avec le Shah d'Iran. Le traité stipule que l'Iran obtient 10% d'Eurodif et le droit d'enlever 10% de l'uranium enrichi, en plus d'accorder un prêt de 1 milliard de dollars à la France. Dans une entrevue en 1975, le Shah d'Iran allègue le principe du droit de sa nation à se munir de l'arme nucléaire (2).

Mais les Américains, pour des raisons de géopolitique, ne peuvent accepter que l'Iran accroisse son pouvoir dans une région si riche en ressources naturelles (3).

En 1978, le président Jimmy Carter évoque le non respect des droits de l'homme pour retirer le soutien de l'Amérique au Shah d'Iran. La France va cesser tout contact diplomatique suite à la révolution en Iran et, durant près de dix ans, un litige débute avec les Français. Ce n'est que sous le deuxième mandat de François Mitterrand que la question se résout avec la réintégration de l'Iran au sein de l'Eurodif et du remboursement de l'emprunt français.

De cette aventure dans le nucléaire, il est frappant de constater que l'Occident n'a pas toujours été un allié fidèle envers les différents régimes iraniens. D'un côté, on demande aux Iraniens d'investir dans la construction d'une des centrales les plus importantes d'Europe, mais une fois le prêt accordé les Occidentaux tardent à livrer l'uranium enrichi, refusent de rembourser le prêt et, par la suite, adoptent une attitude de méfiance envers le régime des Mollahs.

Trois stratégies à envisager : l'isolement, la force ou le dialogue

L'accusation de Washington que l'Iran est membre de « l'Axe du mal » date de l'après 11 septembre 2001 lors d'un discours prononcé par George W. Bush. Or selon des journalistes de France 2, le gouvernement iranien, au lendemain de ces attaques, aurait envoyé une lettre à Washington proposant un accord et le soutien de la part de Téhéran face au terrorisme. Proposition qui serait restée lettre morte par Washington, toujours selon les journalistes de France 2. (4).

D'un autre côté l'annonce de la relance du programme nucléaire coïncide pour le président avec une remontée dans les sondages. Il subissait alors une baisse de popularité car il n'avait pas réussi à réaliser ses principales promesses électorales : réduire la pauvreté dans le pays ainsi que lutter contre la corruption. La relance du plan nucléaire dépasse ainsi le simple cadre politique mais devient un élément rassembleur de tout un peuple. Voilà dans quel guêpier la communauté internationale se trouve, car contraindre les Iraniens à interrompre toute activité nucléaire enverrait le message suivant : la communauté internationale occidentale refuse le droit d'accès à une technologie qu'elle-même s'octroie.

Aussi, il m'apparaît primordial de continuer le dialogue entre les grands de ce monde pour arriver à un règlement pacifique. Plonger l'Iran dans un isolement nuirait également aux forces européennes en présence. Car ce pays possède de nombreux liens commerciaux importants : « [...]Les PME allemandes sont très actives en République islamique ; de grands groupes comme l'italien ENI ou le français Total aussi. (5)». Un conflit perturberait non pas uniquement Téhéran, mais Londres, Paris, Berlin... Bref les Américains ne peuvent se permettrent une nouvelle offensive unilatérale. Sans compter qu'au Conseil de Sécurité, la Russie menace d'apposer un veto, car l'Iran est un excellent client d'armes qui fournit en gaz naturel la Chine, l'Inde et le Japon. Téhéran possède ainsi une position privilégiée grâce à ses ressources naturelles qui lui attire de puissants alliés. Mais la question reste entière à savoir pour combien de temps encore, l'Iran tiendrait face à un embargo pétrolier, car il ne possède pas la technologie pour raffiner son pétrole.

La proposition de Washington d'appliquer des sanctions à ce pays est quant à moi dérisoire. De passage à Paris, le sous-secrétaire américain au Trésor chargé des questions de terrorisme et de renseignement financier disait à propos de cette situation: « parler de sanctions contre Téhéran. Des sanctions « intelligentes » visant à couper les flux financiers permettant au régime des mollahs de progresser vers ce que les grandes puissances redoutent : l'obtention de la bombe atomique (6) ». Par le passé, nous avons pu constater qu'une telle mesure n'a pas contraint le régime de Saddam Hussein à abandonner le pouvoir en Irak, mais qu'elle avait plutôt accentué la présence du marché noir, la malnutrition des enfants et la violence. Car doit-on absolument faire souffrir la société civile pour faire plier ses dirigeants ? Plonger un peuple dans la misère n'est-il pas le meilleur terreau pour faire naître davantage des terroristes ?

Lors de son passage aux Nations Unis : « le président iranien a défendu, devant une audience clairsemée, " le droit, légalement reconnu " de son pays à se doter d'un programme nucléaire civil [...] (7) ». Rappelons que« Le président iranien, [...] n'avait pas participé au déjeuner donné à l'ONU pour les dirigeants de la planète, car de l'alcool y était servi [...] (8) ».

Il est à noter que la tactique de « la chaise vide » des leaders politiques aux évènements publiques, tant du côté de la communauté internationale que de l'Iran, ne favorise en rien un climat de pourparlers.

La situation actuelle est des plus problématiques pour la communauté internationale, puisque l'Iran est signataire du traité de non prolifération des armes nucléaires des Nations unies (10). D'où l'importance de poursuivre le dialogue entre les pays afin de ne pas verser dans un autre conflit et de rendre le traité caduque.

Bibliographie

(1) [hyperlien] ( date de consultation 6 octobre 2006)

(2) ibid.

(3) ibid.

(4) ibid.

(5) Natalie Nougayrède, « Sanction contre l'Iran : Washington agit en coulisse », Le Monde, Focus, Samedi 23 septembre 2006,p.21.

(6) Ibid. p. 21

(7) Philipe Bolonpion, « Passe d'armes à l'ONU entre M. Bush et M. Ahmadinejad », Le Monde, international, jeudi 21 septembre 2006 p, 6.

(8) Ibid. p. 6

(9) [hyperlien] (10)Linda, Heard, Bill Christison, Kathleen Christison, "War on Iran" ? The Washington Report on Middle East Affairs. Washington: Mar 2006. Vol. 25. iss 2. p. 10.



Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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