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25 novembre 2006

La traite des femmes, un business mondial profitable à la Bulgarie


Marilou Perron-Tessier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2013
Tenue d’un référendum sur l’énergie nucléaire en Bulgarie

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

janvier
2007
Entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union européenne

novembre
1989
Chute du régime de Todor Jivkov en Bulgarie

mai
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

août
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

mai
1955
Signature du pacte de Varsovie

octobre
1947
Annonce de la fondation du Kominform

L'Europe orientale est un bassin de recrutement en ce qui à trait à la traite des femmes. Elle est la principale pourvoyeuse de ces « esclaves des temps modernes ». Le phénomène semble désormais affecter l'Europe occidentale, car cette région est essentiellement la destination de ces femmes de l'Est (1). Les statistiques de la Commission Européenne et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), souligne qu'entre « 120 000 et 500 000 femmes seraient victimes de la traite chaque année depuis les pays de l'Europe centrale et orientale vers l'Europe occidentale » (2). De plus, une recherche de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), corrobore ces faits et indique que « le nombre de femmes victimes de la traite a augmenté au cours des années 1990 » (3).

Plus récemment, en 2001, le démantèlement à Strasbourg de deux filières de prostitution de jeunes femmes originaires de Bulgarie a témoigné de l'importance et de la croissance prise par ces réseaux de proxénètes (4). En Bulgarie, l'association Animus estime qu'elles « sont environ 10 000 femmes à en être victimes annuellement » (5).

Un marché rentable

D'entrée de jeu, il est impératif de définir l'expression « traite des femmes » afin de mieux cerner ses causes et les mesures appropriées que devraient « prendre les pays autant exportateurs que bénéficiaires » de ce marché mondial (6).

Le Conseil de l'Europe entend par la traite des femmes, « tout transfert légal ou illégal de femmes et/ou leur commerce, avec ou sans leur consentement initial, en vue d'un profit économique » (7). La majorité du temps, ces jeunes filles sont destinées à la prostitution.

Par ailleurs, cette forme d'esclavage moderne « camoufle un marché très lucratif » (8). En effet, une femme peut être vendue ou louée plusieurs fois. Dans ce milieu, le prix moyen d'une femme est estimé à 511 euros. Pour sa part, le proxénète, lui, en fonction du nombre de femmes contrôlées, pourrait gagner jusqu'à 9 150 euros par jour. Le marché bulgare fructifie essentiellement à Strasbourg où 90,4 % des prostituées sont originaires des pays de l'est et des Balkans (9).

Un phénomène à caractère international

Plusieurs motifs peuvent être à l'origine de la traite des femmes. Tout d'abord, la chute du mur de Berlin, en 1989, et l'effondrement de l'empire soviétique, en 1991, ont accéléré le phénomène de la traite dont la cause la plus connue est la misère (10). C'est pourquoi il faut attaquer le problème à ses racines qui sont liées à la vulnérabilité économique de la femme (11).

Face à cette atteinte des droits de la personne, les réponses de l'Europe occidentale apparaissent « très mal adaptées » (12). Ce problème n'est désormais plus une lutte nationale propre à chaque pays, mais bien internationale . En effet, depuis une dizaine d'années, ces réseaux de proxénétisme sont devenus transnationaux, conséquence du déplacement des victimes d'un continent à l'autre. En 2007, à l'aube d'une entrée prochaine de la Bulgarie au sein de Union européenne, la lutte contre ce problème s'impose même comme un critère à son adhésion (13).

Historiquement, le « changement tardif » de la politique européenne face à la traite des êtres humains, particulièrement des femmes, est dû à l'accroissement du nombre de prostituées de l'Est sur le territoire de l'Europe de l'Ouest. Les politiques européennes concernant le trafic des êtres humains sont devenues les textes européens et internationaux sur la traite des femmes. Cependant, leurs dispositions législatives n'ont aucune portée juridique sur les pays fautifs étant donné la souveraineté de chaque pays.

Pour sa part, la Bulgarie a ratifié le 5 décembre 2001 le Protocole visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes. Cependant, les mécanismes intérieurs et nationaux pour y faire face sont déficients et inadéquats.




Références:

1- Amnisty internationale, « Traite des femmes et prostitution forcée », http://www.amnestyinternational.be/doc/article4335.html 23 novembre 2006.

2- Conseil économique et social des Nations unies, « Traite des femmes et prostitution forcée comme violations des droits de l'homme », http://www.unhchr.ch/Huridocda/Huridoca.nsf/TestFr... 24 novembre 2006.

3- Amnistie internationale, « Traite des femmes... »

4- François Loncle, « L'Europe de l'ouest, proxénète des femmes de l'est », Le Monde diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/LONCLE/15815 22 novembre 2006.

5- Ibid.

6- Ibid.

7- Conseil de l'Europe, « Traite des femmes et la prostitution forcée dans les États membres du Conseil de l'Europe », http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/Doc9... 24 novembre 2006.

8- François Loncle, « L'Europe de l'ouest... »

9- Ibid.

10- Ibid.

11- Haut commissariat des droits de l'homme, « Observations finales du comité sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes : Bulgaria », http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/(Symbol)/A.53.38,... 24 novembre 2006.

12- François Loncle, « L'Europe de l'ouest... »

13- Sénat français, « La montée de la prostitution et l'internationalisation des réseaux de proxénétisme », http://www.senat.fr/rap/r02-034/r02-0341.html 24 novembre 2006.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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