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11 novembre 2006

Emomali Rakhmonov réélu pour un troisième mandat à la tête du Tadjikistan


Émilie Riva
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juin
1997
Entente mettant un terme à la guerre civile au Tadjikistan

décembre
1991
Création de la Communauté des États indépendants

Le 6 novembre 2006, avait lieu l'élection présidentielle au Tadjikistan. Ce pays situé en Asie centrale a su au fil des dernières années développer une position stratégique dans cette région, notamment grâce à sa frontière avec l'Afghanistan et le Kirghizistan, qui possède une base militaire américaine. Le Tadjikistan possède un PNB par habitant de 275 euros par an, ce qui en fait le pays le plus pauvre de l'ex-Union soviétique (1). Une grande partie de l'économie du pays vient de l'aide de la diaspora tadjik vivant en Russie. Car sur une population de 6,5 millions d'habitants, 600 000 tadjiks travaillent à l'extérieur des frontières.

Entre les années 1992-1997, le pays a été plongé dans une guerre civile qui a fait près de 50 000 morts. L'armistice a eu lieu en 1997, à Moscou. Selon la presse internationale, le cessez-le-feu aurait été accéléré suite à la prise du pouvoir des talibans en Afghanistan (1996), ce qui aurait influencé les grandes puissances, soit la Russie et l'Iran, à cesser de s'affronter en terre tadjik.

L' ascension rapide d'Emomali Rakhmonov

Emomali Rakhmonov est né en 1952 dans la province la plus au sud du pays, celle de Dangara. Fils de paysans, il a accès à des études grâce au système scolaire communiste et devient électricien. Quelques années plus tard, il s'engage dans la marine russe. Il revient au pays en 1974 et s'implique dans le parti communiste. En 1990, il est élu et entre au parlement. En 1992, Rakhmonov est hissé à la tête du pouvoir par les chefs de guerre de son clan. Quelques mois plus tard, il est élu à la tête du parlement, comme président de celui-ci, et avec fonction de président de la république, après que les chefs de sa région de Kouliab ont repris le contrôle de Douchanbe aux « islamistes » et « démocrates » (2).

Selon un conseiller du président, Mamkmoudkhon Saraïev, une des grandes qualités du président est de savoir faire des amis de ses ennemis (3). Ainsi, depuis son élection, le président aurait réussi à faire pencher ses adversaires de son côté en distribuant des largesses.

Le nouveau mandat

Les élections du 6 novembre 2006 dernier ont été qualifiées « de non démocratique » par les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Le président a été réélu à 79% des suffrages (4). Il exercera un troisième mandat d'une durée de sept ans, alors que cette situation s'avère illégale dans la Constitution du pays. Selon l'OSCE, les cinq candidats qui s'opposaient au président sortant ne proposaient aucune véritable alternative pour palier au pouvoir président. L'OSCE critique aussi l'absence de débat et de liberté de presse. Le président occupait 83% de la couverture médiatique pour la chaîne Safina et 62% pour la TVT; ces chaînes sont des télévisions d'État (5).

De plus, lors du dépouillement des votes, les observateurs ont noté un manque de procédure et de transparence. Toutefois, l'OSCE reconnaît les aspects positifs lors du déroulement des élections : le climat de calme sans incident violent, l'impression des bulletins de vote imprimés dans les quatre langues (Tajik, Russe, Uzbek et Kyrgyz) ainsi que les centres pour voter avaient été prévus pour les ressortissants.

Malgré ces améliorations par le régime Rakhmonov, l'issue de ces élections reste une entorse à la démocratie devant l'absence d'opposants sérieux au président. Néanmoins, tout comme l'indique un diplomate occidental en poste à Douchanbe : « C'est un potentat, mais il est réellement populaire et moins mauvais que ses homologues d'Asie centrale [...], [comparativement] au Turkmémnistan, Saparmourad Niazov, [qui] se prend pour nouveau un messie ; en Ouzbékistan, Islam Karimov a fait tirer sur son peuple ; au Kazakhstan, plusieurs opposants ont été assassinés; tandis qu'au Kirghizistan le récent changement de régime tourne au chaos » (6). Pour l'instant, Rakhmonov parvient à la fois à empêcher les islamistes d'accéder au pouvoir, à maintenir un lien étroit avec l'allié de toujours la Russie, à obtenir des Etats-Unis des fonds pour l'aide au développement et finalement à obtenir des prêts de la Chine pour la construction d'une route et une ligne électrique.




Références:

(1) Lorraine Milot, « Un pouvoir taillé sur mesure » Libération, lundi 6 novembre 2006, p.10

(2) Lorraine Milot, « Le potentat tadjik réélu dans un fauteuil », Libération, mercredi le 8 novembre 2006 p. 7

(3) Ibid. p.7 OSCE Election observation mission, presidential election, Republic Tajikistan 6 november 2006.

(4) http://www.osce.org/odihr-elections/documents.html... (date de consultation 10 novembre 2006)

(5) ibid.

(6) Lorraine Milot, « Un pouvoir taillé sur mesure » Libération, lundi 6 novembre 2006, p.10

(7) Anne Roy, « Vers un nouveau mandat de Rakhmonov » L'Humanité, mardi 7 novembre 2006 p. 13.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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